Comment devenir méchant ?

Le Styx n'est pas loin ?

S’il est une chose qui nous manque dans la vie, c’est la méchanceté.

On peut bien parler d’épanouissement personnel, de grandir personnellement ou professionnellement, d’atteindre ses objectifs, de gagner sa vie de façon indépendante mais… quand est-il d’être méchant ?

Je suis vraiment étonné qu’on en parle pas plus dans le blogs de développement personnel. C’est quand même une des clefs de la réussite, non ?

Alors pour remédier à cela, je vais ajouter immédiatement une corde à votre arc (ou une pointe à votre trident), en vous apprenant à être méchant… mais alors, bien méchant !

Atelier débutants

Franchement, je suis étonné qu’il n’existe pas de coach en méchanceté. Un coach qui vous apprendrait à être plus agressif, à savoir mordre, à savoir être mauvais. Dans notre monde de “requins” comme on dit souvent, il faut savoir se défendre et évidemment, la meilleure défense c’est l’attaque.

Comme pour tous les talents, certains ou certaines sont plus doués que d’autres dans ce domaine. On dit alors qu’ils ont un don (vous pensez à qui là ?) mais, rassurez-vous, vous aussi vous pouvez acquérir ce trait de la “mauvaiseté” (en vieux français) qui vous sera donc extrêmement utile dans la vie.

Ne me remerciez pas.

Le tout, c’est d’y aller en douceur et de commencer modestement. Ne soyez pas pas trop ambitieux, on ne devient pas un monstre tout de suite. Non, cela demande – comme tout – de la pratique régulière.

Ceci dit, un bon moyen de développer votre muscle de la malveillance c’est tout simplement de ne pas sourire. Gardez une mine renfrognée quoi que vous fassiez. Si quelqu’un sort une plaisanterie, ne riez pas. Si quelqu’un vous croise en souriant, surtout ne répondez pas à ce sourire. Ignorez-le, passez votre chemin sans même vous arrêter.

Succès garanti.

Pour être tout à fait précis et honnête (ma première vertu), vous allez en fait devoir réapprendre à sourire. Vous doutez ? Alors, savez-vous faire un sourire narquois ? Décocher un sourire condescendant ? Afficher un sourire méprisant ? Déployer un sourire diabolique ?

Ensuite, il faut passer tout de suite à l’étape suivante, qui est de ne pas répondre aux autres lorsqu’ils vous disent bonjour. C’est presque aussi facile que de ne pas sourire, ça ne coûte rien (juste de les ignorer) et puis cela vous permet de progresser encore plus rapidement dans votre niveau de méchanceté.

Atelier avancé

Une autre stratégie très facile aussi, mais qui demande de l’expérience, c’est de dire du mal des autres, tout le temps. Mais, vous allez me dire, où vais-je apprendre ça, moi qui suis pur(e) ?

C’est enfantin, la meilleure éducation que vous puissiez avoir pour ça est gratuite et vous l’avez déjà chez vous. Oui, à la maison.

Allumez votre télé… et prenez des notes.

Que ce soient les politiciens, les hommes d’affaires, les animateurs, les chroniqueurs zélés, les invités ou les participants aux jeux de télé-réalité, vous aurez largement de quoi vous inspirer en termes de malveillance. Sauf peut-être au moment du bulletin météo, et encore, il arrive souvent que l’anticyclone des Açores en prenne pour son grade.

Donc, dire du mal des autres, sera bientôt une deuxième nature pour vous après quelques semaines de télé intensive.

Enfin, dans toute la panoplie des méchants, un autre excellent moyen de faire des progrès, c’est de ne jamais tenir ses promesses.

De plus, toutes les études sont d’accord pour dire que ça marche beaucoup mieux si vous êtes bien habillé, du genre costume-cravate. En bonus, si vous pouvez regarder les gens dans les yeux, en leur souriant au moment de votre promesse, là vous ferez un carton. L’investissement est minimal (costume + cravate) mais les retours en mauvaiseté sont multipliés.

Et où les trouve-t-on ces maitres de la promesse non tenue (avec costume ou non ) ? A la télé bien sûr mais aussi dans la vie de tous les jours. Encore une fois, il vous suffira, à vous, ô être innocent, d’ouvrir vos yeux et d’apprendre en regardant faire, autour de vous.

C’est la meilleure façon d’assimiler un savoir-faire, fut-il démoniaque.

Atelier réalité

Ça va ?

Pas trop inconfortable jusqu’à maintenant ? Vous n’avez pas encore fermé la fenêtre de votre browser, irrité(e) par tout ce que je raconte ?

Pourtant, n’y a-t-il pas quelque chose qui vous choque dans tout ce que je suis en train d’écrire ?

Je ne parle pas du fait que je vous encourage à être mesquin, méchant, mauvais. Je pense à autre chose…

Vous ne trouvez pas que c’est facile ?

Vous ne vous trouvez pas que sans trop d’efforts vous pourriez, tout comme moi, dire du mal de quelqu’un, ne pas tenir une promesse,  ne pas sourire ou ne pas répondre à un bonjour lancé par une connaissance ?

… En réalité, nous l’avons tous et toutes fait. Une fois. Plusieurs fois. Pleins de fois. Et sans avoir besoin d’un coach en méchanceté.

Alors, pourquoi être “méchant” est-il si facile ?

Pourquoi ne pas l’être, demande-t-il des efforts ?

(A suivre)

(Photo : Sprengben)

Commentaires

27 commentaires pour “Comment devenir méchant ?”
  1. J’ai hâte de lire la suite! Pour moi, ne pas être méchant demande des efforts car comme tu le dis si bien, il suffit d’allumer la télé, ou de regarder autour de soi pour avoir des exemples de méchanceté gratuite. Ça n’encourage pas à agir de façon honnête ou altruiste.

  2. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Julie pour ton commentaire ! Oui, il faut bien faire attention mais heureusement, il existe de beaux modèles positifs et optimistes à suivre. ;)

  3. Amibe_R Nard says:

    Hum, hum… un cours de méchanceté.

    Je vais être méchant avec toi ;-), je ne te crois pas assez calé dans le domaine. Tes exemples relèvent plus de l’oubli que de la méchanceté pure.

    - Donner un bonjour, tonitruant, à quelqu’un qu’on vient juste d’assassiner devant tous les autres.
    - Serrer plusieurs mains et éviter délibérément celle d’un seul, pour bien l’humilier.
    - Emmerder son monde par simple esprit d’occupation.
    - Faire exprès de…

    Car le méchant fait exprès d’être méchant.

    Est-ce que c’est facile d’être méchant ?

    Tu sembles le prendre pour acquis, or ce n’est pas le cas.
    La vraie méchanceté s’apprend, et tout apprentissage est difficile, sinon on n’est pas méchant, juste indifférent ou égoïste. Ce qui n’est pas la même chose.

    Entre deux maux, choisir le pire… pour l’autre.

    C’est la devise du vrai méchant.

    Même si le méchant va en prendre plein la poire, si l’autre en prend encore plus, le méchant gagne. Ce n’est pas si facile que ça. :-)

    Mais, si on ne se surveille pas, dans un cas, comme dans l’autre, on tombe dans l’indifférence.
    L’indifférent n’est pas méchant, c’est juste une solution de facilité, de vide intérieur, comme des oeillères le sont pour ne pas voir ce qui nous entoure.

    Bien méchamment
    L’Amibe_R Nard

  4. Jean-Philippe says:

    Merci l’Amibe ! Aurais-je donc affaire à un vrai coach en méchanceté ? Parce que là, tu m’épates avec tes connaissances (qui sont vastes, je le découvre régulièrement…) qui, comme d’habitude, apportent beaucoup à la conversation. J’ai l’impression d’être un méchant-gentil quand je compare mes exemples avec les tiens. l’expérience ou une grande imagination ? 8)

  5. Heureusement qu’il y a une suite prévue : je l’attends avec impatience, car, jusqu’ici, j’avais plutôt envie de quitter ce blog ! Mais j’ai tenu bon jusqu’au bout. Il faut dire qu je suis particulièrement sociable et gentil, ce qui ne signifie pas que je me laisse trop marcher sur les pieds.
    A bientôt Jacques (Bruxelles)

  6. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Jacques pour ton commentaire ! et je te suis grée d’avoir tenu jusqu’au bout de l’article. Ça mérite récompense. ;)

    J’ai vu que Françoise parle de l’ortie sur votre blog commun… l’ortie qui peut être douce pour la santé comme méchante pour la main. Si tu me connais un peu, tu sais que mon intention n’est surtout pas d’être la seconde. :D

  7. Alan Shore says:

    La question que je me pose c’est : pourquoi devenir méchant ? Il me semble que l’on obtient bien plus des gens en étant aimable qu’en étant méchant. En fait le vrai problème, c’est de devenir un vrai gentil ou un vrai méchant. Et ça, ça ne s’apprend pas. C’est dans le caractère ou pas.

    Dans la vie, on ne change rien ni personne. On ne change que soi-même. On ne peut que montrer l’exemple. Ce que l’on est, on le doit aux autres, pas à soi-même. Pourquoi ? Parce que l’on est que l’information que l’on contient. Et même la meilleure éducation n’est jamais qu’un formatage. Ce formatage nous permet d’appréhender la réalité à laquelle on est confronté. Ensuite, c’est l’expérience qui nous permet d’évaluer la valeur de notre formatage de base et de le corriger ou l’optimiser.

    La sélection naturelle ne consacre pas la force, elle consacre l’efficacité. Et quoi de plus efficace que la solidarité ? Le problème, c’est que la solidarité ne fait pas partie de notre formatage éducationnel. C’est pour ça que certains imaginent que la vie n’est qu’un rapport de force. C’est une grossière erreur. La physique nous apprend que lorsque deux forces de même intensité s’opposent, elles s’annulent. Et si on oppose deux forces d’intensité différentes, il ne reste qu’un reliquat de puissance inférieur à la force la plus importante. Alors que si on dirige une force faible et une force forte dans la même direction, la force obtenue est supérieure à la force la plus forte.

    C’est pour cela qu’apprendre la solidarité et la collaboration est bien plus important que d’apprendre à être un leader. Pourquoi ? Parce que la solidarité et/ou la collaboration doit être considéré comme un échange de bons procédés, alors que dans la prise de pouvoir sur les autres, il y a forcément tromperie sur la finalité de l’action ou de l’association. Si la tromperie peut fonctionner, elle ne peut pas fonctionner sur le long terme puisque seul le “leader” s’y retrouve.

    Par exemple, dans une entreprise on se méprend sur le rôle de chacun. Le patron est sensé diriger, et le personnel exécuter. Le vrai patron de l’entreprise, ce sont les besoins de l’entreprise. Ce sont ceux qui sont les plus aptes à les comprendre qui doivent être les décideurs. Et ce n’est pas forcément le patron. Le patron n’a qu’un statut de responsable légal. C’est un travail de collaboration dans un objectif bien précis, et l’entreprise n’a pas pour objectif d’engraisser le patron ou les cadres, mais de fournir un moyen de subsistance à tous ceux qui investissent leur énergie dans cette entreprise. Tout travail mérite salaire au prorata de l’énergie dépensée et des risques encourus.

    Si les patrons étaient efficaces, ils collaboraient avec leur personnel pour les motiver au lieu d’essayer d’inventer des moyens de coercition pour “obliger” leur personnel à être plus productif. La peur ne rend pas le personnel plus productif, elle le rend plus roublard. Lorsque quelqu’un doit travailler dans une entreprise 8h par jour autant que ce travail ne soit pas une corvée sinon le travailleur ne donne pas le meilleur de son énergie, mais il cherche au contraire à économiser son énergie.

    Des firmes comme Google et Apple l’ont bien compris, et ont beaucoup investi dans des espaces de détente. Elles peuvent demander beaucoup à leurs employés parce qu’elles donnent beaucoup aussi à leurs employés. Ces employés ne “travaillent” pas pendant 8h par jour, ils “vivent” pendant 8h par jour. C’est toute la différence.

    Alors, je me demande toujours pourquoi apprendre à devenir méchant. Ce n’est pas productif.

    Sur Twitter @AlanShore4

  8. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Alan pour ce commentaire qui pourrait faire l’objet d’un billet à lui tout seul !

    Je suis tout à fait d’accord avec toi sur les grandes lignes de ce que tu dis et j’espère que tu avais compris mon but en écrivant mon article…

    Il y a des entreprises qui fonctionnent comme ça mais elles sont encore rares. Les exemples de Google et d’Apple sont bien mais je ne crois pas qu’ils correspondent encore à ce que tu dis dans les paragraphes qui précèdent (salaire au prorata).

    Il y a une petite entreprise fleurissante depuis 20-25 ans dans le nord de la France qui applique, si mes souvenirs sont bons, exactement ce modèle dont tu parles mais je n’arrive pas à retrouver son nom.

    Enfin, tu prêches un convaincu lorsque tu parles d’éducation de compétition et là, franchement, nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge l’enfer. ;)

  9. Alan Shore says:

    Je suis responsable informatique dans une entreprise de la région bruxelloise depuis 21 ans. J’ai toujours appliqué ma façon de travailler. Le leader, ce n’est pas celui qui prend le pouvoir par des artifices fumeux. C’est celui qui pense ce qu’il dit et qui fait ce qu’il dit. On vous juge sur pièce, donc il faut donner du vrai, pas du “semblant”.

    Ce qui m’a attiré ici, c’est une citation de Nietzsche que j’ai vu approuver : « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ».

    Nietzsche ne proposait qu’une vision restreinte à l’individu, ses citations qui courent les rues doivent être remises dans leur contexte restreint. Ce contexte est exempt de générosité à autrui et est l’expression de sa vision du combat perpétuel que l’individu enfermé en lui-même doit livrer contre ce qui n’est pas lui.

    Dans une vision humaniste, donc considérant l’homme dans une relation cohérente avec le principe de réciprocité qui implique l’égalité intrinsèque de chaque être humain, je me suis mis à contre-citer Nietzsche afin de dénoncer ses ambivalences.

    Si vous prétendez à être humaniste, dépensez pour l’autre le surplus de force qui vous en dissocie et dont il a tant besoin. Vous ne devez pas devenir un surhomme, vous devez devenir un homme intégré dans une réalité humaine, rien de plus.

    À cette citation j’avais proposé :

    Nietzsche : “Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou”.

    Remarque : Ceci explique sans doute la vie de Nietzsche et sa fin tragique !! Rêvant d’être le surhomme, il a su qu’il n’était qu’un homme. Triste déchéance, très humaine pourtant.

    Contre-citation humaniste : “C’est croire dans la métaphysique du doute qui est la plus folle des certitudes”.

    ou

    “N’est pas athée qui “croit” l’être, mais qui “sait” l’être”.

    La question est toujours plus importante et complète que la réponse qui n’est jamais que contextuelle. C’est comme le bloc de marbre devant lequel se trouve le sculpteur. Le sculpteur ne peut tirer qu’une statue du bloc de marbre, alors que le bloc de marbre contient en potentialité toutes les statues que l’on pourrait tirer de lui. C’est tout le problème de l’expression et du vivre ensemble. Si vous vous refermé sur vous-même comme dans une citadelle, votre vision de la réalité s’arrêtera à ce qui vous est adjacent. Dans une citadelle, rien ne rentre mais rien ne sort non plus.

    Il y aura toujours des escrocs et des gens nuisibles parce que le drame de l’être humain, c’est d’être au centre de sa pensée, et que l’individualisme est plus poussé en avant que la solidarité et la collaboration.

    L’unité de l’humanité, ce n’est pas l’individu, c’est la relation humaine. La preuve : la famille. Nous sommes une espèce grégaire qui ne progresse que par la valeur ajoutée de chaque individu à la génération suivante. Tout s’acquière par l’expérience, mais la seule expérience que l’on ne fait jamais, c’est celle de la mort. C’est pour cela que beaucoup de gens vivent comme des immortels. La mort est ce que la sélection naturelle a trouvé pour rendre tout possible. Toute être humain s’inscrit dans la chaine des générations. C’est elle qui doit être au centre de notre pensée et de nos actes, sinon la conclusion est très simple : il ne faut plus faire de gosse.

  10. Alan Shore says:

    « Alors, pourquoi être “méchant” est-il si facile ?
    Pourquoi ne pas l’être, demande-t-il des efforts ? »

    Parce que l’être humain réagit à son environnement en passant d’abord par ses besoins primaires (voir pyramide de Maslow).

    Dans l’ordre :

    - Besoins de maintien de la vie
    - Besoins de protection et de sécurité
    - Besoin d’amour, appartenance
    - Besoin de réalisation de soi

    On ne peut passer aux besoin supérieurs sans que les autres besoins soit résolus.

    Ceci dit, c’est nettement plus complexe que ça. D’où l’importance de l’éducation.

    Aujourd’hui, il est de bon ton de taper sur l’Islam. Cependant l’Islam propose par exemple deux notions du djihâd : le petit et le grand. Le petit djihâd, c’est le combat défensif tel qu’on l’entend généralement. Le grand djihâd, c’est le combat que l’individu mène sans cesse contre lui-même. C’est le seul combat qui soit honorable, d’où son appellation de grand djihâd, puisque l’adversaire est à la mesure du combattant.

    On ne peut comprendre l’Islam sans comprendre que chaque musulman se présente seul face à “Dieu” pour répondre de ses actes, et on ne peut comprendre le Coran que si on en a une perception globale (le détail ne définit pas l’ensemble) tout comme une équation scientifique dans un domaine particulier ne définit pas l’univers. Et puis, il y a un concept qui est révolutionnaire dans l’Islam et la pensée humaine : l’ijtihâd (le devoir de réflexion). L’Islam est la religion du “juste milieu”. Si un musulman vous agresse, rappelez-lui “Allah n’aime pas les excessifs”. C’est écrit tout au long du Coran. Ou vous pouvez lui rappeler ce hadith (parole de Mahomet) : “N’est pas musulman celui dont le voisin doit craindre la nuisance”.

    On voit que l’Islam avait déjà inscrit les principes de Maslow dans sa “révélation”. Je ne suis pas musulman (je suis libre-penseur), mais aujourd’hui je pense que l’Islam est un des premiers humanismes. Il faut voir l’Islam comme une réponse aux temps pré-islamiques, qui contient en lui-même toutes les interprétations possibles pour accéder au niveau supérieur de la pyramide de Maslow.

    Les cultures s’additionnent, elles ne se soustraient pas.

  11. Amibe_R Nard says:

    Merci l’Amibe ! Aurais-je donc affaire à un vrai coach en méchanceté ?

    Un coach en méchanceté ?

    Peut-être. :o)
    Tu sais, ce n’est pas si difficile.

    Il suffit d’inverser quelques préceptes puissants.
    “Aimez-vous les uns les autres” devient “Détestez-vous les uns les autres”.

    Ce qui nous donne : Ne supportez pas la vue des autres. Critiquez leur apparence, leurs habitudes, leur religion, leur race, leur sexe, etc.

    Leur poids ? Leurs formes ?
    L’éloignement évident avec “le” critère de beauté en cours.
    (Le poids, les formes, très à la mode lorsque les vacances arrivent, non ?)

    Les gros, les gras, les petits, les maigres, les vieux, les handicapés… évacuez-les, jetez-les le plus souvent possible. Méprisez-les. Ne les montrez pas, ne leur donnez jamais la parole, niez leur existence.

    Sauf que… On s’aperçoit assez vite, que tout cela mène à se détester soi-même.
    Qui est conforme à 100 % aux canons de beauté ?
    Qui peut le rester toute sa vie.
    Valide aujourd’hui, handicapé demain. Il suffit de si peu de choses.

    C’est ce que nous apprennent les médias avec leurs faux critères publicitaires, c’est ce qu’on nous inculque lorsqu’il ne faut pas se salir, lorsqu’il faut présenter “bien”.

    Je peux aussi rejoindre Alan Shore dans ce qu’il dit dans son premier commentaire.

    Dans “Aimez-vous les uns les autres”, il y a la notion de coopération, d’entraide, de fraternité.
    En inversant, on trouve la compétition, l’égoïsme, la domination.

    Ce n’est pas difficile de l’apprendre dès le plus jeune âge.
    - Sois le meilleur de ta classe, sois le premier.
    En sous-entendu : domine les autres intellectuellement, écrase-les dans le sport.
    Un sourire des parents, du professeur, une moue de déception : autant de signes d’encouragement pour que tu ailles dans le bon sens.

    Pourtant, ce n’est pas de la méchanceté. Les parents et les professeurs ne pensent pas à “mal” en perpétuant cette machinerie.

    Je l’ai vu, je l’ai vécu, à différentes places.
    Mon goût pour les études, dans ces conditions compétitives, à commencer à s’estomper.
    C’est du mensonge, et des promesses non tenues d’ailleurs (être premier n’ouvre pas la porte face à quelqu’un de pistonné)
    Etre premier, ça t’oblige aussi à tenir un rôle et à bosser comme un malade pour le tenir… sous peine de décevoir. (Pression psychologique, ou bien méchanceté psychologique ?)

    Pour quel gain, au final ?
    Faire plaisir à ses parents, à ses profs… Et à soi ?
    Et à ses camarades dégagés dans d’autres classes dites de niveau “inférieur”?
    Des camarades moins… “méchants” mais avec combien d’autres qualités humaines, sauf que, non scolaires.

    Oui, je pourrais t’apprendre à être méchant, Jean-Philippe, mais il faudra aussi penser à enlever les miroirs de chez toi…
    Comment ne pas détester cet autre que tu verras tous les matins dans le miroir.

    Et puis, il y aura la dernière leçon, celle où le maître démolit son élève. Le démolit et l’achève.
    A moins que l’élève ne surpasse le maître. ;-)
    C’est le pouvoir obscur de la force, à la fin il ne peut en rester qu’un.
    L’ultime, le vainqueur, le premier.

    C’est comme pour les religions. Celle qui veut s’imposer comme la Number One est une religion de méchants. Le christianisme conquérant ne vaut pas mieux que l’islam conquérant.
    Ce n’est que haine, destruction, agression. Violence, cris et larmes.

    Ce serait odieux à la télé, insupportable. On ne le montre jamais.

    Et si je rejoins de nouveau Alan, c’est pour dire que le Coran est un très beau livre lorsqu’il est lu avec les yeux de l’amour et un puissant livre de méchancetés quand il est lu avec un esprit “guerrier conquérant”. La Bible n’est pas mieux dans son côté conquérant et rouleau convertisseur.

    Ce sont des religions “révélées”… en réalité, elles révèlent surtout le coeur des hommes.
    Sur ce qu’ils sont à l’intérieur.

    Ou, pour être plus méchant : sur ce qu’on leur a mis à l’intérieur.

    Car chacun de nous est responsable de la graine semée au creux de l’enfant.
    Le passant, comme le parent.

    Et tu as raison lorsque tu dis : faire la gueule, ne pas sourire, c’est un moyen d’être méchant.
    Dans la méchanceté, comme ailleurs, c’est la constance qui est importante. :o)

    Bien Amicalement
    L’Amibe_R Nard

  12. Il y a des commentateurs chevronnés ici !
    Intéressant comme article.

    Néanmoins, on est peut être naturellement méchant à la base mais avec un travail sur soi, être méchant devient presque impossible.

    Malheureusement, comme tu le dis dans l’article, la télé nous montre des méchanceté sur la planète entière. Regarder les infos est souvent une horreur. Et cela influe bien évidemment les personnes qui regardent cela tous les jours.

    Bien sûr, à nous de faire la part des choses. C’est aussi être intelligent et malin que d’être sympa envers les autres. De simples observations nous font comprendre qu’un comportement hostile ne nous amène jamais rien de bon. Au boulot, j’ai parfois des clients qui m’appellent furieux sans aucune raison valable et sans savoir si l’interlocuteur au bout du fil est le bon. Ils se défoulent, ça leur fait du bien mais n’obtiennent rien au retour (parfois un raccrochage au nez).

    J’attends la suite :)
    Dorian

  13. Alan Shore says:

    Salut l’Amibe-R Nard,

    Sans observateur l’univers n’existerait pas. Tu as raison de dire que tout est dans la perception. La perception ne passe pas que par les sens, mais aussi par le filtre de la cohérence de l’information déjà contenue en nous. L’expérience fait loi.

    Dans un propos ou dans un acte, il y a une forme, un fond … et une finalité. Cette finalité est toujours cachée. Les escrocs le savent bien. On ne juge les gens que sur la forme et le fond. C’est dans la contradiction entre les propos et/ou les actes que l’on peut déceler parfois les vrais malveillants.

    Tu parlais de grands préceptes à inverser pour justifier la méchanceté. Je ne te suis pas sur ce plan. L’espèce humaine est une espèce grégaire. Elle vit donc en société. La règle implicite de la vie en société est : “ne fais pas à autrui, ce que tu ne voudrais pas qu’autrui te fasse”. La formulation positive de ce précepte “fais à autrui ce que tu voudrais qu’autrui te fasse” ne fonctionne pas puisque la finalité d’un acte envers quelqu’un peut-être pervers.

    On parle souvent de liberté individuelle, or elle n’existe pas. Il ne faut pas confondre “liberté” et “permissivité”. Il faut être au moins deux pour que la liberté prenne de la valeur. Toute valeur a un prix, et le prix de la liberté, c’est la somme des contraintes que l’on accepte pour vivre ensemble.

    Si la gentillesse et l’amabilité ne sont pas obligatoire en vertu du précepte dont je parle plus haut, la méchanceté, par contre, est une anormalité et doit être dénoncée comme telle. La sélection naturelle ne consacre pas la loi du plus fort, mais bien celle de l’efficacité. Et quoi du plus efficace pour une espèce grégaire que la solidarité ? Si nous étions immortels nos propres enfants seraient aussi une concurrence, mais lorsque l’on est mortel on s’inscrit dans la chaîne des générations, et le vrai sens de la vie est dans la transmission de notre plus-value à la génération suivante.

    L’unité de l’humanité n’est pas l’individu, mais la relation humaine. La preuve ? La famille.

  14. Amibe_R Nard says:

    Salut Alan

    Il y a plein de choses intéressantes dans ce que tu dis.

    Sans observateur l’univers n’existerait pas.
    L’expérience du chat de Schrödinger n’est pas aussi catégorique. :-)

    Mais c’est vrai que la perception multisensorielle est tout ce dont nous disposons afin de mesurer l’univers. Et si, de l’expérience, on tente de faire émerger des lois, rien ne dit que ces lois restent valides cinq mètres plus loin. Suivant l’individu, suivant le moment de la journée, suivant le temps qui passe, les lois peuvent devenir caduques.

    Tu parles aussi de finalité.

    Y a-t-il une finalité dans l’amour que l’on porte à son conjoint ?
    Si on est vraiment prêt à mourir pour lui ou elle… ou plus sûrement pour ses enfants, où est la finalité ?

    Où est la finalité de notre existence lorsqu’on nous allons tous retourner à la poussière.
    Il y a des gestes altruistes auxquels on ne pense même pas. Donner un sourire, lancer un bonjour à un inconnu, aider un passant dans le besoin, ça n’a pas de finalité non plus.

    Ne pas le faire, comme le disait Jean-Philippe, ça n’a pas de finalité non plus… sauf à le faire exprès, bien sûr. ;-)
    Faire la gueule exprès, là oui, ça rejoint la méchanceté.

    Est-ce que je justifie la méchanceté en inversant les grands préceptes ?
    Peut-être, d’une certaine façon.

    Mais c’est surtout là où je vois que Jean-Philippe n’est pas “calé” pour ce genre de cours. Dans les histoires sur son blog, il n’y a pas de méchants.
    Dans les textes de son blog, la lutte ou le conflit sont internes. Il n’y a pas de réelles compétitions entre les acteurs.

    Pour la vie en société, il me semble que les espèces grégaires vivent sur le mode “aide-moi et je t’aiderai”.
    Pendant que tu manges, je surveille et, pendant que je mange, tu surveilles l’environnement.
    On double ainsi les chances de survie.
    En société humaine, ça donne aide-moi à construire ma maison et je t’aiderai pour la tienne. Aide-moi à cultiver ou faucher les blés et je t’aiderai pour les tiens. Défends-moi et je te nourrirai.

    On est sur le mode gagnant-gagnant.
    C’est ce qui permet la vie en société, ou qui y incite.

    “Ne fais pas à autrui, ce que tu ne voudrais pas qu’autrui te fasse.”, ce n’est pas la même chose à mon avis. On est plutôt dans le domaine de la loi, de cette loi qui régit une partie de la vie en société.
    Ne vole pas si tu ne veux pas être volé. Ne tue pas si tu ne veux pas être tué. Oeil pour oeil, dent pour dent.

    Qu’on peut aussi traduire en : Ne possède rien pour ne pas être dépossédé, ou tué.
    Proudhon en a déduit : la propriété c’est le vol.

    La propriété, c’est une règle que nous appliquons tous en société. Et elle a ses effets pervers.
    Le patron dit : cette boîte m’appartient. L’employé ne dit pas la même chose, il dit cette boîte appartient au patron. Et il peut s’ensuivre bien des comportements antagonistes, voire stupides…

    Lorsque “Cette boîte nous appartient” clarifierait la situation pour tout le monde.
    Et permettrait à tous de comprendre où est le véritable intérêt.

    Fais à autrui, ce que tu voudrais qu’autrui te fasse.
    Ça ne marche pas, à cause des actes pervers ?

    Hum…
    Si la personne est perverse, alors autrui va lui rendre sa perversité.

    Mais je pense comprendre que tu veux dire : si je fais à autrui – par intérêt -, ce que je voudrais qu’autrui me fasse, alors l’équation va se planter.

    C’est certain que l’effet pervers est là d’entrée de jeu. Ma projection sur le monde n’est pas celle d’autrui. Si j’aime le gâteau au chocolat et que tu le détestes, l’équation est “down”. (On entre dans un cycle pervers, même avec de bons sentiments.)
    L’équation ne dit pas non plus à quel moment l’investissement sera retourné, c’est là où le système est défaillant. Le temps y devient une variable trop importante.
    Il ne marche pas non plus dès que je suis altruiste, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de contrepartie attendue. Si je te souris, mais que je n’attends pas une contrepartie obligatoire de ta part, alors je ne cherche pas à te manipuler. Fais à autrui, ce que tu voudrais peut-être qu’il te fasse laisserait du libre arbitre, de la liberté.

    Maintenant, si je devais interpréter ce principe au niveau du méchant, je dirais :
    Sois méchant avec l’autre avant qu’il ne le soit avec toi.

    On peut être hostile, montrer de hauts murs et des piques autour de son jardin, son chien “méchant”, ses caméras de surveillance, ses policiers ou son défilé de 14 juillet… sans prétendre être méchant.

    Pourtant, on l’est d’une façon évidente. Sans s’en rendre compte.

    Ou alors en s’en rendant compte, pour dominer et s’imposer.
    Ou pour imposer une certaine façon de voir le monde.

    Bien Amicalement
    L’Amibe_R Nard

  15. Alan Shore says:

    Amibe_R Nard a dit : Il y a plein de choses intéressantes dans ce que tu dis.

    Je te remercie, j’en pense autant à tes propos. Ce qui est intéressant, c’est le débat d’idées, ce ne sont pas les individus. Les individus sont mortels (heureusement), pas les idées.

    C’est d’ailleurs pour ça que je suis de gauche (entendre progressiste au sens humaniste). Le surhomme est une race stérile parce qu’il ne peut parler qu’à lui-même. L’être humain est fécond parce que sa pensée parle à travers les générations.

    Je vais donc aborder ma réponse de manière détaillée, parce que j’aime écrire, et que le débat d’idées me passione.

  16. Alan Shore says:

    Amibe_R Nard a dit : Sans observateur l’univers n’existerait pas.
    L’expérience du chat de Schrödinger n’est pas aussi catégorique.

    Mais c’est vrai que la perception multisensorielle est tout ce dont nous disposons afin de mesurer l’univers. Et si, de l’expérience, on tente de faire émerger des lois, rien ne dit que ces lois restent valides cinq mètres plus loin. Suivant l’individu, suivant le moment de la journée, suivant le temps qui passe, les lois peuvent devenir caduques.

    J’aurais pu dire que la réalité n’a de sens qu’à travers nos sens et leurs limitations. Philosophiquement, je suis plutôt panthéiste. Il y a un TOUT unique et indissociable dont nous faisons partie, et comme la partie ne peut définir la somme, ni d’ailleurs définir ce qui l’intrique et en fait un nombre à part (une nouvelle unité), nous ne sommes que des êtres – des “choses” au plus pur sens du terme – composés.

    Donc, en ce qui concerne le bestiau de Schrödinger, je te répondrai par cette définition de la décohérence quantique : “La décohérence exprime la perte d’information due à l’observation d’un objet à partir d’une réalité qui contient moins de dimensions que la réalité de l’objet observé”.

    Notre réalité étant moins complexe que la réalité quantique, on est forcé de constater que notre réalité exige une pensée déterministe, alors que la réalité quantique, elle, exige une pensée indéterministe.

    à suivre…

  17. Jean-Philippe says:

    J’écoute et je prends des notes. :)

    Lorsqu’on a deux débatteurs hors pairs comme l’Amibe_R Nard et Alan Shore dans les commentaires de son blog, on leur laisse la place… de toute façon, je serais bien incapable de débattre à votre niveau. Merci à vous. :)

    PS : Schrödinger ou pas, décohérence ou pas, laissez les chats tranquilles ! :D

  18. Lea says:

    Je suis assez déçue, je m’attendais à voir de vraies réponses sur la façon de devenir méchante.
    Toute ma vie, j’ai été sympa, et malheureusement, je suis tombé sur des personnes qui ne m’ont jamais rendu la pareille. Des personnes avec un comportement grossier, vulgaire et cruel. Bien souvent, j’ai croisé des personnes mauvaises (pas “mauvaises-indifférentes”, mais mauvaises, avec une intention véritable de faire le mal pour le plaisir procuré ou parce que c’est leur façon de procéder, de vivre).
    Les personnes sympas, ça ne fait que peu de temps que je les ai rencontrés et honnêtement, je me dis que quite à se faire écraser, autant être une personne mauvaise et cruelle, et apprendre à jouir du plaisir de faire du mal (chose que je ne sais pas exactement encore faire).
    Un jour, j’aimerai bien faire du mal aux personnes qui m’ont fait du mal pour pouvoir leur faire ressentir ce qu’ils ont fait, mais, je me dis aussi juste que j’aimerai leur faire du mal pour les nuire et parce que contrairement aux autres personnes qui font le bien et ont des problèmes qu’ils ne méritent pas, les personnes mauvaises peuvent faire toutes les conneries qu’ils veulent et ne seront jamais inquiétés par qui que ce soit.
    On est même dans une société qui encourage les personnes mauvaises. Quand une personne se fait agresser, maintenant, on dit plus que c’est la faute de l’agresseur, mais de l’agressé.
    Je n’en peux plus d’être quelqu’un de bien qui ne récolte rien, je veux faire le mal.

    • Alan Shore says:

      Lea a dit : “Je suis assez déçue, je m’attendais à voir de vraies réponses sur la façon de devenir méchante”.

      N’aies pas de regret, Lea. Être un vrai méchant est nettement moins complexe que d’être un vrai gentil. On est tous responsable individuellement pour toute l’humanité. Nous devons porter les actions des méchants sur le dos sans faiblir. Les méchants en profitent, mais ils ne pourront jamais devenir des gentils. Cette incapacité à la gentillesse, c’est ça leur enfer.

    • Merci Lea pour ton commentaire que j’ai manqué ! Alors, un an après, tu as toujours envie de faire du mal ? Ou en as-tu fait et te sens-tu mieux maintenant ? (Ce dont je doute…)

  19. RANGO says:

    Peronne ne sort de sa propre histoire !
    Personnellement je penses que c’est déficile d’être méchant ou plutôt de changer d’un gentill pour un méchant.
    Et ce qui crée cette pérsonnalitée chez toi c’est tes principes , la famille , l’éducation , ton entourage (chaqu’un sa vie ;))
    … on peut pas génaraliser ou donner une seul façon de changer .

    Pour moi la faiblesse est la source de méchannecétée .. sinon pourquoi être méchant !!
    Cotée religion je suis un musulman et tout ce que je sais de ma religion incite qu’à vivre en paix et aimer l’autruit peu importe sa foie .
    combatre le mal par le mal ne donnera rien , par contre qu’on ta le courage de le combatre par le bien… là t’es un vrai “méchant” .

  20. Bravo. Très bel article bien construit et original !

    • Merci pour les compliments lorangeetlenoir ! Je connaissais le rouge et le noir mais pas l’orange et le noir… ce sont des couleurs fétiches ? :)

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