Vous avez du blé ?

Par le 26 December 2015
dans Vous êtes bloqués?

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Comment s’est passée l’année 2015 pour vous ?

Avez-vous pu atteindre vos objectifs ?

Avez-vous pu avancer dans votre vie ?

Ou alors avez-vous cette sensation gênante d’en être au même point, alors que vous avez l’impression qu’autour de vous, tout le monde progresse ?

Oui, je vous pose des questions. :)

Allons même plus loin : c’est un véritable interrogatoire auquel je vous soumets !

Et tout cela à cause d’un ami qui va finir par se prendre une paire de baffes numériques. 😉

Semons

Vous aimez le blé ?

Non pas celui-là, l’autre, le vrai, celui que l’on fait pousser dans nos campagnes et qui donne une teinte dorée à nos champs en été.

Le blé, c’est l’un des aliments de base en occident et au Moyen-Orient, la deuxième céréale la plus consommée au monde après le riz, que l’on retrouve dans le pain, les viennoiseries, la pâtes, etc.

Alors moi je dis que le blé, c’est le symbole de notre évolution.

Mais un triste symbole.

Surpris-e ? Et toc, je vous coupe l’herbe sous le pied !

Vous haussez les épaules et vous vous dites : “Mais qu’est-ce qu’il nous veut encore celui-là avec ses références boulangères ?

Soyez patient, je suis en train de vous pétrir un petit argumentaire sympa. D’ailleurs, vous avez déjà observé un champ de blé, pour de vrai ? Oui ?

Ces rangées de tiges courtes, serrées comme des sardines, avec en haut, un épi court et blafard, surchargé en grains ?

En effet, où est passé le blond de ces champs d’avant ?

C’est une histoire poignante qui donne à réfléchir, qui correspond à l’évolution de l’humanité et qui va finir avec cette paire de baffes virtuelles mais bien senties.

Arrosons

Avant, le blé était varié.

Il en existait de différents types selon les régions. Avec des tiges longues, des plus courtes, des immenses avec des épis fins, épais ou barbus. Rouges ou jaunes. Chaque style de blé avait sa propre personnalité.

Et puis, il y a eu la révolution industrielle.

La mécanisation de la production est passée par là et si on a commencé dans le domaine industriel, certains se sont posé la question de savoir si on pouvait répliquer le même schéma dans l’agriculture.

Des scientifiques motivés se sont penchés sur le cas du blé. Comment rendre sa culture plus rationnelle, rapide, pour produire plus et nourrir une population qui augmentait à grande vitesse ?

Une seule solution, comme dans les usines : la production en série. Donc il a bien fallu effectuer une homogénéisation de ces satanés grains de blés qui voulaient pousser à leur façon. On allait ainsi les formater.

De nos jours, vous le savez sans doute, le blé qui est utilisé pour nos pains n’a absolument rien à voir avec celui qui était utilisé juste un siècle plus tôt.

Je vous épargne les détails techniques mais l’amélioration du rendement, passant par des sélections et des croisements précis a résulté en un blé “efficace”, court sur pattes et très obéissant à la production de masse. On a aussi volontairement augmenté sa proportion de gluten (qui naturellement est très basse) afin que nos viennoiseries gonflent plus et soient belles à voir.

Le côté un peu gênant de tout cela, c’est que d’abord, ce blé nécessite, de nos jours, l’adjonction obligatoire de pesticides pour survivre dans des champs où on le fait pousser en rang trop serrés pour bien respirer. Ensuite, il n’est pas du tout nutritif, à part au niveau calorique. Quand au gluten, les experts ne sont pas encore tombés d’accord sur les dommages exacts qu’il provoque dans notre système digestif.

Récoltons

C’est bien gentil cette histoire de blé mais quel rapport avec vous, votre année 2015 passée et mon ami qui va bientôt se prendre deux baffes digitales ?

Allez, je vous dis tout (mais vous l’avez deviné) : l’histoire du blé… c’est la nôtre.

Qui, avant, avait sa propre personnalité ?

Et qui maintenant vit en rang serrés, casé et obéissant ?

Et ne souriez pas en me disant : “Moi ? Mais pas du tout, je ne suis pas dans le système !”

A moins d’être un agriculteur 100% autonome dans une ferme perdue sur le plateau du Larzac (ou ailleurs), vous l’êtes dans ce moule inodore, siliconé et artificiel façonné par notre société. Comme moi et tout le reste de la population des pays développés.

Bon, c’est vrai, nous ne le sommes qu’à différents degrés mais, parfois, je me demande vraiment si nous ne sommes pas les blés dindons de la farce.

En fait, j’en suis certain.

Regardez ce que vous mangez, regardez les vêtements que vous portez, observez vos choix sociaux et politiques… Nous sommes tous comme ce blé, sans presque plus aucune personnalité autre que celle que l’on a choisie pour nous, à coups de publicités hyper ciblées et de bulletins d’infos angoissants.

Maintenant, vous n’avez plus besoin de vous poser la question : “pourquoi n’ai-je pas atteint mes objectifs en 2015 ? Pourquoi cela n’a pas marché ?”

Parce que le système dans lequel on nous “cultive” et dans lequel nous grandissons puis vivons, fait tout pour que nous ne sortions pas du rang. Comme les blés, il faut une seule taille pour tout le monde et du gluten (c’est à dire la TV, les magazines creux et les réseaux sociaux artificiels qui atrophient notre esprit critique) pour faire passer la pilule sans qu’on y réfléchisse trop.

On nous fait oublier nos rêves parce qu’on n’a pas envie d’individus qui se mettent justement à rêver, à grandir dans la direction qu’ils souhaitent. Plus de grain de folie. On veut de l’efficacité et du rendement. De l’obéissance.

Pour l’instant, c’est plutôt réussi.

Alors, c’est fini ?

Il n’y a plus d’espoir ?

Il faut plier (comme les blés) ?

Non, et c’est là qu’interviennent les baffes numériques.

Dégustons

C’est un bon ami à moi qui se plaint. (Il se reconnaitra.)

Cela fait bien 5 ans qu’il ronchonne.

Son existence est bloquée au point zéro. Il n’avance pas. Il voudrait changer sa vie, il fait de vagues plans et puis, au fil des mois, rien ne change.

Les années passent.

Et il grogne un peu plus, en changeant de programme TV avec sa télécommande.

Alors, à lui, je lui mets deux grandes gifles bien senties. Deux grosses baffes, virtuelles certes, mais sincères. :)

Réveille-toi !

Réveillez-vous !

Comment voulez-vous que votre vie change si vous conservez le même quotidien ?

Pourquoi vous plaignez-vous de ce qui ne va pas dans votre existence alors que vous ne la changez pas ?

Si vous continuez avec les mêmes habitudes, pensez-vous que quelque chose se modifiera dans votre futur proche ?

Un exemple ?

Il y a des boulangers géniaux.

Ils ne sont qu’une poignée en France mais leur nombre augmente.

Ils en ont eu assez de ce blé fade et de cette farine standard, normalisée, homogénéisée.

Ils ont voulu retrouver le goût naturel des pains d’antan.

Alors, ils ont changé de blé. Ils ont recherché ces graines anciennes, celles, naturelles, de nos aïeuls. Ils ont eu du mal. Seuls les laboratoires de l’INRA en conservaient des exemplaires. Ils les ont plantées et de nouveaux champs aux teintes blondes, fauves, cuivrées, parsemés de coquelicots, sont apparus.

Quand au goût de ce pain-là, je ne vous dis que ça !

Vous aussi, faites la même chose. Jetez ce qui ne vous plait pas ou ne fonctionne pas chez vous et plantez dans votre cœur une petite graine, messagère de nouvelles habitudes, de nouveaux savoirs, d’une nouvelle vie.

Vous aurez peur au début, c’est normal.

Et alors ? Ça sert à quoi une vie ?

A être un petit blé hybride, terne, sans personnalité et gonflé aux engrais chimiques ?

Ou à devenir le meilleur de soi-même dans le peu de temps qui nous est imparti sur Terre ?…

A vous de semer !

(Ou je vous remets deux baffes…)

Commentaires

22 commentaires pour “Vous avez du blé ?”
  1. MarieBo says:

    Cher Jean-Philippe,
    Je salue en toi le cultivateur de “saveurs authentiques personnelles”, sans gluten existentiel, il va sans dire ! Le gluten, c’est de la colle et cette colle ralentit nos pas et alourdit notre âme.
    2016 devrait être un grand moment de libération et d’élan vers la réalisation de soi, pour sortir enfin des chemins boueux de la consommation et voguer allègrement sur les vagues de la création. Simplifions notre existence au maximum et libérons l’atmosphère ambiante pour enfin devenir la personne que nous sommes vraiment à chaque étape de notre vie.

  2. Kinishao says:

    Une nouvelle fois excellent et très inspirant.
    Il ne reste maintenant plus qu’à …
    Merci à toi, Jean-Philippe, pour ce texte qui arrive comme souvent qu bon moment.

    • Pas de souci Kinishao ! Je suis le premier heureux si un de mes articles déclenche un petit quelque chose dans l’esprit de mes lecteurs. 😉

  3. Mickaël says:

    Le formatage que tu dénonces a un dénominateur commun: l’appât du gain, donc faire du blé. Le grand changement professionnel est possible mais nous avons tous une forme de routine, voire de résignance, pour: gagner de l’argent ! Je ne crois pas que les réseaux sociaux atrophient notre esprit critique. Ils ont l’avantage, par rapport à la télé, de nous permettre de réagir en acteur et non plus en spectateur. On peux écouter un reportage radio, n’être pas d’accord avec “cette pensée en boîte” et le dire sur le mur Twitter du média concerné !Certains esprits peuvent être atrophiés, parce qu’ils ne prennent pas de recul avec ce qu’ils voient ou entendent. Il ne faut pas tout gober et se laisser pétrir le cerveau.

    • Merci beaucoup Mickaël pour ton commentaire !

      Je suis tout à fait d’accord avec toi sur l’utilité des réseaux sociaux mais je reste prudent : la grande majorité de ses utilisateurs ne va pas plus loin que le “like” symbolique et facile ou alors le changement d’image de profil. C’est bien mais c’est peu. Les réseaux sociaux devraient nous permettre d’aller beaucoup plus loin. Des exemples parmi d’autres : laprimaire.org qui est une initiative intéressante ou alors les conférences “gesticulées” de Franck Lepage. Dans ce sens-là, oui, il y a un levain passionnant. 😉

  4. martine says:

    Très intéressant et tellement vrai !Ce moule qui nous étrique, nous réconforte et nous maintient dans ce qu’ au fond de nous, nous refusons.
    Merci à toi de nous arrêter devant tes écrits pour nous permettre et nous conforter que nous devons être “le meilleur”.

    • Eh oui Martine, il faut toujours, je crois, se faire de petites piqûres de rappel afin de ne pas oublier où se trouve l’essentiel dans une vie qui, finalement, passe très vite. :)

  5. l'Amibe says:

    Moi, si tu me colles une baffe,
    Je te colle un pain ! :o)

    Pour l’année 2016,
    Puisse le ferment de tes idées coller à ta réalité
    Puisse la levure de ton humour, gonfler jusqu’à plus soif
    Puisse ta pâte bien chaude, grossir, grossir d’amour,
    Jusqu’à déborder du moule.

    Et puis, si chaque année, la graine de blé meurt et se replante, ce n’est pas tant ce qu’elle est qui importe… mais l’endroit où elle enfonce ses nouvelles racines.

    Comme les plantes se disent entre elles :
    Puisse les racines de ton changement trouver un humus fécond !

    Bonne année à tous,
    Bonne année à toi et aux tiens, Jean-Philippe.

    Hum, au fait, ton pain, tu le veux avec des marrons ou avec des chataîgnes. :o)
    l’Amibe

    • Excellent l’Amibe ! (Tu fais tout ça d’un trait ou tu peaufines tes textes ?…)

      Rien à ajouter, si ce n’est que tes vœux sont partagés (comme le pain) et que je te souhaite donc un nouvel an pétri de beaux projets et complet (comme le pain). 😉

      • Amibe says:

        Hum, si c’est court, c’est réactif. C’est une infusion de pâte à chaud. :-)

        Pour le plus long cours, oui je me relis, rien que pour corriger mes coquilles, et puis pour ne garder qu’un fil… car mon levain a tendance à se la jouer très “nature anarchique”, à bondir dans tous les sens, à grossir, enfler, que dis-je s’amalgamer, un isthme, un péninsule… de pain, demain, dix vins.

        Bref, c’est vite sismique, et dans notre cas, plutôt épi… que et collégramme. :-)
        l’Amibe

  6. Bregman says:

    Je prends et je partage.
    Le genre de baffes qu’il faut parfois se prendre pour remettre les pendules à l’heure avant de commencer une nouvelle année…
    Meilleurs vœux à toi, et merci Jean-Philippe 😉

  7. Florence says:

    Excellent billet, qui renoue avec la grande époque de Révolution personnelle. Inutile de dire que j’adhère totalement, moi aussi. D’ailleurs, je reçois aujourd’hui ma livraison hebdomadaire de pain bio fabriqué à partir de variétés anciennes :-)
    En 2016, soyons tous des grains de blé sauvages !
    (en plus, je découvre ce billet grâce au partage de Charlie, justement le jour où le livre de Céline Barré est en promotion : Quel pétrin ! Faute de blé, la boulangère a des idées ! Exactement dans le thème de ton article ;-))

  8. Marie says:

    Très beau billet, ça m’a fait du bien de le lire! Je pensais que peu de gens y réfléchissaient encore…

    Ça m’a fait penser à un documentaire que j’avais vu il y a plus ou moins un an, je te le conseille d’ailleurs, si tu ne l’as pas vu, c’est la Guerre des graines : https://www.youtube.com/watch?v=vGtGSFneI7o

  9. Hiba says:

    Bonjour,
    Je suis comme votre ami là, et cela fait 6 ans que je tourne en rond.
    Et à chaque que je me dis voilà je respire je retourne à la case de départ,
    un peu difficile de se lancer quand on ne sait pas par quoi commencer.

    • Merci Hiba pour votre commentaire !

      Si vous n’avez aucune idée de ce que vous voulez faire de votre vie, commencez par changer graduellement les petites choses qui ne vous plaisent pas et implantez dans votre quotidien de petites habitudes saines et enrichissantes. Vous verrez, au bout d’un moment (plus ou moins long) de vraies pistes apparaitront, justement parce que vous aurez modifié votre “trajectoire”.

      En avant ?… :)

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