La femme sans peur (17)

Par le 20 September 2012
dans Des histoires

Cet article est la suite de la saga de Trinity Silverman, commencée ici.

Trinity ouvre un oeil.

Il fait presque jour. Elle le voit derrière les rideaux tirés de sa chambre.

Le réveil indique “5:57”.

Elle grogne.

Dormir, encore. Tête, bobo. Bolli-stoli, arrêter. Pilier de bar, plus jamais. Gianmarco, mignon.

D’un coup, ses yeux s’ouvrent en grand.

Gian… Gianmarco ?

Elle essaie désespérément de faire tourner sa mémoire qui ne veut pas coopérer. En clair, elle est aussi rapide que Speedy.

L’angoisse commençant à la prendre au ventre, Trinity tente de se rappeler…

Elle plisse le front.

Le bar, oui… un stoli-bolli, oui… mon approche… oh, je peux pas le croire !… j’ai fait ça, moi ?…

Trinity se retourne sous la couette, poussant un juron étouffé.

Oui, je l’ai fait, se répond-elle timidement… Elle soupire.

Forex, oui… physicien, très oui… Italien, très très oui… et… et ?

La jeune femme se redresse dans la pénombre.

Bon sang, se dit-elle, paniquée. Est-ce que… est-ce que ?…

N’arrivant pas à penser et ayant une tête qui va exploser, elle se lève et passe dans la salle de bains. Elle se verse un verre d’eau, attrape une aspirine dans sa trousse de toilette et aperçoit le flacon à bouchon rouge.

Elle n’hésite pas longtemps.

Elle le saisit et verse une pilule dans sa main.

Trinity regarde sa paume, grande ouverte. Les deux comprimés blancs sont très similaires. On pourrait les confondre. La seule différence, c’est le mot “Bayer” gravé sur le cachet d’aspirine. Un autre doute traverse son esprit.

Paul Davenport…

Elle chasse ces idées, jette les deux pilules dans sa bouche et boit d’un trait le verre d’eau.

Satisfaite, elle se regarde dans la glace. Les traits encore un peu bouffis par une nuit sans doute agitée, elle se rapproche et se regarde dans le bleu de ses yeux.

“Qu’est-ce que vous avez fait hier, tard dans la nuit, mademoiselle Silverman ?” murmure-t-elle.

Aucune réponse ne pouvant se frayer un passage dans son cerveau encore désactivé, elle soupire une nouvelle fois et décide d’aller faire un petit jogging afin de s’oxygéner. Elle sait qu’en courant, les endorphines que son corps va relâcher lui seront utiles pour relâcher la pression dans sa tête.

Elle s’habille d’un corsaire noir moulant qui lui arrive à mi-jambe et d’un débardeur collant, lui aussi noir avec un liseré mauve. S’asseyant sur le lit, elle enfile ses Komodosport blanches et grises avec des entre-doigts vert pomme. Elle prend soin de bien caler chaque petit orteil à sa place, comme dans un gant.

Pas de musique, se dit-elle, j’ai besoin de réfléchir. Elle sort en jetant un dernier regard à Speedy qui étire lentement ses antennes au sommet de sa boite en plexyglas. La nuit, pour lui aussi, semble avoir été courte et il ronchonne un peu.

Il va encore me faire des traces sur le bureau, se dit Trinity esquissant un petit sourire malgré son inquiétude.

Une petite boule toujours présente au creux de l’estomac, elle entre dans l’ascenseur et, lorsque les portes se referment, soudain, elle se rappelle…

De tout.

Gianmarco et elle sont montés ensemble dans l’ascenseur après avoir salué le barman. Ce-dernier avait d’ailleurs un air entendu qui ne lui a pas beaucoup plu.

Le jeune scientifique italien lui a demandé quel était son étage et puis, il a appuyé sur le bouton “5”. Pendant la montée, une petite gêne s’est installée, du moins c’est ce qu’elle pense. Elle ne se souvient plus très bien de son état d’esprit vu que le Bolli-stoli commençait à lui peser très fort sur la tête.

Gianmarco paraissait absent, le regard bas, concentré.

La porte s’est ouverte avec son “ding” habituel. Il a appuyé sur le bouton pour bloquer les portes.

“Merci beaucoup d’avoir illuminé ma soirée” lui a dit le chercheur. “Je… je ne sais pas comment vous remercier, j’ai… j’ai vraiment apprécié votre compagnie,” a-t-il bafouillé en cherchant sans doute comment, il allait pouvoir enchainer sur une invitation à poursuivre la soirée ensemble.

“Je boirais bien un jus de fruit. J’ai soif,” a-t-elle soufflé.

Dans l’ascenseur qui descend, Trinity ferme les yeux en poussant un petit cri, incrédule. Moi, j’ai dit ça ? pense-t-elle,  horrifiée. Elle porte la main à son front. Mais qu’est-ce qu’il a dû penser de moi…

La réaction de Gianmarco a été pleine de tact et de gentillesse.

“Merci… merci pour cette sugestion, Trinity. Il y a d’excellents jus de fruits dans le mini frigo de ma chambre.”

Il a relâché le bouton et appuyé sur le bouton du huitième étage.

Dans le lobby encore désert à cette heure matinale, Trinity attire les regards des employés avec sa silhouette svelte et ses mini chaussures de sport plates, colorées, à cinq doigts.

Elle ne le remarque pas, perdue dans ses pensées. Et après ? se dit-elle.

Dehors, l’air frais lui fait du bien et elle s’élance tout de suite, doucement, essayant de se relaxer, à mesure que son avant-pied touche le sol.

L’esprit ailleurs.

La porte de l’ascenseur s’ouvre au 8ème, dans la nuit silencieuse et les deux en sortent, marchant dans le couloir, chuchotant, riant sous cape, comme s’ils craignaient de réveiller les autres clients de l’hôtel.

Gianmarco fouille dans sa poche pour récupérer sa carte magnétique et la glisse dans la porte de sa chambre. Il ouvre et pénètre le premier dans la pièce. Il tient ensuite la porte en faisant un grand geste avec une courbette pour inviter Trinity à entrer.

Elle rit devant son geste mi-poli, mi-grandiloquent et s’avance.

En plein élan, d’un coup, elle s’arrête, net, pétrifiée.

Ses yeux s’arrondissent et s’emplissent de panique. Il sont fixés sur la gauche de la porte.

Elle commence à reculer.

“M… merci beaucoup. Je… je suis fatiguée, je préfère aller me coucher. Dé… désolée, merci… au revoir…” dit-elle en disparaissant brusquement de l’encadrure de la porte. Il l’entend s’éloigner en courant.

Gianmarco, interdit, n’en revient pas et sort à son tour, en longeant le côté opposé de la porte, par prudence. Il y a peut-être une grosse araignée ou quelque chose comme ça pense-t-il.

Il regarde sur le côté gauche de l’embrasure.

Rien.

Le “ding” de l’ascenseur lui fait tourner la tête. Il a tout juste le temps de voir les portes se refermer sur Trinity. Il fronce les sourcils, la colère montant en lui. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Elle ne va pas bien ou quoi ?

Seul dans le couloir silencieux, il regarde à nouveau le côté gauche de la porte.

Il n’y a absolument rien. Le mur est lisse, propre avec la petite plaque en métal qui indique le numéro de sa chambre.

886.

(A suivre)

(Photo : fdpdesign)

Commentaires

7 commentaires pour “La femme sans peur (17)”
  1. Jean-Pierre says:

    félicitations pour ce suspens ! Tu sais relancer ton récit.

    Peut-être a-t-elle senti (pas vu !) un horrible escargophage ?

  2. vandroux says:

    hum hum!
    Ne s’agirait-il pas plutôt de la chambre 886 ??
    :-)

    • Merci beaucoup Jacques(line) !

      Et voilà pourquoi je publie d’abord sur le blog, car ça permet à mes lecteurs de m’aider à repérer mes oublis et erreurs. 😉

  3. Morena says:

    Rhoooo…génial! quel suspense! je sens que je vais trouver le temps long avant l’épisode 18…
    La réaction de Trinity n’a peut-être rien à voir avec quelque chose dans la chambre…c’est peut-être simplement l’effet des pilules qui s’est volatilisé (après tout on ne sait pas combien de temps elles font effet!) et du coup la timide Trinity est réapparue, réalisant ce qu’elle allait faire en voyant le n° de chambre 886…??
    Bref, vivement la suite!

    • Merci beaucoup Morena ! (un joli pseudo en portugais)

      Eh oui, tout est possible dans une série comme celle-ci et chacun(e) échafaude ses propres théories, ce qui prouve, une nouvelle fois que tout le monde peut être créatif même si on pense que l’on ne l’est pas. Bon, évidemment, on en saura plus lors du prochain épisode. En tout cas, merci encore Morena, pour ces propositions. 😉

Commentez ce billet