Les souvenirs du futur

Par le 12 January 2012
dans Changer les règles

A votre tour...
Un tableau blanc.

Comme à l’école.

C’est tout ce qu’il nous faut.

En effet, parmi toutes les choses qui peuvent nous stopper dans nos avancées vers une vie plus agréable, il en est un groupe qui est particulièrement redoutable.

Nos souvenirs.

On ne s’en rend pas toujours compte mais le pouvoir qu’exercent les évènements que nous gardons en mémoire est extrêmement puissant. Ils vivent en nous et nous influencent – souvent trop – que nous le voulions ou non.

D’ailleurs, parfois excédés par leur pouvoir, on se dit que la meilleure des choses qui pourrait nous arriver serait de tout oublier et de repartir à zéro. Comme ça on effacerait tout et on n’aurait plus besoin de porter ce passé qui nous pèse.

Alors, imaginez-le ce tableau, tout blanc…

Impressions

Vous l’avez là dans votre tête, bien blanc, bien propre, sans rien écrit dessus ?

Maintenant, dites-vous que ce que vous voyez sur ce tableau, là, tout de suite, ce sont des choses qui sont extrêmement importantes pour réussir dans votre vie.

Quoi ! vous allez me dire, mais il n’y a absolument rien à retenir. Il est vide ce tableau. Qu’est-ce que vous voulez apprendre à partir du vide ?

Ce à quoi je répondrai que, pour cette simple raison, il vaut mieux ne pas souhaiter pouvoir tirer un trait sur tout son passé. Sinon, on ressemble à ce tableau blanc et on acquiert la personnalité captivante d’une porte coulissante.

Ça vous attire ça ?

Mais heureusement pour nous, il n’est pas possible de tirer un trait comme ça. On ne peut pas effacer le tableau blanc de nos souvenirs. Ce que nous avons vécu, de bon ou de mauvais, nous accompagne et restera avec nous jusqu’à la fin.

Oui, il n’y a pas d’effaceur.

Juste d’autres feutres.

De couleurs.

Restaurations

Regardez-le à nouveau ce tableau, le vrai, celui qui contient tous vos souvenirs.

Évidemment, au début, ce sont les choses les plus grises qui vont nous sauter aux yeux. Il y en a beaucoup, un peu partout, et on ne va donc pas pouvoir s’en débarrasser. En plus elles sont utiles. Elles forment une partie de notre personnalité, de notre richesse. Elles nous évitent de tomber dans le syndrome de la porte coulissante.

Mais comme elles ne sont pas toujours agréables à regarder, nous pouvons les transformer.

Les arranger.

Les enjoliver.

C’est à ça que servent les feutres de couleurs.

Un souvenir n’est juste que cela, un élément neutre de notre passé que nous sommes les seuls à voir à notre façon. Et si cette façon ne nous plait pas, autant la changer.

D’un coup de feutre orange.

Ou de plusieurs.

De différentes couleurs, jusqu’à ce que l’image nous plaise. En gros, jusqu’à ce qu’on ait oublié le gris original. :)

Contrefaçons ?

Certains vont dire que c’est de la fraude ! que nous changeons les choses qui étaient !

Pardon, pardon, votre but c’est quoi ? C’est d’être épanoui ou pas ?

Sinon, si vous voulez, vous pouvez garder vos “gris” avec tout ce que cela implique de tristesse et de souffrance. Et dans ce cas, rangez-moi ces feutres de couleurs. Et puis tiens, punissez-vous encore et encore avec ces souvenirs lointains que le reste du monde a depuis longtemps oubliés.

Pour les autres – les amateurs comme moi de feutres de couleurs – barbouillons notre tableau blanc. Arrangeons les contours. Affinons un trait haché. Reconnectons une ligne brisée.

Les grands peintres – les vrais – ne font que la même chose. De Vinci ou Picasso avaient l’habitude de repeindre sur ce qu’ils venaient de faire tant que le résultat ne leur plaisait pas.

Tant que leur cœur ne rayonnait pas devant ce qu’ils créaient.

Les résultats d’une étude, parue dans la revue scientifique Personnality and Individual Differences en juin 2011, a expliqué que les gens qui semblent le plus heureux sont ceux qui arrivent à placer leurs mauvais souvenirs sous un éclairage optimiste.

Bon, alors on peint ?

Évaluation

Mais attention, j’ai l’air de dire qu’il faut tout corriger, recouvrir, réarranger.

Mais non. Sur ce tableau blanc de vos souvenirs, il y a déjà de belles couleurs.

Regardez-le ce tableau. Fouillez bien. Vous n’allez pas me dire qu’il n’y a que des souvenirs négatifs qui y sont inscrits. Ce n’est pas possible. Sinon, cela veut dire que vous vous obstinez à vous focalisez sur les gris !

C’est une manie ou quoi ? Vous allez vraiment finir dans le rôle de la porte coulissante… 😀

Donc, observez votre tableau blanc d’encore plus près. Vous allez vite remarquer que là, et puis là, et encore là, il y a des trucs sympa que vous avez vécu. Des moments où vous êtes senti(e) bien, pleinement vous-même. Ça vous donne d’ailleurs envie de sourire.

En plus, ça vous donne de nouvelles munitions pour agencer votre paysage de souvenirs.

Faites maintenant un pas en arrière.

Et admirez le travail. :)

Oui, ce tableau multicolore aux arabesques osées, ce sont vos souvenirs ! Évidemment, tout de suite, on se sent beaucoup plus en confiance qu’avec les gris du début.

Mais soudain, reculant encore d’un pas, vous remarquez qu’il y a encore beaucoup de zones blanches, sans aucune couleur.

Pendant une seconde vous vous inquiétez : revoilà la porte coulissante ? (Damned !)

Consécration

En fait, ces espaces blancs, ils sont peut-être les plus importants de tout votre tableau.

Regardez-les de plus près. Tout doucement, avancez-vous, apprivoisez-les du regard. Ces zones encore vierges, elles sont prêtes à être conquises.

Elles sont le terreau de vos rêves spectaculaires.

C’est là que vous allez dessiner avec vos meilleurs feutres, jour après jour, les prochaines pages de votre existence. Vous allez y tracer des souvenirs riches et colorés, soulignés par des expériences étourdissantes.

Ces souvenirs, ils ne sont pas derrière vous, mais bien devant.

Ils sont le futur.

Votre futur.

Commentaires

15 commentaires pour “Les souvenirs du futur”
  1. AMie says:

    Et si ce gris n’était que la poussière dont nous avons recouvert nos souvenirs? 😉

  2. Jean-Philippe says:

    Merci AMie pour l’idée ! Alors cela voudrait dire que tous nos souvenirs sont beaux ? Est-ce que je comprends bien ce que tu veux dire ?

  3. Orphea says:

    Ce qui est bien avec les tableaux blancs c’est qu’on peut les imaginer de la taille que l’on veut… Et éventuellement les agrandir en cours de route ! Parce que des souvenirs en technicolor il nous en reste tellement à créer encore :)

  4. Jean-Philippe says:

    Merci Orphea ! Tu as parfaitement raison, mon idée du tableau était fixe, donc limitée, mais toi tu vois plus large… tu nous ouvres de nouveaux horizons. 😉

  5. AMie says:

    Nos souvenirs ne sont ni beaux, ni moches. Ils sont seulement la représentation mentale qu’on produit à partir des événements qu’on vit et le fil du temps peut changer cette perception.
    Comme Orphea, je pense que nous pouvons créer des souvenirs en technicolor et aussi grands qu’on veut et même, autant qu’on le désire. :-)

  6. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup AMie pour ce complément d’info. Oui, excuse-moi de ne pas avoir compris tout de suite ce qui est une évidence. 😉

  7. AMie says:

    Je t’en prie. 😉

  8. ChrisToonet says:

    Il y a à mon sens deux sortes de souvenirs : les “passifs” : ce sont les évènements vécus sur lesquels nous ne pouvons plus agir et les seules solutions sont bien de les “enjoliver” ou de les “enfouir” dans le brouillard du passé !
    Il y a aussi les “actifs” : je veux dire les habitudes de réaction que nous avons prises au regard de ces évènements. Là, nous sommes en mesure de les souligner sur le tableau en rouge avec à coté un but pour les temps futurs : celui de corriger les habitudes qui nous ont conduit à des résultats négatifs !

  9. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup ChrisToonet ! Quelle belle leçon et belle façon d’étendre ce concept. Je te donne le feutre. 😉

  10. J’ai mis du temps à accepter qu’on pouvait changer le tableau. ma formation psy me cantonnait à “ce qui est arrivé est arrivé”. Aujourd’hui, je sais que ce qui importe c’est comment j’ai regardé le tableau. Même si les évènements ne peuvent être changés, on peut décider de ce qu’on va faire de ce tableau pour en repeindre un plus coloré.

  11. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Hannah pour ton commentaire ! Rassure-toi, moi aussi, j’ai mis des années à comprendre ça… et je n’en ai pas encore terminé. Alors continuons à colorer ce tableau, qui en fait, n’attend que ça. :)

  12. celestine says:

    C’est une très belle allégorie, cette histoire de tableau…j’aime beaucoup l’idée. Je crois que c’est ce que je fais depuis toujours: je saupoudre mes mauvais souvenirs de poudre rose pour embellir mno tableau…

  13. Jean-Philippe says:

    Merci Célestine pour ton commentaire !

    …et tu as bien raison de saupoudrer ! On peut passer des années à grommeler et à en vouloir au monde entier pour des choses qui n’existent plus (sauf dans notre mémoire), ou alors on décide qu’on ne va pas être bloqué toute sa vie et petit à petit, on saupoudre gaiement. 😉

  14. Merci Jean-Philippe pour ces histoires et ces métaphores toujours très inspirantes !
    Nicolas

  15. Jean-Philippe says:

    いらっしゃいませ François ! Merci beaucoup pour ton commentaire. Il est court mais je te garantie que même quelques mots font toujours plaisir, quelle que soit la personne derrière un blog. 😉

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