Como el viento (2)

On the road again...
(Comment acheter cette histoire complète ? Voyez plus bas. Ceci est la deuxième partie d’une nouvelle qui a commencé ici)

Je marche sur la départementale 406.

Pas pour longtemps. A peine quelques pas et me voilà en Espagne. En fait, j’emprunte maintenant la NA-4432. A prononcer avec l’accent espagnol.

Ça ne change pas grand chose.

Le silence est toujours aussi dense. Je marche entre deux murs d’arbres verts et touffus au-dessus desquels trône un ciel d’azur. Et toujours ce vent léger qui emporte les chants d’oiseaux.

Au loin, j’entends un chien qui aboie.

Je continue et je respire.

Soudain je m’arrête. J’avais déjà tout oublié ! Ma femme, mes filles, le boulot et Paul le Brésilien.

Le remords me reprend. Est-ce que je suis quelqu’un de sans cœur qui ne pense qu’à lui même ? Pourtant Paul a bien dit que j’avais été courageux d’avoir tenu autant d’années. Plus j’y pense et plus je me dis que c’est vrai. Et je crois maintenant que je ne suis pas le seul. Si les gens pouvaient consacrer à autre chose cette énorme énergie qu’il dépensent pour s’accrocher à une vie qui ne leur correspond pas du tout, ils iraient bien plus haut et bien plus loin… ils seraient sans aucun doute bien plus heureux de leur sort.

Je souris. Voilà que je joue au gourou maintenant. Comme Paul. Mais lui avait l’air d’avoir une grande expérience de la vie.

J’ai encore un petit pincement au cœur lorsque je repense à ma voiture.

Et si…

Je repousse à nouveau ces pensées sombres. Cela ne va pas me gâcher ma randonnée. On verra au bout, à la borne 23.

Ah, voilà l’endroit où je dois quitter la route et prendre le chemin sur la droite. Hasta la vista NA-4322 !

Ça monte mais le chemin est large et la vue commence à s’étendre. J’aimerais bien faire ça tous les jours ! Plus de soucis, plus de tracas ! Marcher, respirer, manger des sandwiches au chorizo. Vivre quoi.

La pente est modérée. Il fait un peu chaud maintenant et mon pantalon de ville n’est pas le plus confortable pour marcher comme ça.

Un peu plus haut, j’aperçois un gros caillou bien taillé. Serait-ce déjà une des bornes ? J’avance plus vite, emballé et je souris : oui la voilà, c’est elle, toute tachée par les siècles, bien plantée dans l’herbe.

De la main, je touche la surface rugueuse en tournant autour. Combien d’autres avant moi ont accompli le même geste ? Le numéro 35, à peine visible, est gravé sur le coté.

Elle est belle dans cette solitude.

Je ne sais pas pourquoi mais elle me fait penser à ma grand-tante Louise, toute ridée et ratatinée mais solide comme un roc. En plus, elle aimait beaucoup marcher. Et elle marchait vite. Quand j’étais petit, elle me fatiguait avec ses grandes enjambées et son balancement de gauche à droite.

“Viens,” me disait-elle, “viens donc faire une promenade avec tatie.” Et je la suivais même si c’était difficile car je savais qu’au bout, il y avait toujours une surprise. Un passage chez le pâtissier ou chez le boulanger le plus proche.

“Tu as fait toute la marche sans te plaindre, tu es vraiment courageux,” me disait-elle et, d’une main ferme, elle ouvrait la porte de la boutique qui faisait sonner une clochette. Avant de me laisser rentrer, elle me retenait un instant par l’épaule, se penchait à mon oreille et murmurait : “Mais ça, je le savais.”

Ces quelques mots étaient comme un baume sur mon cœur d’enfant. Le son de cette clochette lui, était comme un sésame qui faisait apparaître toutes sortes de trésors magnifiques et sucrés pour un enfant de 10 ans.

Je remarque qu’elle aussi avait dit que j’étais courageux. Avec Paul tout à l’heure, ça fait deux.

Cela me donne à réfléchir pendant que je continue à monter.

Moi courageux ? J’ai plus l’impression de fuir. Une fuite en avant. C’est bien pour ça que je suis là aujourd’hui.

Je m’arrête, énervé par mon propre pessimisme. J’ai presque envie de me donner une baffe.

Machinalement, j’ouvre mon sac, récupère le vin, et en bois une bonne rasade. Je range le tout et je repars en me disant qu’il faut vraiment que j’arrête de tout voir en négatif. Deux personnes sont d’accord pour me donner la même qualité.

Il faut que je l’accepte.

C’est dur.

Je suis courageux. Je suis courageux. Je suis courageux.

En marmonnant ce mantra entre mes dents, je manque presque de voir la borne suivante qui est elle en dehors du chemin, un peu en amont dans le pâturage en pente. Je quitte le chemin pour aller jusqu’à elle, j’ai également envie de la toucher.

Elle est aussi vieille que la 35, aussi vieille que tatie Louise. Étrangement le haut a été taillé, et ressemble plus à un cône qu’à un bloc rectangulaire. Un peu comme le crâne de monsieur Hubert. Tout en pointe. Lui, il avait une boutique de bijouterie-joaillerie à Bayonne. C’est là que toute la famille faisait ses achats, pour un nouveau bijou, une nouvelle chaîne en or, une bague.

Ma première montre c’est chez lui que mes parents l’ont achetée. Mais ce qui m’impressionnait le plus, c’était le crâne de monsieur Hubert. Lisse comme le marbre, brillant comme un miroir, j’avais toujours envie de le toucher. Le jour où j’ai eu ma première montre, c’est lui-même qui l’a attachée à mon poignet. Il s’est penché et, pendant quelques secondes, j’ai eu cette grosse boule bronzée à portée de la main.

Comment résister ?

(A suivre)


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Como el viento

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(Photo : Arnofoto)

Commentaires

5 commentaires pour “Como el viento (2)”
  1. Merci pour cette très belle histoire…. J’espère qu’elle est vraie, cela a plus de saveur 😉
    Vivement la suite !
    Amicalement

  2. Brigitte says:

    Je suis tombè par hasard sur votre blog très intéressant! Un petit bonjour d’une personne qui vous a toujours apprécié.

  3. Sperlypoppette says:

    Votre blog est d’une richesse incroyable, je vous remercie pour votre partage. C’est intéressant.

  4. amine says:

    merci de partager cette histoire ,vivement la suite.
    abientot

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