L’exemple du Titanic démontre toute l’agressivité des icebergs

Par le 20 June 2016
dans Des histoires

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Les icebergs me fatiguent.

Non, vraiment, ça suffit.

Avec leur froid mépris, leur attitude glaçante et cette sournoise manie de bien cacher leur jeu sous l’eau, les icebergs, idolâtrés par les adeptes du réchauffement climatique, ne me plaisent pas. Ils sont responsables de nombreux maux, à commencer par la montée des eaux dans le monde et ils se moquent bien de savoir si cela sera gênant pour les autres.

Bon, je ne m’engagerai pas plus sur ce terrain glissant. D’ailleurs, je suis certain que vous ne comprenez rien à ce que je raconte. Ou alors vous êtes déjà agacé-e par mes propos.

Mais je vais vous raconter une petite histoire.

Et ensuite, vous ne verrez plus vos inoffensifs glaçons du même œil

Poésie

Imaginez-vous sur un lac paisible.

Vous êtes seul-e dans une barque et vous ramez tranquillement. Arrivé-e au milieu de lac, vous inspirez un grand coup et admirez le magnifique paysage qui vous est offert avec ses berges colorées, son eau calme, son silence apaisant.

Vous vous rendez compte que c’est une expérience presque unique que vous êtes en train de vivre. Un moment rare, même extatique de votre vie où, tout semble parfait. Vous êtes en symbiose avec la nature, vous vous regonflez d’énergie, vous évacuez votre stress, vous vous sentez capable de tout.

Soudain, une autre barque vient cogner la vôtre, brisant l’effet magique de ce moment intense, menaçant même de vous faire tomber par-dessus bord.

La colère vous prend. Quel est l’imbécile qui a osé torpiller cet épisode fort de votre existence ? Quel idiot a trouvé le moyen de venir vous percuter vous, alors que le lac était vide et qu’il y avait assez de place un peu plus loin pour une autre embarcation ?

Vous vous retournez, prêt-e à dire ses quatre vérités à ce gêneur, voire même à l’insulter. Votre rythme cardiaque s’est accéléré, la pression en vous est montée d’un coup et vous avez une furieuse envie de déverser toute votre exaspération sur l’opportun.

A ce moment-là, vous vous rendez compte que l’autre barque est vide.

Elle a glissé, au fil de l’eau, jusqu’à vous.

Courtoisie

Évidemment, votre colère retombe.

Vous vous rasseyez, reprenez les rames et allez un peu plus loin pour retrouver cette sérénité bucolique qui vous avait tant séduit.

Il n’est plus question d’insultes, de poing levé, de violences verbales.

Et pourquoi ?

Qu’est-ce qui fait la différence ?

S’il y avait eu un être humain dans la barque, il aurait été copieusement interpellé, remis en place. Mais comme il n’y a personne, rien ne se produit. Toute cette colère retombe comme un soufflé trop tôt sorti du four.

Vous allez même peut-être sourire à cette mésaventure que vous raconterez plus tard à vos amis, en riant aux éclats.

Qu’est-ce qui fait cette incroyable différence ?

Entre une ire explosive et un rire expansif ?

Une situation identique pour un résultat différent.

Et s’il y avait eu un chien ou, encore mieux, un chaton dans l’autre barque ?

Vous sentez votre réaction, pleine de compassion ?

Je ne vais pas répondre pour vous à ces questions. Je sais que dans votre tête, vous avez déjà émis des hypothèses ou posé des affirmations. Vous êtes libre de vos choix.

Euthanasie

Personnellement, cette parabole que j’ai un peu adaptée et que l’on retrouve dans le Tao Te Ching, m’aide à comprendre l’inutilité de l’agressivité, de la violence, du moi d’abord. Un piège dans lequel on tombe si facilement de nos jours.

Tout, dans notre société, parait cultiver ces préceptes. Cela commence par l’école où la “course” aux diplômes doit se faire en écrasant les autres et se poursuit en entreprise, où tous les coups sont permis pour favoriser sa propre promotion.

Les média sont aussi des grands promoteurs de cette violence. Observez les reportages TV consacrés aux casseurs – ultraminoritaires – de manifestations autrement pacifiques qui sont toujours mis en avant. De la façon dont on rapporte avec minutie les batailles rangées entre supporters de foot par des résumés parfois plus long que celui du match lui-même. Ou alors, l’agressivité de certains commentaires lors de mon dernier Periscope.

C’est évident que toute cette agressivité est instrumentalisée, savamment entretenue, voire encouragée, pour différentes raisons politiques ou économiques.

Néanmoins, ce n’est pas une raison pour tomber dans le piège.

Nous sommes tous et toutes capables de réagir posément. La preuve ? Si vous aviez réellement été sur ce lac, vous n’auriez pas hurlé de colère face à la barque vide, non ? Le plus difficile, c’est de se dire que la même attitude est possible avec un être humain dans cette même barque.

Alors, avant de vous lancer dans une agression verbale qui ne vous rapportera absolument rien, essayez de réfléchir.

Il n’y a pas de compétition.

Il n’y a pas de médaille à l’arrivée.

Il n’y a pas de récompense.

Au bout, tout au bout de cette suite de petites scènes que constitue le film de notre existence, il y a simplement la mort.

Et juste avant, certains comprendront que toute cette agressivité, cette colère, cette ire, étaient vaines. Mais il sera trop tard.

Alors, n’usez pas votre énergie dans des disputes ou des insultes stériles, accusant les autres de vos malheurs. Dirigez-la pour avancer dans ce qui vous tient à cœur et qui dépend uniquement de vous.

Un projet ?

Une passion ?

Une envie d’être mieux ?

C’est possible.

Cela ne dépend que de vous.

Vraiment.

Frénésie

Les icebergs ne sont pas du tout agressifs.

C’est bien le Titanic qui en refusant sèchement de changer de cap s’est auto détruit, comme un jeune coq, rouge de colère.

Les icebergs eux sont posés, calmes, flottant tranquillement sur les mers.

Nous pouvons être comme eux.

Mais le plus beau, c’est que leur vraie richesse, cette stabilité inébranlable qui est la leur, est cachée aux yeux de tous, sous l’eau.

C’est exactement comme pour nous.

Nous avons tous et toutes des talents. Mais, parce que nous nous focalisons uniquement sur notre aspect extérieur en gaspillant notre énergie dans des querelles puériles pour nous faire respecter, nous ne les voyons pas. Souvent, nous ne savons même pas que ces qualités existent en nous !

Que croyez-vous ? Si une personne à la possibilité de s’exprimer à travers ce qu’elle aime faire ou alors, en étant agressive, que pensez-vous qu’elle va choisir ? Ainsi, nous voulons tous et toutes être heureux mais cela ne passera sûrement pas par la violence (petite ou grande).

Arrêtons d’être des Titanic qui pointent du doigt les icebergs.

Ne soyons pas ce que les autres veulent que nous devenions.

Ne réagissons pas comme l’homme de la barque.

Soyons plutôt ce majestueux bloc de glace qui avance dans l’eau, conscient de sa force.

Soyons juste nous-mêmes. :)

(Le titre de l’article n’est pas de moi, il est tiré des perles du baccalauréat sur Topito. Hommage à son anonyme auteur qui, à défaut d’avoir réussi son bac, m’aura bien fait sourire. 😉 )

Commentaires

8 commentaires pour “L’exemple du Titanic démontre toute l’agressivité des icebergs”
  1. l'Amibe_R Nard says:

    “Et pourquoi ?

    Qu’est-ce qui fait la différence ?”

    La différence, c’est une barque vide.
    Personne à accuser, ni à maudire.

    Sinon, ton personnage aurait pu lever le poing au ciel et engueuler tous les dieux de la Terre, avec des noms d’oiseaux.

    Mais peut-on vraiment être agressif après avoir été tranquillement baigné dans la sérénité ?
    Le feu de l’agressivité couve-t-il en sous main, comme la masse enfouie de l’iceberg ?

    “Qu’est-ce qui fait cette incroyable différence ?”

    C’est le choix de réaction de la personne.

    On peut imaginer plusieurs dizaines de réponses à ton histoire.

    – Oui, oui, je vous laisse la place au centre du lac, dans une minute.
    (C’est important de temporiser une minute, de compter jusqu’à 60)

    – Ah chouette, quelqu’un vient partager avec moi ce moment exceptionnel.
    (ah ben non… en réalité si, c’est juste un fantôme !)

    – Concours de barques tamponneuses ? Ah, ah ! Accrochez-vous, je suis roi à ce jeu !
    (oui, certains restent très joueurs 😉 )

    – Enchanté chère madame, j’espère que vous apportez quelque chose à manger.
    (hum, la grande sérénité ouvre toujours une grande faim.)

    – Oh merci, mon Dieu. J’avais un rendez-vous important dans une demi-heure.
    ou
    – Ok, ok, il est l’heure de rentrer, le temps se couvre, j’ai compris.
    (le signe du destin)

    – Hardi, moussaillons, repoussons cet abordage impromptu !
    (Enfant batailleur)

    Sinon, on peut rester froid, comme un iceberg. Et ne rien dire. Ne rien faire. Impassible. Et continuer à profiter de sa méditation.
    (hein ? quoi ? une barque… vide. Comme mon stress. Vide… Aoom ! Vide…)

    La colère n’est qu’une option. Parmi bien d’autres possibles.

    Comme tu le dis, les médias pourris la cultivent par champs complets. Donc, on en tire aussitôt un enseignement : les médias pourris, il faut arrêter de les regarder. Il faut arrêter de recevoir leur semence.
    Arrêter de perdre son temps sur ce qui ne nous apporte rien.

    De nouveau, c’est un choix personnel, une habitude à prendre.
    Comme le fait d’utiliser les trois filtres de Socrate.
    Comme le fait de se dire tous les jours et à tout propos : hum, à quoi ça peut m’être utile ?

    Et s’il y avait eu un chien ou, encore mieux, un chaton dans l’autre barque ?
    – Ouais, d’accord… Ma réponse : Mais, héé, il est pas cuit ! :o)

    Petite note : pour la stabilité inébranlable des icebergs, je ne pense pas. Il est fortement déconseillé de monter sur ou de s’approcher d’un iceberg, car il peut jouer du 180° comme un rien. Surtout si la base est rongée.
    C’est le défaut d’un iceberg = il fond.

    Quant au Titanic, c’est encore la compétition qui lui a été fatale. Plus la bêtise de son capitaine qui le pensait invulnérable, et qui voulait gagner – envers et contre tout et tous – sa course pour la traversée la plus rapide de l’Atlantique. Donc refus de changer de cap.
    C’est un défaut partagé par l’iceberg et les gros bateaux, impossible de virer de bord rapidement.

    Bon, je comprends quand même le sens profond de ton idée sur l’iceberg.
    La force tranquille, l’assise massive qui lui permet d’avancer peu importe les obstacles (aussi Titanic soient-ils).
    Peu importe le temps, peu importe la télé, l’iceberg trace son chemin comme l’escargot taille sa route. Indétrônable. Immuable.

    En avant, toujours en avant.

    Tant mieux, parce qu’il n’y a pas de marche arrière sur un iceberg. 😉
    L’Amibe_R Nard

    • Salut l’Amibe !

      Franchement, je me demandais si tu allais réagir ? Si tu allais poster un de tes fameux commentaires, digne d’un vrai article de blog ? Je vois que tu es toujours présent (malgré l’été !) et toujours prêt à partager tout ce que la vie t’a appris sous cette forme de sagesse impertinente qui est ta marque. 😉

      Merci encore !

  2. Jean-Pierre says:

    Moi j’aurai bien pensé non à une barque vide mais à un iceberg… qui aurait bien démontré toute l’inutilité de cette montée d’adrénaline.

    À voir aussi que les icebergs se disloquent en fondant. Il en faut du calme pour supporter ça (sans broncher).

  3. emmanuelle says:

    Beau et juste pointage de l’influence médiatique ! à nous, en effet, de savoir ce que nous voulons créer dans notre vie. J’aime tes histoires, j’aime ta façon de les narrer : merci :-)

    • Merci beaucoup pour ce joli compliment Emmanuelle ! Avec les récents événements (attentat de Nice) et la bassesse des média dans leurs reportages, cela devient de plus en plus important. :)

  4. GHEZZAR says:

    Bonjour,
    J’ai eu votre adresse par le billet de Maxence, je suis intéressé par la vente de kindle sur Amazon, et comme j’ai expliqué à Maxence, la rédaction c’est vraiment pas mon truck, je souhaiterai savoir si on peut travailler ensemble, si vous proposez des livres pour les revendre par la suite sous format kindle?
    Je suis vendeur de produits physiques sur la marketplace, et franchement vendre aussi des kindles c’est quelque choses qui m’intéresse.
    Meilleures salutations.

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