La vie commence à 51 ans

Par le 26 September 2010
dans Des histoires

A quel âge achève-t-on de rêver ?

Cet article – surprise – constitue ma participation à cette rencontre amicale, “À la croisée des blogs” qui est un évènement inter-blog dédié au développement personnel. Il est publié mensuellement et chaque nouvelle édition traite d’un thème original. Ce mois-ci c’est Jérôme Hoarau, du blog Pourquoi entreprendre, qui en est l’organisateur et qui nous a proposé de plancher sur “Ambition et dépassement de soi“.

Il y a des jours où tout va mal.

Et puis après les choses s’arrangent.

Il y a aussi des jours où tout va mal et puis après, ça continue.

Ça parait ne plus vouloir s’arrêter, comme une spirale descendante que rien ne peut stopper.

Alors on se prend à rêver d’un fond de piscine. Pour toucher le fond. Pour s’oublier.

Comme les grands plongeurs en apnée, j’ai touché le fond. Pour toujours.

Voici mon histoire.

Je suis un ingénieur auto. J’ai un beau parcours. J’ai une belle maison. J’ai une belle fille.

J’avais une belle femme. Elle est partie le jour où j’ai été licencié.

En fait, elle était déjà partie depuis longtemps. J’étais trop occupé, j’étais trop avionné, j’étais trop hôtelisé.

Ma fille travaille. Elle parait heureuse dans ce qu’elle fait. C’est bien. Je suis fier d’elle.

Mais pas de moi.

Je ne trouve plus de travail parce que je suis trop vieux.

J’ai 50 ans.

Je vais perdre “notre maison” à cause du divorce et je me sens seul. Très seul.

En fait, j’ai peur.

Vous allez me demander, mais alors qu’est-ce que je fais sur une plage paradisiaque à l’autre bout du monde ?

J’ai pensé que le dépaysement me ferait du bien.

Ça ne marche pas et je vais vous dire pourquoi.

Quand vous prenez l’avion, la vitesse du vol fait que vos soucis n’ont pas le temps de vous suivre, ils restent en arrière.

Littéralement.

Mais, lorsque vous arrivez et que vous vous sentez plus léger, ce sentiment ne dure que quelques heures. Vos soucis, guidés par un GPS infaillible, vous rattrapent là où vous êtes et ensuite, vous montrent qui est le patron.

Plage de sable fin ou pas.

Mer turquoise ou pas.

Ciel azur ou pas.

Je suis resté deux jours affalé dans ma chaise longue à me battre avec mes réflexions. Et c’est alors que cette idée de toucher le fond m’est venue.

Et si je plongeais ? Et si je retenais ma respiration indéfiniment ? Et si je descendais le plus profond possible ? Loin, là où le bruit ne s’entend plus, là où le bleu n’existe plus, là où les soucis ne peuvent plus vous poursuivre.

Et puis, je ne remonterai pas. Je me laisserai porter par les fonds.

Le fond.

Touché.

Je suis alors parti à la recherche d’un lieu propice à mon grand saut dans l’abime. J’ai marché le long de la plage. J’ai laissé derrière moi les jardins bien tenus de l’hôtel et les rires des voyage-de-noceurs.

De petits nuages ont filé dans le ciel.

Le soleil a tourné.

Il m’a fait face et m’a aveuglé.

L’éclat était fort.

Et là, j’ai entendu… une voix.

“Où allez-vous ?”

Pendant un instant, j’ai cru au miracle. Je voulais y croire. Mais la voix a insisté.

“Vous marchez sur mon filet.”

Un ange qui me prend dans ses filets ?

J’ai baissé les yeux et là j’ai vu le filet sous mes pieds. Très fin. De couleur bleu. Quelqu’un tirait dessus. J’ai suivi des yeux ce filet. Il montait vers le haut de la petite plage et au bout, il y avait un vieil homme assis, à l’ombre.

“Excusez-moi.”
“Ce n’est pas grave mais pourquoi vous marchez les yeux fermés ?”
“C’est le soleil. Il m’aveugle.”
“Vous n’avez pas de lunettes ?”
“Je suis parti très vite de chez moi.”

Cette dernière phrase, l’a fait un petit peu rire. Il a posé le filet qu’il était en train de réparer.

“Je pensais que les touristes qui viennent de si loin, préparaient leurs vacances longtemps à l’avance…”
“Oui, c’est vrai, normalement. Mais pour moi, c’est un petit peu spécial.”
“Spécial ?”
“C’est compliqué.”

Il a repris son travail sur le filet.

“Vous avez raison. Ça ne me regarde pas.”

Le silence s’est fait entre nous. Seul, le bruit des petites vagues troublait l’après-midi.

Un peu gêné, j’ai dirigé mon regard vers la mer comme si je fixais un point précis. J’ai un peu attendu. Il n’a plus rien dit. Me sentant ridicule, j’ai lentement fait demi tour et je suis reparti vers l’hôtel.

En chemin, j’ai senti une grosse colère monter en moi. Même ici, les vieux se moquent de vous.

Le soir, aiguisé par mon irritation, j’ai mangé et bu bien plus que d’habitude. Dans ma chambre, je me suis affalé et je me suis rapidement endormi, épuisé par les coups de soleil et le vin.

Le lendemain, à la même heure, j’ai marché sur la même plage, dans la même direction. J’avais acheté, au magasin de l’hôtel, une casquette et des lunettes bien fumées qui maintenant me mangeaient le visage.

Je ne m’étais pas rendu compte que c’était aussi loin.

Mais le pêcheur était toujours là, concentré sur son filet, comme s’il n’avait pas bougé depuis la veille.

Je me suis approché, m’apprêtant à marmonner de fausses excuses que j’avais préparées en chemin.

Il a levé les yeux, m’a reconnu et a souri, creusant un peu plus les multiples rides autour de ses yeux.

Je me suis arrêté, pris de court. J’ai esquissé un sourire crispé.

Il m’a fait signe de m’assoir à ses côtés.

Nous sommes restés silencieux pendant de longues minutes. Il n’avait pas l’air de vouloir parler. A nouveau, je me suis senti gêné. Je me suis tourné vers lui.

“Vous habitez ici ?”

Il a pris une éternité pour répondre.

“Oui, un peu plus loin, là-bas, derrière.”

Il a fait un geste vague vers la forêt de palmiers.

“Vous étiez pêcheur avant ?”
“Avant quoi ?”
“… avant votre retraite ?”

Ses rides se sont encore un peu plus creusées alors qu’il s’ouvrait d’un grand rire, comme si je lui avais raconté la meilleure blague du monde.

“La retraite ? Quelle retraite ?”
“Pardon mais à votre âge, c’est pas un hobby votre pêche ?”

Il est carrément devenu hilare. Il a tellement ri et de si bon cœur que cela en est devenu contagieux. Je n’ai pas pu m’empêcher d’esquisser un petit sourire.

“D’abord je ne suis pas pêcheur mais plongeur. Ensuite, la retraite c’est bon pour les vieux !”

Là, c’est moi qui ait étouffé un rire. Il devait bien avoir dans les 70 ans et il me faisait une crise de jeunisme.

Pas décontenancé, il a poursuivi.

“Vous savez, je n’ai commencé à vivre qu’à 51 ans.”
“Ah bon ? Qu’est-ce que vous faisiez avant ?”
“J’ai travaillé dans différentes entreprises de la capitale.”
“Mais c’était pas votre “vraie” profession, ça ?”

Il a secoué la tête.

“Non, tout ça, c’était des essais, des idées, des rêves, des erreurs, des leçons. J’apprenais.”
“Vous appreniez quoi ?”
“J’apprenais à vivre.”

Là, c’est moi qui suis devenu silencieux.

Il a posé son filet.

“Vous, je crois que vous manquez d’ambition. Vous avez quel âge ?”
“Moi ? Tout juste 50.”

Il a hoché la tête.

“Voilà. Vous pensez tout connaitre parce que vous avez respiré pendant 50 ans.”

J’ai failli lui répondre que je n’avais pas de leçon à recevoir d’un vieux pêcheur à sandales. Qu’est-ce qu’il y connaissait à l’ambition ? Avait-il connu la gloire ? Le succès ? Les honneurs ? Moi oui !

Mais je me suis abstenu.

Il a pris une grande inspiration.

“Peu d’hommes ont une vraie ambition. Les autres visent un point à peine plus loin que la moitié de leur vie et après, ils se disent, c’est fini. Au moment où, enfin, ils ont assez vécu pour mieux comprendre les relations, le travail, la famille, tout ce qui est important, ils s’arrêtent et se laissent aller comme un petit feu qui s’étouffe lentement.”

Là, il m’a franchement énervé.

“J’ai étudié dur. J’ai des diplômes. Je gagnais très bien ma vie, moi.”

Il a posé son filet et m’a regardé dans les yeux.

“Et maintenant ?”

J’ai baissé la tête.

Les petites vagues ont continué leur ballet frémissant.

Elles ont poursuivi leur conquête téméraire de la plage, se fracassant le plus haut possible, vaillantes comme pas deux, ne reculant que pour prendre un plus grand élan. Elles ont noyé le bruit des pleurs qui m’étouffaient. Elles ont bercé mon âme pendant que je me vidais d’une peine trop longtemps dissimulée. Elles ont arraché les clichés d’un passé auquel je m’accrochais désespérément.

Chaque vague est entrée en moi et a emporté mon trop plein de douleur.

Mon pêcheur était toujours assis à mes côtés. Il n’a rien dit. Il a juste attendu. Longtemps. J’ai apprécié son silence.

Finalement, le paix est revenue. J’ai ôté mes lunettes et j’ai séché mes yeux sur les manches de mon t-shirt, me sentant vidé mais plus calme.

Il a tourné son visage tout ridé vers moi.

“Vous voyez, vous commencez enfin à vivre.”

(Photo : ajari)

Vous me connaissez, il y a – bien sûr – une suite à cette histoire. Mais cette fois-ci, c’est promis, je vous l’épargnerai ! 😉
La photo elle, correspond à l’endroit réel où se situe la rencontre entre les deux protagonistes.

Commentaires

104 commentaires pour “La vie commence à 51 ans”
  1. Merci infiniment Isabelle et Antoine pour cet échange !

    A travers votre dialogue enrichissant vous offrez plein de clés à celles et ceux qui vous lisent, qui comprennent qu’ils ne sont pas seul(e)s et qui peuvent ainsi changer leur trajectoire… si elles/ils le veulent bien. 😉

  2. Francoise says:

    Avancer en âge n’est pas forcément vieillir.
    L’histoire que l’on écrit chaque jour ne s’arrête que lors de notre dernier soupir. Jusque là tout est possible!
    Regardez ce magnifique témoignage de Jane Fonda: de quoi oublier votre anniversaire!

    http://video-subtitle.tedcdn.com/talk/podcast/2011X/None/JaneFonda_2011X-low-fr.mp4

  3. Eve says:

    Je veux la suite!!!!

  4. Virginie says:

    C’est exactement ce que je vis en ce moment … Enfin … À 34 ans… Pas d’enfant plus de travail, plus de couple… Et la même envie de plonger. Du coup en vous lisant, une lueur d’espoir surgit !
    Quel est ce livre ? Je souhaite en connaître la suite !!!

  5. calmels says:

    la voie est tracée, écrire.

    tout simplement .

    plein d’idée en tête, il te faut écrire un book , d’aventure , de ce que tu veut, mais écrit, laisse pas passer ça, merde !

  6. aicha says:

    Bonsoir
    je lis votre texte depuis que je l’ai rencontré sur le net il y a quelque mois …c’est une lueur d’espoir pour moi je crois car depuis quelque temps je ne suis plus la même …je ne suis plus heureuse,plus envie de faire quoi que se soit …je veux m’en sortir mais je ne sais pas comment …c’est vrai que j’aime écrire mais même cela me semble difficile …

    Que faire ?

    aicha ..

    • S’il y a de l’espoir Aïcha, c’est déjà ça ! Ce qu’il faut et je sais que ce n’est pas facile, c’est donner un sens à votre vie. Ne pas juste vivoter du style métro-boulot-dodo, mais trouver une raison qui vous fera vous lever chaque matin. Cette dernière peut changer au fil de votre existence et c’est normal puisqu’on évolue. Néanmoins, sans ce but, cet objectif, cette envie, il est difficile de passer à l’action. 😉

  7. Marjana says:

    Merci pour cette lueur en ligne de mire
    Je vais ouvrir mon horizon

  8. Frida says:

    tant mieux alors, parce que j’ai bientot 52 et ne sais toujours pas quoi faire de ma vie. ça me revoltait et m’angoissait d’autant que je l’ai toujours gachee avec mes complexes (plus quelques “difficultés” d’aspie qu’on prend pour une psychotique), le per de manquer et le fait d’etre persuadée avant d’osr faire quoi que ce soit que ce serait de toute façon trop cher pour moi (je suis pauvre depuis que je suis majeure), et à côté de ça je ne suis pas vraiment pressée je lâche à moitié l’affaire et m’en fiche un peu. Bien sur parfois j’ai honte de ne “rien ” avoir “réussi” (d’autantq eu j’ai des dons artistiques certains en dessin et peinture, j’aimerais assez m’y remettre maintenant que ça m’intéresse davantage pour le seul plaisir de dessiner que comme défoulement ou “mission” à remplir (paradoxalement je me mettais uen pression énorme et voir les autres réussir me bloquait totalement ça me ramenait à l’enfance où mes parents toujours inquiets me citaient tel ou tel gamin surdoué en exemple – j’ai eu un qi de 130 à 5 ou 6 ans, je n’tais pas surdouée à proprement parler mais l’intelligence logiue était la seule qualité qu’on me reconnaissait la plupart du temps) – je n’ai pas une belle maison, meme jamais eu d’appart en ville dans ma jeunesse ni après, , suis locataire de machins dans mes prix à vie, n’ai rien de la quinquin dynamique (quinquatruc quelle appellation sordide), n’ai quasiment jamais voyagé et en tout cas pas par mes propres moyens, etc etc mais en meme temps je ne me suis pas SI mal débrouillée que ça et je m’en fous à moitié, au fond, de différer de ce tableau classique de la réussite, je voudrais juste enfin trouver la voie dans laquelle je vais m’épanouir, conserver la santé (qui est assez bonne malgré mes soucis de nerfs et de mental, anxiété et déprimer récurrentes, un glaucome, le stress et des dents de pauvre) pour disposer de mes facultés et par la meme occasion ma paix intérieure sans pour autant etre quelqu’un de mou et résigné, un minimum de rock n roll sinon c’est trop ennuyeux, pour moi du moin, je ne suis pas faite pour les confitures^^ et enfin prendre de l’assurance et confiance en soi ce qui m’a toujours manqué, j’ai la chance de paraitre bien plus jeune que cet age qui en soi m’attire moyen (brr, doux euphémisme), j’aimerais en faire quelque chose d’intelligent ! voilà voilà :)

    • Eh bien Frida, quelle histoire ! Merci pour le partage. Avec cette nouvelle année, c’est peut-être le moment de repartir d’un bon pied ? 😉

    • Merci beaucoup Frida pour votre témoignage dans lequel, j’en suis certain, beaucoup de personnes se reconnaitront. Avez-vous accompli quelques petits pas depuis… :)

      • Frida says:

        merci pour votre réponse et c’est sympa de demander des nouvelles !
        pour le moment je ne suis guère plus avancée je dirais meme que je me sens encore pire et commence à me lasser de tout mais je continue à m’efforcer de vider l’endroit vieux et sale où j’habite et où je me sens piégée (j’ai l’impression de vivre dans un puits et mon humeur n’a cessé de se dégrader depuis que j’y suis) pour m’arracher à ce marécage et retrouver ma relative liberté de mouvement. Je voudrais retrouver la motivation de dessiner, j’ai essayé la musique mais comme si un ressort était cassé je n’ai actuellement goût à rien et c’est ce que je voudrais retrouver en premier lieu, cette impatience et la faculté que j’avais d’entrer en transes en dansant ou écoutant de la musique que je ne ressens plus depuis plus d’un an. Par contre j’ai mis fin à des relations “amicales” qui ne me réussissaient pas. des gens à qui je m’attachais qui m’ont manqué de respect et une ancienne amie qui a fini par me détester et me traitait de haut avec mépris depuis un moment. je m’en suis tirée avec une menace de “tout me balancer” si je continuais à l”emmerder” à lui reprocher ses torts après avoir reconnu les miens, d’ailleurs, et comme je suis amenée à la croiser sans cesse au dernier endroit où je sors encore car c’est une personne battante ambitieuse qui rebondit très bien a le sens du commerce et de plus adore se faire valoir et bien voir de tous, ça promet ! mais à côté de ça j’ai de meilleures relations avec les personnes avec qui je m’entends toujours.
        Si vous avez des suggestions pour bien dormir ce serait chic car j’en ai vraiment besoin je suis exténuée je vais avoir besoin d’etre en possessions de mes moyens pour essayer d’arranger mon trou à rats, continuer à le vider pour pouvoir bouger en ne gardant que l’essentiel, mon ancien appart peu rempli me manque horriblement j’ai l’impression de ne jamais etre rentrée chez moi et de m’etre fait avoir en quittant un appart sympa dans un quartier déprimant pour un quartier agréable mais dans un puits épuisant à entretenir et toujours aussi crade après avoir fait le ménage et tout est trop cher et pour louer avec mon type de revenus alors que je ne veux ni vivre en campagne – fauchée ce serait la fin ! – ni en tour…)
        Et les angoisses d’hypersensible qui me torturaient il y a 20 ans lors de ma dépression majeure jamais soignée sont revenues.
        Et je n’ai pas dessiné depuis presque un an d’ailelurs je n’arrivais jamais à terminer depuis que j’ai échoué à me faire connaitre par le net je ne fous plus rien… Pour ce qui est d’avancer j’ai juste réussi quelques remises en question, de faire l’effort d’écouter mes interlocuteurs et encore du tri dans mes affaires, je me sens quand meme coincée, comme en panne. Je voudrais pouvoir dormir et ne pas me réveiller vieille.

  9. Nell says:

    :votre article date de 2010 , comment avez-vous rebondi ?

    • Merci pour votre commentaire Nell mais vous voulez parler de qui ? Parce que c’est une histoire fictive, le personnage n’existe pas mais est plutôt un mélange de plusieurs expériences, dont la mienne. 😉

  10. Frida says:

    Mais bon, j’essaie de souffler mais je voudrais surtout bouger de là je n’en peux plus de tourner en cage dans cet endroit. Il faut que je me secoue, je ne sais pas moi, 10km à vélo n’importe où pour secouer le corps et une fois bien speed je continue mon tri, et quand mes brols tiendront dans une camionnette de location 2 voyages maxi je me tiens prete. D’ailleurs j’ai retrouvé un semblant de vivacité en renonçant à m’installer dans cet endroit où je me sentais m’enfoncer dans le sol du rez de chaussée (un peu l’ambiance de l’Ecume des jours, quand l’appart de Colin commence à rétrécir et s’assombrir)et en y campant presque. J’ai un peu l’impression d’etre chez quelqueun d’autre mais c’est le cas je n’y ai jamais trouvé mes marques, en 6 ans toujours pas installée alors que ça m’a pris une semaine à un mois partout ailleurs. Je m’y sens mieux en m’éloignant amis quand il faut y revenir.
    Etre bien chez soi est selon moi la base de tout, et j’y suis particulièrement sensible.

    • Merci pour votre témoignage Frida. :)

      Je ne peux pas vous conseiller mais ce que je puis vous dire c’est que vous êtes prise au piège dans une routine-lieu-vie qui est en train de vous étouffer. Et la seule personne qui puisse vous aider, pour l’instant, c’est vous. (Je connais cette situation, je suis passé par là.) Le premier pas sera de votre part et si, en lisant ce que je viens de dire, vous commencez à penser quelque chose qui commence par le mot “Mais…”, notez tout de suite que c’est votre piège qui se referme, atterré par l’idée que vous puissiez vous échapper. Ne l’écoutez pas, écoutez-vous, votre vraie voix, celle qui veut jaillir du plus profond de vous…

      Une fois que toute seule, vous aurez fait quelques petits pas (tous simples) qui montrent votre résolution, vous verrez comme les choses vont s’enchainer et que des personnes sincères entreront dans votre quotidien. 😉

      Allez, on y va et tenez-moi au courant !

      • Frida says:

        ça me semble très vrai. la notion de piège est très présente dans ma relation au logement et au monde exterieur.
        Pour le moment pas de changements spectaculaires mais déjà j’ai commencé la muscu et ai quasiment récupéré mon corps (meme la peau semble en partie réparée), et fait du tri chez moi, déjà les résulats se font sentir je me sens mieux, du moins j’ai récupéré mon état normal (compte tenu que je suis génralement quelqu’un d’assez déprimé et manquant de confiance en soi), enfin, habituel. Il me reste à trouver ce que je peux et veux encore faire de ma vie de sort de donner une direction à tout ça :p (merci pour les encouragements !)

  11. Frida says:

    (et grace aux effets de l’exercice et aux particularités de mon visage qui ont longtemps été des défauts (des “traits forts” disaient les amis, passé un certain point ça devient intemporel) on me donne plutot 43 ans maximum c’est assez rassurant)

    • Eh bien ! Que de bonnes nouvelles Frida ! On continue sur la lancée ?… 😉

      • Frida says:

        Si j’ai une chance de vivre un jour la jeunesse que je n’ai pas eue pour des raisons financières tant que je ressemble encore à quelque chose / peux sortir de chez moi sans raser les murs de honte pourquoi pas ^^
        car mes objectifs semblent irréalisables, je voudrais quitter la bourgade touristique où j’ai consumé ma jeunesse sans pouvoir en repartir (ni emploi ni argent, trop compliqué, trop d’affaires personnelles au bout d’un certain temps et pas la force physique pour les transporter seule) pour la ville que j’espérais rejoindre en quittant la région d’où je venais, mais y trouver un petit appart sympa plein centre avec suffisamment de place pour dessiner dormir et ranger ses affaires, rendre tout ceci compatible avec les contraintes que j’ai déjà et enfin voir mes oeuvres graphiques obtenir une certaine reconnaissance, et grace à la carte de réductions pour les activités culturelles prendre quelques cours et sortir un peu plus souvent qu’une fois tous les 2 mois dans une soirée riche en relations des plus superficielles dont je ne suis pas dupe, et voyager un peu, tant que mon apparence physique sera suffisamment digne et compatible avec cette existence assez exterieurement stimulante. ça peut sembler déraisonnable mais compte tenu de l’impasse financière où je me trouve c’est à peu près tout ce qui serait à ma porte et soufflerai sur les braises de ce qui me reste d’envie de vivre, car me replier la campagne permettrait de me cacher mais les récits que j’en ai de voisinage con et les moyens que ça demande pour obtenir une habitation confortable, sans parler des effets de l’isolement rural sur ma santé mentale et du fait que j’ai déjà vécu (et échoué quant à mon émergence artistique) la période où la nature m’inspirait encore, serait encore plus insensé, de plus la nature exalterait mon côté romantique et le romantisme est hél&s incompatible avec le vieillesse, franchement une vielle femme en robe elfique dans les bois ce n’est pas très joli et je ne me vois pas touiller des marmites ou m’occuper des ptits enfants. C’est un peu ça qui m’inquiete, les perspectives pour les femmes vieilissantes sont assez inquiétantes surtout quand on a été éjéctée d’une vie professionnelle un tant soit peu intéressante et qu’on ne serait pas vraiment en état de monter uen entreprise, tout ce que je sais faire c’est dessiner, peindre dans la mesure où mon logement obscur me permet de le faire sans que ça tourne au taudis encombré et composer un peu en mao, chaque foi que j’ai eu l’occasion d’apprendre quoi que ce soit ça a cessé de m’intéresser sitot que les contours familiers des réalités de l’existence notamment les relations humaines se sont dégagés de l’enthousiasme du moment, et ce depuis l’enfance. Dès que je m’integre je me sens mal je ne supporte ni de dominer ni d’etre dominée je ne suis pas contente de moi et de ma vie donc redoute le moment où on voudra mieux me connaitre et je ne sais absolument pas comment me sortir de ça. Du coup j’ai l’impression qu’un logement propre confortable agréable bien situé et avec baignoire m’occupera assez et me permettra de reprendre les choses où j’avais dû les laisser trouvage de boulot oblige mais ce n’est peut etre qu’une illusion et l’époque a tellement changé que je me heurte sans cesse à des gens qui ressemblent au phénomène isolé que j’étais à 20 ans c’est incroyable comme ces gens de 30 ans plus tard ont de points communs avec ce que j’étais des gouts au mode de vie et ma pauvreté me fait vivre comme une vieille ça me donne d’insurmontables complexes je suis toujours la fille douée et pauvre avec 30 ans de trop si seulement je pouvais arriver à etre celle que j’aurais du devenir, qui aurait vécu tout ça et n’en aurait gardé que le meilleur sans se bouffer le mur de la fin de mois ou de la perte de sa maigre allocation de survie à chaque velléité de projet d’indépendance…

  12. Chantale says:

    Quelle belle leçon de vie dans cette histoire, bravo! Moi je viens d’avoir 50 ans le 6 mars 2017. En 2014, après 15 ans de service dans une usine, celle-ci ferme ses portes pour déménager au Mexique. Je me retrouve donc sans emploi à 47 ans. Après avoir terminé mon année de chômage, je décroche un travail dans une école sur le dîner, soit 7h30 par semaine. C’est pas beaucoup, mais j’adore les enfants. Je décide donc de m’inscrire au cour pour l’obtention du AEP (attestation d’étude professionnel) en service de garde en milieu scolaire afin de devenir officiellement éducatrice en service de garde scolaire. J’ai eu mon diplôme l’année passée après 4 mois d’étude à temps pleins, tout en faisant mes heures de dîner dans une école. Mais voilà, même si j’aime le monde des enfants, j’y ai découvert aussi un monde de méchanceté au niveau des adultes féminins. Et tout comme l’intimidation dont j’ai souffert étant enfant, je me suis retrouvé à subir la même chose auprès de collègue de travail. Cette fois-ci, je n’osais rien dire de peur de perdre mes chances de devenir éducatrice officielle à la fin de l’année, puisque l’une des collègues qui était sur mon dos, faisait partie des personnes qui m’évaluait par 3 fois au cour de l’année. Je revenais presque à tous les jours le coeur en miette. Je sentais que je m’en allais tranquillement vers un burn-out si je restais là. J’ai décidé de donner ma démission de l’école, mais tout en restant pour la commission scolaire afin d’offrir mes services dans d’autres écoles. Mais voilà, la commission scolaire n’a pas aimé que je démission de l’école ou je travaillais et ils ont décidé de fermer mon dossier. Dans le fond, ils ont pris la décision que j’avais de la misère à prendre, soit quitter la commission scolaire. Après ma démission (le 3 février), je suis aller au syndicat (ils n’auraient rien pu faire pour moi, car je n’étais pas encore officiellement une éducatrice), mais ils connaissaient bien la réputation de la collègue qui était la plus sur mon dos, car plusieurs éducatrices ont déjà subis le même traitement que moi. En parlant avec d’autres éducatrices le jour de mon départ… j’ai su qu’elles avaient presque toutes vécues ce genre d’épreuve et en vivent encore. Ce sont les deux mois de vacances l’été (ou elles peuvent être avec leurs enfants) et le salaire qui font qu’elles restent en poste. Mais voilà, moins de deux semaines après ma démission… une idée germait dans ma tête… De un: j’allais devenir mon propre patron. Et de deux: J’allais pouvoir (avec cette idée)rester dans le monde des enfants, tout en réalisant le rêve que j’avais caressé pendant une grande partie de ma vie, soit être comédienne ou chanteuse. Je suis en train de créer un personnage pour les enfants. J’offrirai mes services dans les garderies, les cpe, les fêtes d’enfants, les festivals etc… J’ai écrit une dizaine de chansons ainsi qu’une histoire. Il me reste à faire mettre de la musique sur mes textes, j’ai déjà deux gars au travail de mon conjoint qui sont déjà au courant et qui sont heureux à l’idée de m’aider. J’ai encore beaucoup de préparatifs à faire. Et il faudra aussi monter le tout en spectacle de 45 minutes et à me pratiquer. Je voudrais commencer à pouvoir offrir mes services vers le mois de septembre, ou après. Je ne me mets pas de pression. Oui, la vie commence à 50 ans. Moi qui avait perdue tout espoir de pouvoir devenir chanteuse l’année de mes 35 ans, ou j’ai réaliser que j’étais déjà trop vieille pour l’émission Star Académie après avoir lu les critères de sélection. Il n’y a pas d’âge pour réaliser ses rêves. Il suffit d’y croire. En tout cas… moi j’y crois! Je vais être la nouvelle coqueluche des enfants, rien de moins (lol).

    • Quelle magnifique histoire Chantale ! Et merci de l’avoir partagée. :)

      Il faut absolument nous tenir au courant de la suite et ne pas hésiter à partager vos avancées. Bravo d’avoir eu le courage d’oser aller là où votre cœur secrètement vous portait et ceci malgré les embûches qui se sont présentées en chemin. Moi je pense que vous serez un belle exemple de réussite après 50 ans, au moment où nous avons suffisamment d’expérience pour comprendre que les aléas de la vie sont ce qu’ils sont, qu’ont apprend d’eux et qu’en fait, ils nous enrichissent. J’ai hâte d’entendre la star québécoise des enfants que vous serez et n’hésitez pas non plus à partager le lien de votre page professionnelle facebook, histoire qu’on puisse vous suivre… 😉

  13. Chantale says:

    Merci Monsieur Jean-Philippe,

    Je n’ai pas encore de page professionnel, cela fait partie des préparatifs à faire justement (lol). J’ai eu une enfance extrêmement difficile et une vie d’adulte remplis d’embûches, comme la plupart d’entre nous. J’ai vécue avec des douleurs chroniques (J’aurais la fibromyalgie) depuis l’âge de 18 ans, chose que j’ai presque complètement guérie à ce jour grâce à un changement alimentaire il y a 4 ans. Il me reste juste les douleurs de l’arthrose,(bah, des reliques de la vieilles quoi!) qui devrait se calmer avec mes bouillons d’os que j’ai recommencé à me faire. Comme quoi, tout peux s’arranger dans la vie quand on y met l’énergie nécessaire. Et oui, je crois que vous avez réussi à lire entre les lignes… car je compte bien devenir un personnage public. Je n’ai rien à perdre à mon âge, au contraire, j’ai tout à gagner!!! Et comme vous dites, l’expérience que j’ai vécue à l’école (même si elle a été négative sur certains points)cela m’a permis de découvrir (même si je savais que j’aimais les enfants puisque j’en ai deux)que j’aimais travailler avec les enfants. Et oui, je reviendrai faire un tour pour vous dire ce qui en ai de mes démarches. À bientôt!

  14. Frida says:

    PS : donc, dans le flou le plus total, je ramasse mes billes et lève de la fonte au cas où il me viendrait ENFIN une idée pour que ce chaos ressemble enfin à quelque chose dont j’aie lieu d’etre fière. (et les autres je ne sais pas, mais etre circonscrit à 50 km maxi de chez soi et voir et faire toujours toujours toujours la meme chose depuis des années en hésitant de plus en plus à prendre le risque de sortir de ce qui est autant devenu une zone de confort qu’une prison a de quoi rendre fou, d’autant que ça alimente les peurs).
    Quoiqu’il en soit, dès qu’il me vient enfin une issue constructive je vous tiens au courant !

  15. Frida says:

    (je voulais dire 20 ans de trop, plutot)
    mais vraiment ce qui me fait disjoncter à chque fois c’est cette cinquantaine à laquelle je ne vois ni ne trouve aucune issue nulle part. Jusqu’au médecin qui me dit que je ne fais vraiment pas mon age ce qui sous entend qu’il es si avancé ? flippant, n’est il pas ?

  16. Frida says:

    Finalement, à part trouver sa propre vérité et s’affranchir de l’experiene d’autrui et des statistiques, trouver une autre forme d’adolescence et cette fois mourir jeune je ne vois pas d’issue.

  17. Chantale says:

    Frida, je viens d’avoir 50 ans le 6 mars et je viens de perdre encore un autre emploi en 3 ans. Excusez-moi le thème que je vais employer… mais pour reprendre une expression québécoise… il faudrait un peu vous botter le cul. Arrêter de vous apitoyez sur votre sort, ce n’est pas comme ça que vous allez vous en sortir. Nous n’avons plus 20 ans, c’est un fait. Et nous ne pouvons retrouver notre jeunesse, c’est impossible. Mais ce qui est bien avec notre âge, c’est que nous nous connaissons suffisamment assez pour savoir ce que nous voulons…et ce que nous ne voulons plus. Des problèmes de santé… j’en ai eu toute ma vie durant. Mais cela ne m’a jamais empêché de mordre dans la vie! Un de nos chanteur québécois qui, dans l’une de ses chansons, il y a un personnage qui lève de la fonte pour oublier la honte… Moi je te dirais… n’est pas de honte à lever de la fonte… et fonce! Ton médecin te disait que tu ne paraissais pas ton âge et non que tu paraissais être dans un grand âge. Tu vois la vie tellement négativement, que tu comprend ce que tu veux bien comprendre. Il y avait un gars à l’usine ou j’ai travaillée durant 15 ans, qui, chaque fois que je croissais son chemin, je lui demandais ceci: Allo Stéphane, ça va bien? Et lui de me répondre toujours: oh, ça va mal aujourd’hui, et ce, pendant très très longtemps, jusqu’au jour ou je lui ai dit ceci: Écoute, même si ça va mal, répond-moi que ça va bien. Et tu vas voir… ta journée s’en portera mieux! Il était de nature extrêmement pessimiste, voir dépressive. C’est comme ma mère qui, chaque fois que sa vie prenait du mieux, disait ceci: Ouais… ça va trop bien dans ma vie depuis quelques temps, je suis sûre qu’une tuile ou un fanal vas me tomber sur le tête. Et bien, le lendemain ou dans les jours suivants: une tuile ou un fanal (une épreuve de la vie quoi!) lui tombait effectivement sur la tête. En fait, en disant cela, elle en faisait la demande d’avoir une épreuve à l’univers et celui-ci exauçait tout simplement son souhait.Quand quelque chose de bien nous arrive dans la vie… Il faut remercier la vie et non penser que le pire peut arriver par la suite. Moi j’ai un magnifique projet en route… Et je demande à l’univers de m’accompagner sur le nouveau sentier que j’emprunte. Je sais que tout va bien aller, car j’ai confiance en moi et en la vie. Et si ce n’est pas le cas, ce que j’en doute, au moins j’aurai essayé. Car qui n’essaie rien… n’a rien! C’est mon expression préférée. Bonne chance à vous, Frida. Chantale

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