La femme sans peur (27)

Par le 10 December 2012
dans Des histoires

Cet article est la suite de la saga de Trinity Silverman, commencée ici.

Mise à jour : Les différents projets de couverture du livre “La femme sans peur” sont pratiquement prêts et je vous les soumettrai bientôt. Aidez-moi, la semaine prochaine, à choisir celle que vous pensez être la meilleure. Sinon, le ou la gagnante du jeu de la semaine dernière a été tiré au sort ! Pour découvrir son identité, il faudra lire le chapitre 25. 😉

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“Gianmarco ?”

Le jeune chercheur italien met une seconde avant de réagir.

“Oh, Trinity !” Il se lève précipitamment. “Merci beaucoup d’être venue.”
“Et merci à vous de m’avoir invitée. Je suis vraiment désolée pour mon retard.”
“Je vous en prie, ce n’est pas grave.” Il la regarde de haut en bas. “Vous êtes… resplendissante.”

La jeune femme rougit et fait “chut” en mettant un doigt sur ses lèvres.

Ils s’asseyent tous les deux.

“Je vous offre un Bolli-Stoli ?”
“Avec plaisir…”

Intimidé, Gianmarco fait signe à un garçon qui s’empresse de prendre la commande. Ils en profitent pour choisir leur menu.

Le garçon reparti, un court silence s’installe entre les deux.

Gianmarco passe sa main sur le haut de son front.

Trinity elle, n’hésite pas.

“Je vous demande de m’excuser pour mon attitude puérile d’hier soir.”

Gianmarco secoue la tête.

“Non, c’est moi qui aurait dû être plus respectueux. J’aurais simplement dû vous raccompagner à votre chambre.”
“Désolée, c’est moi qui vous ai bien forcé la main.”

Un nouveau silence. Ils goûtent à leur Bolli-Stoli qu’un serveur vient d’apporter.

“Alors, vous me pardonnez ?” demande Gianmarco.
“Je n’ai rien à vous pardonner. Je suis une grande fille. Je sais où je mets les pieds.”
“Mais alors ?… Pourquoi ?…”
“J’ai paniqué en voyant votre chambre… un mauvais souvenir, c’est tout.”

Gianmarco fronce les sourcils, confus.

“Vous… vous ?…”

Trinity éclate de rire.

“Non, ce n’est pas ce que vous pensez. Je n’ai pas l’habitude de visiter les clients de l’hôtel, la nuit.”
“Alors excusez-moi aussi pour ce matin. J’ai été ridicule.”
“J’aurais fait la même chose.”

Le garçon les interrompt à nouveau.

“Tournedos Rossini ?”
“C’est pour moi,” dit Gianmarco.
“… et donc salade composée au jambon de parme et chèvre chaud pour mademoiselle. Bon appétit.”

Les deux se plongent dans leurs assiettes respectives sans un mot.

“Hmm, ce tournedos est parfait, à point,” dit finalement Gianmarco. “Et votre salade ?”
“Très bonne, merci.”

Nouveau silence. Mais Trinity ne peut s’arrêter maintenant.

“Votre congrès ?”
“Ça va. J’attaque mon quatrième manga.”

Elle rit.
“C’est donc si ennuyeux ? Est-ce que vous présentez vous aussi ?

Le regard de Gianmarco s’assombrit comme l’autre soir lorsqu’il parlait de son travail.

“J’aurais dû. Mais mon nom a été retiré de la liste des conférenciers.”
“Normal. Une conférence sur les mangas dans un congrès sur la recherche en physique fondamentale, forcément, ça n’intéresse personne.”

Ça ne fait pas rire Gianmarco. Le sourire sur le visage de Trinity se fige.

“Excusez-moi, je voulais juste vous détendre.”
“En ce moment, j’hésite entre l’incrédulité et l’angoisse.”
“De quoi ?”
“Ça serait trop long à vous expliquer mais disons que dans mes recherches, mes calculs me conduisent à des résultats parfois étonnants, qui ne correspondent pas aux lois universelles de la physique.”
“C’est pas un progrès ça ?”
“Justement non. Cela remettrait en cause tout un pan de ce qui a été découvert jusqu’à maintenant.”

Gianmarco avale un morceau de son tournedos.

“Et pourquoi vous avez peur ?” demande Trinity en picorant dans son assiette.
“Hier, ça allait encore, mais aujourd’hui j’ai appris l’annulation de ma conférence. Ce n’est pas rien.”

Il a un petit sourire.

“Mais c’était après vous avoir invitée à ce diner.”

Trinity éclate de rire.

“Et vous avez bien fait ! Je m’ennuyais aussi un peu. Comme je dois encore rester quelques jours pour une autre conférence – moi aussi – cela me fait plaisir de partager un repas avec un vrai être humain, pas un touriste en short,” finit-elle, tout sourire.

Les yeux verts de Gianmarco retrouvent de leur éclat. Une lueur dorée semble même les traverser.

“Là, vous êtes encore en train de me faire du rentre dedans…”

Trinity fait une moue déçue. Le chercheur italien se reprend tout de suite.

“Mais ça ne me dérange pas, au contraire. Rentrez-moi dedans, autant que vous le voulez,” dit-il en souriant, découvrant enfin ses belles dents blanches.

Trinity a un petit frisson. Voilà que ça la reprend. Mais ce soir, elle n’a pas envie de se retenir. Gianmarco continue.

“Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer.”

La jeune femme fronce les sourcils.

“Non, non, ce n’est pas de moi,” poursuit Gianmarco, hilare. “C’est de Nietzsche, le philosophe.”
“Et pourquoi vous dites ça ?”
“Parce que c’est vrai, non ? Vous ne trouvez pas ? Rigides dans nos certitudes, nous en oublions les simples plaisirs de la vie.”

Le visage de Trinity s’éclaire.

“Vous avez raison. J’aime cette citation. Mais vous êtes amateur de philosophie ?”
“Moi ? Non, pas du tout,” dit-il en riant. “C’est ma grand-mère, la férue de Nietzsche. C’est elle qui m’a élevé à coup de citations du philosophe allemand.”
“Et vous n’avez pas été traumatisé ?” dit Trinity en souriant.
“Ne riez pas, aussi loin que je puisse m’en souvenir, je l’entends me citer du Nietzsche pour que je finisse ma soupe ou que je range ma chambre.”

Ils rient tous les deux en finissant leur assiette.

“Si nous nous trouvons tellement à l’aise dans la nature, c’est qu’elle n’a pas d’opinion sur nous,” reprend Gianmarco. “Qu’est-ce que vous en pensez de celle-là ?”
“Elle est belle… et si vraie.”
“N’est-ce pas ? Ma grand-mère avait l’habitude de me la citer lorsque nous nous promenions dans les collines, près de la maison, au-dessus du grand lac.” Il hésite. “… mais elle me la répétait aussi, à voix haute, pendant la réunion parents-élèves de la classe. Tous mes camarades étaient présents avec leur père et leur mère. Moi je n’avais que ma grand-mère, qui était bien plus âgée que tout le monde. Les regards qui nous observaient à la dérobée, me mettait mal à l’aise.”

Le visage de Trinity s’adoucit.

“Mais Nietzsche… et surtout votre grand-mère, ont fait de vous un brillant chercheur.”
“Oui, c’est elle qui est très fière maintenant. Vous connaissez la réputation de la mamma italienne ? Imaginez donc celle de la nonna… la grand-mère !”

Ils sourient, complices.

Le garçon s’approche, pour desservir.

“Vous prendrez un café ? Avec peut-être un dessert ?”

Trinity choisit un tiramisu. Gianmarco s’incline de manière solennelle.

“Merci de faire honneur à ma patrie. Encore un motif de fierté pour la nonna,” dit-il en riant. Il se tourne vers le garçon. “Je vais prendre un affogato.”
“Un quoi ?” lui demande Trinity.
“Un affogato. Vous ne connaissez pas ?”

Trinity secoue la tête pendant que le garçon s’éloigne.

“C’est simplement une boule de glace à la vanille que l’on met dans une tasse et que l’on recouvre d’un expresso. Affogato, ça signifie noyé en italien.”
“Je retiens,” dit la jeune femme.
“Et vous avez bien raison parce que lorsque vous y goûtez, après, vous ne pouvez plus vous en passer.”

Les desserts servis, Gianmarco pousse le sien vers Trinity.

“Allez-y.”
“Non, quand même, c’est votre dessert…”
“Je peux toujours en commander un autre, si je suis en manque.”
“Dans ce cas…”

Elle plonge sa petite cuillère dans la tasse blanche que lui a tendue le chercheur italien. Le mélange est élégant entre la glace à la vanille ambrée et l’expresso qui prend des teintes dorées. Elle goûte. D’un coup, ses yeux s’écarquillent et fixent ceux de Gianmarco, tout sourire.

“Qu’est-ce que je vous avais dit ?”
“Mmmh ! C’est délicieux ce mélange sucré-amer et chaud-froid.

Elle reprend une cuillère dans la tasse.

“Dois-je en commander un autre pour moi ?” demande Gianmarco, un sourcil levé, un peu moqueur.

La cuillère en pleine bouche, Trinity hausse les sourcils. Elle avale en catastrophe.

“Pardon, pardon ! Excusez-moi, c’est vraiment trop bon.”
“Et votre tiramisu, ça ira ?”

La jeune femme baisse les yeux sur son assiette où son dessert, présenté avec goût, est recouvert d’une fine poudre de chocolat noir.

“Non, je ne vais pas me laisser abattre. Ce n’est pas la fin du monde non plus,” conclut-elle en jetant un dernier regard à l’affogato de Gianmarco.

Pendant quelques minutes, ils dégustent tranquillement leurs desserts respectifs. Sans un mot. De temps en temps, ils se regardent et ils sourient.

Dans leur bulle.

Heureux de savourer ce moment.

Le barman du Charlie Parker traverse la salle du restaurant et ils ne le remarquent même pas. Lui, il n’est pas surpris de les retrouver ensemble.

Tout va bien.

Trinity, tout en savourant son dessert, se dit qu’avant, elle se serait arrêtée de parler. Juste maintenant. Elle se serait empêchée de dire ce qu’elle pense, elle n’aurait pas osé parler avec sincérité, avec son cœur.

La vérité est pourtant simple, pour elle comme pour lui.

Pourquoi les gens s’emmêlent dans des jeux ou des postures si compliqués ?

C’est fou ce qu’une petite pilule peut changer.

Elle sait exactement ce qu’elle va dire dans quelques secondes et ça ne l’inquiète plus du tout. Au contraire. Elle brûle d’envie de murmurer cette phrase pourtant anodine, à laquelle, en temps normal, elle ne penserait même pas.

Elle regarde Gianmarco et inspire un grand coup.

(A suivre)

(Photo : doomoknum)

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Commentaires

21 commentaires pour “La femme sans peur (27)”
  1. Nadia says:

    Aaaaaaaaaarrrrrrghhh ##*-%$$¤¤, Jp, j’avoue je t’ai traité “gentiment” mais qd même qd je suis arrivée à la dernière phrase,,, la suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiteeeeeee !!!!!

  2. Soraya says:

    joli…

    la suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiteeeeeee !!!!! +1

  3. Céline says:

    La suite ! La suite ! La suite !!!!! Très agréable à lire, je me répète et je t’en courage …

    • En te répétant, tu me donnes encore plus de courage pour en terminer avec toute la partie logistique de ce premier volume. Merci infiniment Céline ! 😉

  4. Malou says:

    je viens de prendre le temps de lire tout le chapitre d’une traite
    hum que c’est agréable à lire en sirotant mon café car pas d’alcool le matin
    je suis ravie de la complicité de Trinity avec speedy comme moi avec mon bébé chienne Saly
    bonne journée

    • Merci beaucoup Malou pour ton commentaire ! Oui, pas de Bolli-Stoli le matin et une petite caresse pour Saly de ma part. 😉

      PS : Speedy te remercie de ne pas l’avoir oublié…

  5. Philippe says:

    bonjour !
    1er commentaire depuis que j’ai commencé à lire cette histoire passionnante! Tu m’inspires dans ton style d’écriture. Tu fais vivre tes personnages et leurs mondes! On devine bien une fin, maiste connaissant, je pense quelle sera toute autre ! j’attends impatiemment la fin !
    Bon weekend

    • Merci beaucoup Philippe ! Si je peux t’inspirer, alors c’est tout bon ça et j’en suis très honoré. N’hésite pas, écris aussi, ça fait du bien. 😉

  6. Jean Claiude Dufour says:

    Bonjour Jean Philippe, j’ai lu le livre d’une traite et je suis resté sur ma faim A quand la suite.Le style est simple et fort plaisant à lire et l’histoire est passionnante. Bonne chance pour la suite Jean Claude

  7. manel says:

    j’attends avec impatience la suite de l’histoire ! c’est excellent. :)

  8. Serge says:

    Merci, Jean-Philippe pour cet extrait que j’ai dévorė d´une traite, comme un … affogato !
    Style fluide, très agrėable, analyse des situations fine et sensible. Bravo, aussi pour l’illustration photographique ! (Je suis fan de photo : Sergepons.e-monsite.com)
    Le thème de cette histoire m’a particulièrement touché, moi qui suis envahi par mes peurs. Elles finissent par me paralyser et polluer les relations avec mon entourage.
    Il faut que je lise la suite !
    Petite caresse à Speedy …

    • Merci beaucoup Serge pour tes compliments ! Les volumes 1 et 2 sont maintenant disponibles sur Amazon (comme le temps passe !) et bientôt, le volume 3 sortira également. 😉

      PS : Je transmets à Speedy. 😉

      PPS : Tu as aussi un joli coup de pinceau. :)

  9. Yasmine says:

    Bonjour,
    Quelle belle histoire! Vivement la suite! Quand j’ai découvert le site, Trinity et son ami Speedy, j’ai vite dévoré tous les chapitres.
    Les personnages sont bien campés, j’ai vibré avec l’héroine et vécu sa revanche sur ce méchant trader avec grand plaisir.:)
    Bravo! Je vous souhaite beaucoup de succès.
    Cordialement.
    Yasmine

    • Merci infiniment Yasmine ! Vos compliments me font chaud au cœur. :)

      La suite est déjà publiée sur Amazon, si vous voulez en savoir plus sur le grand voyage que vont entreprendre Trinity et Speedy. :)

  10. Gaëlle says:

    Bonsoir Jean-Philippe,
    Je voulais vous dire que suis conquise par votre roman!! Merci beaucoup!!! Je ne suis pas une “dévoreuse de livre” et je suis tomber sur votre site tout à fait par hasard. Votre histoire et votre écriture limpide ont réussi à me captiver! J’ai même ressenti du plaisir à lire. Je dois dire que les peurs de Trinity me rappellent énormément les miennes et cela me fait du bien de constater que je ne suis pas seule.. en fait, j’ai moins l’impression d’être névrosée! J’ai très envie de connaître la suite de cette aventure! :) et vous souhaite une très bonne continuation!
    Gaëlle

    • Merci beaucoup Gaëlle pour tous vos compliments ! Vous avez raison, nous avons tous et toutes des peurs, alors c’est bien de pouvoir les analyser d’un œil extérieur pour comprendre que nous pouvons les résoudre. 😉

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