Savez-vous donner des conseils?

Par le 30 November 2009
dans Solutions simples

La mousse, symbole du temps qui passe, donc de la sagesse.

Lorsque nous expliquons à quelqu’un ce qu’il doit faire pour résoudre un problème et qu’il ne suit pas nos conseils, nous sommes déçus. Pourtant nous avions fait un effort pour l’aider et notre déception est nette. Alors  pourquoi, très souvent, les autres se confient, demandent des solutions et ne suivent les indications que nous leur donnons ?

La réalité n’est pas un film

C’est quelque chose dont nous avons tous déjà fait l’expérience: un ou une amie vient nous voir pour nous demander des conseils sur une situation difficile et nous prenons sur notre temps pour lui glisser nos meilleures suggestions. Plus tard, nous apprenons que cette personne n’a pas suivi ces recommandations. Quelle est notre réaction ? Nous sommes désappointés, frustrés d’avoir perdu notre temps et on se dit que la prochaine fois on ne nous y reprendra plus.

Que s’est-il passé ? Nos attentes ont été déçues. Parce que nous avons pris le temps de donner un conseil, nous en avons automatiquement déduit qu’il serait suivi. C’est une situation qui se répète souvent dans la vie de tous les jours. Pourtant, nous avons fait de notre mieux, nous avons été le plus encourageant possible.

Dans les films, vous avez toujours le héros qui vient donner le bon conseil à celui qui a des soucis. Automatiquement, ce dernier applique immédiatement ses idées géniales (c’est normal, c’est un héros) et tous les ennuis sont résolus avec quelques cascades et dans un grand éclat de rire. On pense, consciemment ou inconsciemment, qu’il en est de même dans la “vraie” vie.

Le problème c’est qu’on se trompe sur la valeur de ce que nous offrons. A partir du moment où nous décidons que, parce que nous prodiguons des conseils “géniaux” une personne va les suivre et s’améliorer, nous nous mettons en position d’être très déçu. Nos attentes sont justes ça, des attentes. Nous nous prenons pour un expert dont les diagnostics sont des paroles d’évangile. Mais ça, c’est juste nous, ce qui se passe dans notre tête. On ne sait pas ce qui se passe dans celle de la personne “conseillée”.

Suggérer, pas commander

Tout d’abord, elle a peut-être demandé à plusieurs personnes et sur tous les conseils qu’elle a reçu, elle en a choisi un différent du vôtre. Mais ça on ne le sait pas. On ne voit que le fait que le nôtre n’a pas été suivi, ce qui provoque un tas de réactions plus ou moins négatives dans notre esprit.

Une autre raison est le fait que ce qui est clair pour nous ne l’est pas automatiquement pour les autres. Est-ce que nous avons bien expliqué ? Est-ce que nous avons donné assez de détails ? Beaucoup de frictions naissent du fait que, connaissant trop bien notre sujet, nous ne comprenions pas que d’autres, autour de nous, ne puissent l’intégrer aussi rapidement et facilement que nous. Malheureusement, par frustration, ils laisseront vite tomber ce conseil trop obscur.

Il y a aussi le niveau émotionnel de la compréhension. Prenez l’exemple des fumeurs. Beaucoup d’entre eux sont des gens intelligents qui peuvent facilement comprendre les effets nocifs du tabac, et pourtant, ça ne les empêche pas de continuer à fumer, avec les risques que l’on sait. Vous aurez beau leur expliquer et faire vos recommandations, ils ne changeront pas d’avis. Sans aller à cet extrême, il en va de même pour tous les autres sujets. S’il ou elle ne comprend pas le conseil dans “ses tripes”, il ou elle a peu de chance de changer son comportement.

Il y a aussi la manière dont vous faites vos recommandations. Votre ton, vos gestes, votre regard ont une influence. C’est souvent le problème à l’école. Un professeur du haut de son estrade explique des choses aussitôt oubliées (ou juste après l’examen) par les élèves. Si vous portez un jugement sur la personne à qui vous faites des suggestions, ces dernières seront très mal reçues et sûrement pas acceptées. Si vous soupirez face à la prétendue naïveté du questionneur, n’espérez pas un quelconque suivi, bien au contraire, un vent de rébellion le ou la fera se cabrer, et même parfois appliquer l’inverse ! :)

Comment donner de bons conseils

La première chose c’est d’oublier vos attentes. Ce n’est pas parce que vous offrez un ou deux petits trucs qu’ils seront suivis. Prodiguez vos conseils avec générosité et n’attendez rien en retour. Vous ne connaissez pas la façon de penser de votre interlocuteur, ni sa vraie situation dans la vie. Tout cela a donc une influence sur son comportement.

Ne commencez pas vos phrases par des mots qui vous placent au-dessus de lui, du style “tu devrais”. Cela place le dialogue dans un rapport professeur-élève qui ne sera pas très efficace. Le mieux, c’est de prendre son propre vécu. Utilisez des exemples de votre propre passé, expliquez la situation, vos peurs et comment vous avez résolu la problème. Ne vous vantez pas. Si vous n’avez pas pu le résoudre, dites-le franchement, et expliquez que “si c’était à refaire, je…”, en vous gardant bien de pontifier. Soyez certain que, à ce moment là, votre interlocuteur sera tout ouïe.

Finalement, l’une des meilleures façons d’aider quelqu’un qui vient vous voir pour vous demander un conseil, c’est de ne pas en donner. A part les domaines techniques où les gestes précis sont codifiés et clairs, il est très difficile de conseiller, de se mettre dans la peau de l’autre. Une excellente solution dans ce cas-là, est de retourner la question en demandant à l’interrogateur, quelles options il pense avoir.

Très souvent, il connaît la bonne réponse à ses problèmes mais ne veut pas l’accepter, parce que c’est difficile, parce que ça ne lui plaît pas ou parce qu’il veut pas faire l’effort lié à cette solution. Le fait d’en parler avec vous facilite la transition. Et même si elle n’est pas si évidente, le fait d’en parler aide à éclaircir les idées.

Le plus important, lorsque un ami, une copine, l’un de vos enfants, un employé viendra vous voir pour vous demander un conseil, c’est d’être à leur écoute. Gardez vos oreilles grandes ouvertes et écoutez vraiment ce que votre interlocuteur vous dit. Ne faites pas tourner votre esprit à toute vitesse en essayant de trouver la solution qui-va-bien tout de suite. Relaxez-vous et écoutez. Très souvent c’est tout ce que l’autre désire. Un peu d’écoute et de chaleur humaine. Les conseils et les gestes viendront naturellement, après. 😉

(Photo: Tiago Ribeiro)

Commentaires

21 commentaires pour “Savez-vous donner des conseils?”
  1. Marie Ben says:

    Merci pour ces judicieux conseils 😉

  2. Jean-Philippe says:

    Merci Marie Ben ! Mais je suis loin d’être complet. J’espère que d’autres viendront ajouter leurs propres idées, issues de leur expérience. :)

  3. Catherine says:

    Il y a une expression allemande qui dit que les conseils , ce sont comme des coups que l´on assène…Ratschläge sind auch Schläge…J´adore cette expression qui nous rappelle que la personne conseillée n´est jamais dans une position comfortable. Et que le conseilleur doit se défendre d´etre trop entreprenant dans sa volonté d´arranger les choses, car c´est souvent une prise de pouvoir qui se produit, le contraire du résultat souhaité.
    Et que dire des conseils multiples que j´ai recus en ne les ayant jamais sollicité!
    Merci Jean-Philippe pour votre article.

    • Jean-Philippe says:

      C’est en effet une très belle expression de la langue de Goethe. Il est de toute façon beaucoup plus facile de donner des conseils que d’agir soi-même. Nous devrions tous et toutes, au minimum appliquer les conseils que nous offrons. Merci Catherine ! :)

  4. remy66 says:

    Merci Jean-Philippe pour cet article. Je te lis avec beaucoup de plaisir et trouve tes posts inspirants.
    Pour éviter de donner un conseil, la question directe semble également puissante.
    Exemple :
    “As-tu déjà pensé à grossir de 1 ou 2 taille(s) la police de caractères des posts de ton blog ?”.
    Ici, la personne ne s’y attendait pas. Mais le fait de poser la question naturellement peut l’amener à réfléchir tranquillement et à décider.
    Qu’en penses-tu ?

  5. Jean-Philippe says:

    @remy66 Merci pour tes compliments ! Oui, c’est une bonne idée aussi. Tout dépend du contexte, du ton, de ta gestuelle et de ta position sociale. :)

    Je pense que donner des conseils s’apprend petit à petit. Moins on ose et plus cela devient difficile. Alors il faut pratiquer. Avec le temps, on devient meilleur. La question directe que tu proposes peut être considérée comme pleine de sagesse si elle vient d’un Socrate du XXIème siècle. Tu vas même chercher le 2ème niveau derrière cette phrase. Quelle parabole a-t-il voulu signifier ? La même question posée par un garçon de café qui, tout en te servant, regarde ton netbook ouvert sur ton blog, n’aura pas le même impact. Et pourtant… 😉

  6. Thomas says:

    Encore des conseils très intéressants !

  7. Jean-Philippe says:

    Merci Thomas ! Tenez-moi au courant, comme pour les réveils matinaux à succès. :)

  8. Thomas says:

    Je risque de rencontrer plus de difficulté à estimer les retours. :)

  9. Jean-Philippe says:

    C’est vrai Thomas. Mais lorsque l’on touche vraiment une personne, on le sent aussi. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut mesurer mais ce feeling que l’on ressent, est très agréable. :)

  10. qqcvd says:

    ajoutons ce que dit la littérature à propos de la différence hommes / femmes :

    pour un homme, exposer un problème, c’est demander une solution,
    pour une femme, c’est chercher une oreille attentive, du reconfort

    d’ou le probleme de la discussion sterile : un homme qui se fatigue a donner pleins de solutions a une femmes qui veut juste parler… et les 2 personnes ont l impression que l autre ne l ecoute pas….

  11. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup qqcvd pour ce complément d’informations. :)

  12. Nox says:

    Je découvre petit à petit les article de Jean Philippe.
    Et celui là me semble important, car le sujet général traité par Jean-Phi ( tu permets que je t’appelle Jean-phi ? :-) ) est le developpement personnel.

    Cela signifie, qu’une bonne partie des gens qui s’intéressent à cela, progressent.
    Et forcément, à un moment donné, beaucoup auront envie de transmettre leur expérience positive.

    Mais parfois, à notre grande surprise, nos conseils, pourtant plein de bons sens, basé sur l’expérience, ne semblent pas toujours faire mouche.

    En effet, comment mon interlocuteur fait-il pour ne pas comprendre. Je lui ai pourtant expliqué que a+b=c, mais rien n’y fait. Il est d’accord avec moi, mais ne suit pas pour autant mes conseils.
    Alors forcément, nous en venons à nous dire que nous n’y sommes pour rien. Notre conseil visaient tellement juste, que c’est la faute de la personne conseillée. Après tout, nous lui avons donné des arguments imparables !
    Elle n’y comprend rien, alors ce n’est pas de notre faute !

    Voilà pourquoi j’aime bien cet article. Car il nous rappelle qu’une logique imparable n’est pas suffisante pour convaincre.

    Vous vous rappelez de votre professeur de mathématique qui vous démontre la justesse et le coté inébranlable d’une logique, dans une équation ?

    Cela vous a-t-il empêché de vous dire : “ouais, et alors ?”
    Pour pas mal de monde, je pense que non :-)

    J’ai actuellement un ami qui ne va pas très bien. Sans entrer dans les détails, je peux dire qu’il est devenu inactif, sans envie, et actuellement, sans avenir.
    Je lui ai prodigué de nombreux conseils.
    Oh, bien sur, lui même me dit que ces conseils sont excellents, que je suis quelqu’un de très intelligent.
    Cependant, malgré la sommes incalculables de conseils que j’ai pu prodiguer, ses reactions ne sont pas celle escomptées. Il fait quelques efforts, je le vois bien, mais le déclic n’a pas lieu.

    En lisant l’article, cela me rappelle que la qualité d’un conseil n’est pas suffisante en soit, et je me remet donc en question (merci Jean-Phi).
    J’en conclue que ma méthode n’est pas la bonne.

    Sans doute trop d’attaques personnelles. Lui meme m’ayant avoué que ça le braquait. Et trouvant cela trop facile, j’ai surenchérit. Il comprenait mes dires, et pourtant, toujours pas ce fameux déclic.

    Avec un peu de recul, je me rends compte qu’en terme d’efficacité, ce qui a amené mon ami à plus de progrès, c’etait mon enthousiasme.
    Ces jours ou, j’avais décidé de ne pas le conseiller, et ou je lui proposais des activités.Voir mon bien être etait pour lui beaucoup plus entrainant qu’une relation professeur-élève, pour reprendre l’expréssion de Jean-Phi.

    J’espère que ce début de prise de conscience de ma part,dans ce domaine, permettra aux gens que j’aime, de mieux profiter de ce que je peux leur apporter.
    Etre bien, et le transmettre, finalement, semble plus entrainant qu’un quelconque donneur de leçons.

  13. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Nox d’avoir partagé cette longue histoire au sujet de ton ami. :) Tu as raison, l’enthousiasme est important. Proposer des activités, se détourner des problèmes, les oublier un peu et, ensuite les redécouvrir en y portant un nouveau regard. Voilà de nouvelles clefs bien utiles !

    Oui, oui en France c’est Jean-Phi, aux US c’est J.P. et au Japon c’est Fili-pu, donc tu peux choisir. 😉

  14. Jul says:

    une personne qui donne sans cesse des conseils est une personne … ? le terme m’échappe.

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