Mieux se connaitre pour être plus efficace (2)

 

(J’ai le plaisir d’accueillir Philippe Chevaux, du blog Apprendre sur soi et avancer qui est l’auteur de cette série d’articles)

Dans la partie précédente, nous avons découvert l’histoire de Vincent et de sa difficulté à négocier, malgré des formations qu’il avait suivi.

Qu’est-ce qui a fait que malgré ses formations Vincent n’a pas su négocier comme il aurait voulu ?

Qu’est-ce qui peut bien se passer dans notre tête quand ça ne fonctionne pas comme on veut, et quelle utilité cela peut-il avoir pour nous ?

C’est ce que nous allons voir maintenant

Qu’est-ce qui a bien pu se passer ?

L’expérience de Vincent, beaucoup d’entre nous l’ont probablement déjà vécue, chacun à son niveau.

Mais alors qu’est-ce qu’il se passe ? :

  • Les formations ne sont pas adaptées ?
  • Trop théoriques ?
  • Pas assez réalistes ?

Même si ça peut parfois être le cas, je ne pense pas que la vraie raison soit là, car elles fonctionnent vraiment pour certain(e)s.

Ce que, par contre, j’ai pu observer, est que souvent:

Les formations ou méthodes que l’on suit, ne répondent pas à la vraie problématique qui nous gêne à ce moment-là.

Bien sûr, il est toujours utile d’avoir des techniques et des trucs, et dans le cas de Vincent, il n’a pas perdu son temps. Mais pour lui cette formation n’était peut-être pas la plus adaptée pour lui permettre d’être plus efficace en négociation. Ou en tous cas, peut-être pas celle à faire dans un premier temps.

Je m’explique :

En général, et c’est complètement naturel parce que l’on ne nous a jamais vraiment appris à faire autrement, dans une situation donnée on va porter un jugement (positif ou négatif) basé sur des comportements, sur la couche extérieure, celle qui est la plus visible.

On va s’arrêter au symptôme.

Dans le cas de Vincent, le symptôme était : la négociation.

  • A notre décharge, par éducation, on n’a pas vraiment l’habitude d’aller au-delà du comportement, et l’amalgame entre « faire » et « être », est très rapide.
  • D’ailleurs on ne sait pas vraiment non plus comment « s’introspecter », et on considère que c’est un travail de « psy » et qu’il n’y a qu’avec eux que l’on peut le faire.

Maintenant, il est vrai que si on veut aller suffisamment profond, il est nécessaire de se faire accompagner.

Ceci étant, en première approche, on peut tout à fait prendre un peu de temps pour se poser, avec « simplement » un peu d’acceptation de soi, et faire taire la petite voix dans la tête qui, très souvent va nous juger ou nous critiquer. Car il faut savoir que le juge le plus sévère sur nous… c’est nous… :

  • Oh non, t’es pas comme ça toi, tu ne peux pas croire/dire ce genre de choses-là !
  • Non, ne fais/dis pas ça, c’est pas bien !
  • Si tu es comme ça alors t’es vraiment nul !
  • Attends, t’es un homme/une femme : ça ne pense/fait pas ce genre de choses-là !,
  • Etc…

Ça aussi ça vous dit quelque chose ? 😉

Mais le saviez-vous ? Cette petite voix dans la tête, si on y réfléchit un peu, à la base, c’est pour « notre bien » qu’elle se manifeste…

Du comportement à l’utilité

Quand quelque chose nous bloque au niveau personnel, en général, on va avoir tendance à le prendre comme un défaut, une tare. Or si on n’y arrive pas c’est qu’on a forcément une bonne raison.

Et il faut savoir qu’à l’origine, c’est fait pour nous aider. Je dirais même presque que :

  • C’est une question de survie, par rapport à notre façon de concevoir le monde.
  • Il n’y a donc aucun jugement à porter dessus, même si c’est bloquant ou gênant pour nous.

Reprenons l’exemple de Vincent, pour essayer d’éclaircir  ce que je viens de dire.
Son souci était de ne pas savoir négocier.

  • Qu’est-ce qui peut bien se passer chez lui durant les négociations?
  • Qu’est-ce qui pourrait le gêner dans le fait de négocier ?

Évidemment on n’est pas à sa place, donc on ne pourra jamais savoir. On peut juste imaginer.

Alors imaginons :

Négocier c’est quoi ?

En simplifié, on pourrait dire théoriquement, que c’est : Trouver un accord avec des termes qui correspondent aux deux parties impliquées (là je parle d’un accord gagnant / gagnant), un accord où les deux parties s’y retrouvent de façon suffisamment satisfaisante.

Si je n’arrive pas à négocier, hors mis la technique (car il en a), il y a forcément d’autres raisons.

Donc, qu’est-ce qui, à l’intérieur de moi, pourrait m’empêcher d’arriver à ce genre d’accord ?

Ce ne sont ici que des exemples et chacun va avoir ses propres raisons, qui je le redis, sont forcément des très bonnes raisons pour soi.

Cela pourrait être, par exemple que j’aie du mal à dire non, parce que :

  • Je veux éviter les conflits
  • Je veux avant tout que la personne se sente bien.
  • Je ne veux pas avoir l’air trop dur, pas assez tolérant, etc…
  • Je vais me faire rejeter…

Cela pourrait être aussi que j’aie du mal à m’affirmer parce que :

  • Si je m’affirme :
    • j’aurais l’impression d’écraser l’autre,
    • je pourrais le blesser,
  • Je risque d’avoir plein d’embêtements, et perdre ma tranquillité (me faire envahir, par exemple)
  • Cela risque de m’engager trop, et je me sentirai enfermé, moins libre…

Les raisons peuvent être très diverses, et encore une fois, ce sont des vraies raisons pour soi, qui ont leur utilité.

C’est d’ailleurs pour ça que ça nous bloque. Sinon, ça ne nous bloquerait pas, soyons réalistes :

  • Ne pas vouloir écraser l’autre est tout à fait louable. Je voudrais juste que ça ne m’empêche plus de pouvoir dire non à un collègue et ainsi perturber ma vie de famille.
  • Vouloir que la personne se sente bien est tout à mon avantage. Je ne voudrais juste pas que ça m’empêche de ressentir mes propres émotions et de me positionner.
  • Etc…

Et ça, à première vue, on n’y pense pas forcément…

C’est pour ça qu’en général on va s’arrêter naturellement au symptôme, et on va chercher des techniques pour « guérir » ce symptôme.

Mais on voit bien qu’ici, ce qui bloque s’exprime sous forme de croyances, et en plus inconscientes.

Ces croyances nous ont forgé notre façon de voir le monde, et d’une certaine façon nous ont aidé à grandir, mais d’un autre côté, nous ont aussi apporté des limitations.

  • De me dire que je vais écraser l’autre si je m’affirme, n’est qu’une façon de voir les choses, ce n’est pas LA réalité.
  • De penser que si je dis non, je vais me faire rejeter, ça aussi n’est qu’un point de vue, ce n’est pas LA réalité.

Alors maintenant vous pouvez dire : oui d’accord, c’est bien joli, mais qu’est-ce que j’en fais de tout ça? Ce n’est pas parce que je le sais que forcément ça va disparaitre.

C’est vrai.

Le savoir n’est qu’un premier pas.

Ce qu’il faudrait ensuite, c’est éliminer, ou au moins réduire l’impact bloquant que ces croyances ont sur nous.

Comment réduire cet impact ?

Comment faire en sorte que ces comportements ne nous gênent plus, malgré la réelle utilité qu’ils ont pour nous ?

Nous verrons ça dans le troisième et dernier volet de cette trilogie.

Philippe Chevaux, auteur du blog Apprendre sur soi et avancer, est coach et formateur en entreprise. Il forme et accompagne les personnes, pour les aider à évoluer sur des challenges personnels qu’elles rencontrent dans leur quotidien.
Ayant voyagé et vécu à l’étranger pendant plusieurs années, pour le plaisir et le travail, il a vite compris l’importance du questionnement de ses certitudes et l’utilité de mieux se connaître, pour évoluer sur son chemin de vie.

Ce à quoi il veut contribuer :
Aider les personnes à découvrir leurs ressources en elles pour favoriser la réalisation de ce qui est important pour elles, et les accompagner dans la mise en œuvre de leurs objectifs.

Un autre article de Philippe pour aller plus loin :
Le grand tabou de l’occident…

(Photo : reway2007)

Commentaires

20 commentaires pour “Mieux se connaitre pour être plus efficace (2)”
  1. Philippe says:

    Encore merci Jean-Philippe pour ton accueil.
    :)

    • C’est moi qui te remercie Philippe pour cette superbe introspection/analyse ! Je suis certain que cela sera utile à de nombreux lecteurs/lectrices. 😉

  2. zenie says:

    Bonjour à vous deux, ça n’est jamais simple d’aller voir à l’intérieur de soi car on a un peur de ce que l’on va trouver mais cet état des lieux est nécessaire si l’on veut vraiment changer les choses dans notre tête pour mieux profiter ensuite de cette transformation.

    zenie

  3. Philippe says:

    Bonjour Zénie,

    Merci pour ton retour.
    C’est vrai qu’on peut parfois avoir un peu peur (ou simplement pas envie parce-qu’on n’est pas encore prêt à ce moment-là) d’aller voir à l’intérieur de soi.

    Maintenant c’est vrai que si on veut aller plus loin et dépasser certains de nos blocages, ça peut être un passage sinon obligé, au moins recommandé.
    :)

  4. Jerome says:

    Bonjour

    Mes expériences militaires lors de stages commando m’ont convaincu de la réalité que tu exposes dans ton article.
    Ces périodes sont très exigeantes et difficiles, aussi bien physiquement que moralement, mais on en apprend tellement sur soi-même. Ce mauvais moment passé, cette connaissance de notre personnalité, nos forces et nos faiblesses devient indéniablement une force pour la suite.

  5. damien says:

    Bonjour,

    Jérome, autrement-dit dans l’expérience plus possible de se mentir. Là, confronté à la réalité, je sais vraiment où j’en suis sur le plan confiance et sur tout ce qui concerne mon être.

    Le reste du temps, je peux me racconter de belles histoires et me bercer d’illusions. :)

  6. Julia says:

    Article très intéressant, je pense qu’effectivement nos pensées limitantes sont vraiment le plus gros frein que l’on puisse rencontrer dans notre développement personnel. J’ai hâte de lire la suite pour en savoir plus!

  7. Philippe says:

    Jérôme, Damien, merci pour vos compléments.

    En effet Jérôme, de mieux se connaitre est indéniablement une force.
    Et bien souvent, de façon assez contradictoire, l’action est un bon moyen de se tester et se connaitre un peu mieux.

    Je dis “contradictoire”, parce-que souvent, les autres comme nous-même vont avoir tendance à s’identifier à ce qu’on fait. D’ailleurs, dans la vie courante, on “juge” souvent quelqu’un par ce qu’il fait (on= soi-même ou les autres). Or on n’est pas ce qu’on fait.

    D’un autre côté, de faire, d’expérimenter, de se retrouver dans des situations difficiles, exigentes peut être un super moyen d’apprendre à mieux se connaitre.

    Là, comme tu le dis Damien, on est confronté à la réalité, et on ne peux plus se raconter d’histoires… même si parfois ça peut-être un peu violent. 😉

    :)

  8. Helena says:

    Bonjour à vous deux, je viens de découvrir vos 2 blogs…et cela me fait plaisir. Car vous donnez l’un et l’autre l’envie de changer, de bouger et d’avancer sur ce long chemin qui mène à….soi-même, à l’épanouissement et la sérénité tout simplement.
    Nos croyances nous poursuivent et sont comme des petits ou des grands dragons qu’il faut apprivoiser. Quand on croit avoir transformé, parfois elles reviennent par la fenêtre!!! Ne pas lutter, mais aimer AUSSI mes faiblesses qui m’ont forgée.
    Faire de notre cerveau notre allié, en pratiquant tous les jours comme un instrument de musique, un temps de recentrage ou n’importe quelle activité qui favorise la confiance, la transformation et…l’optimisme!
    vite le 3ème volet de ton article pour connaître TES solutions de transformation… ‘-)

  9. EstherColmeZem says:

    Il est important de bien se connaitre pour évoluer, choisir la bonne direction. il y’a des spécialistes qui peuvent nous aider. ce sont des gens qui effectuent des examens sur nous et qui peuvent nous dire à quel niveau nous pouvons progresser, développer de nouvelles qualités, s’ouvrir au monde. Nous apprenons beaucoup des autres. Le bon choix du métier, aussi. Admettre certains défauts pour les minimiser, éviter de reproduire certains shémas négatifs. Je ne sais pas si je me connais bien, mais j’ai su reconnaitre mes défauts, et effectue un travail sur moi-même pour les éliminer, pour progresser, quoi. Il y’a chez moi, des petits défauts sympathoches que je garde. Je m’applique à ne pas laisser d’autres négatifs prendre le dessus.

    • Philippe says:

      Bonsoir Esther,

      Merci pour ton commentaire et ton apport personnel, et bravo pour le travail sur toi que tu effectues.

      P’têt bien que la vie serait assez morne si on n’avait pas de défaut du tout. 😉

      Et puis maintenant, pour aller dans le même sens que l’article, un “défaut”, si on l’a c’est qu’il nous sert quand même à quelque chose. Donc est-ce que c’est vraiment un défaut en soi, s’il nous est utile?

      Moi je préfère parler de comportements génants plutôt que de défauts.
      Quand j’entends le mot “défaut”, ça me fait un peu penser à qqch de défectueux, qui est cassé… C’est assez dévalorisant pour nous, non? :)

      En plus le défaut, on le situe à quel niveau? au niveau de ce qu’on a, ce qu’on fait, ce qu’on est?
      Si c’est les deux premiers, à la rigueur ça peu passer, mais si c’est le dernier, c’est notre identité qui devient “défectueuse”… aïe.
      :)

  10. Damien says:

    @ jean-phlippe: avant ma petite trombine apparaissait, plus maintenant ? J’ai rien changé pourtant. :(

    @Philippe: Oui c’est vrai, s’identifier au « faire » est une habitude assez égocentrique… qui est somme toute assez partagée, je me mets dans le lot. Il me semble qu’une distance est à trouver entre l’être et l’avoir. Peut-être la gratitude des dons que j’ai reçus pour faire et recevoir d’une part.

    Et admettre que je suis un être en progrès faillible par ailleurs.

    Quels sont tes découvertes sur ce sujet ?

  11. Damien says:

    … Jean-phlippe, très fort, il suffit que je pense à ce petit détail pour que ton site réagisse immédiatement ! TU ES extraordinnaire !!

    • J’aimerai te dire que oui, j’y suis pour quelque chose, mais non, ce sont juste les mystères de l’efficacité “internetienne” qui sont en action. 😉

      PS : N’en parlons pas à Philippe, sinon il risque de nous pondre un article en 5 parties sur le sujet. 😉

  12. Philippe says:

    Aahh, les synchronicités et les mystères de l’internet, extraordinaire, n’est-ce pas 😉

    @ Jean-Philippe, pour l’article en 5 parties, si tu y tiens… je peux essayer de faire un effort 😀 😉

    @ Damien: “admettre que je suis un être en progrès faillible par ailleurs”: quelle belle humilité, toute à ton honneur, et que je partage aussi par la même occasion. :)

    Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que tu veux dire par “habitude égocentrique à s’identifier au faire”.

    D’un autre côté, je suis d’accord avec toi sur le fait que l’être et l’avoir sont deux chose différentes, qui sont encore différents du faire.

    Si on n’est pas ce qu’on fait, on n’est pas non plus ce qu’on a, même si, je te rejoints, c’est une habitude assez partagée: On identifie assez vite notre entourage (soi y compris) en fonction de ce qu’il a ou fait.
    C’est dommage, je trouve ça assez réducteur: on est bien plus que ça. :)

    Bon évidemment, si on le fait c’est que ça a une utilité pour nous (ex: nous rassurer, “savoir” à quel genre de personnage on a à faire, anticiper les comportements, adapter notre langage à notre interlocuteur, etc…)

    En soi ce sont toutes des bonnes raisons. C’est juste de s’y prendre de cette manière-là, je ne suis pas sûr que ça amène au meilleur résultat.

    Mais bon, si on ne sait pas faire autrement, on fait avec ce qu’on a.

    Quant à mes “découvertes”, je ne sais pas trop quoi répondre parce-que je toujours en recherche.
    :)

  13. damien says:

    @Philippe

    Habitude égocentrique : s’identifier à ses échecs et ses succès pour prendre la grosse déprime ou la grosse tête en étant jamais content ou trop content de ce qui arrive. Relation au faire : qu’est-ce que je suis bon, qu’est-ce que je suis nul, qu’est-ce que je m’emmerde. Qu’est que ce serait mieux si, ça devrait, ça aurait dû, etc.

    Bref jamais présent à ce qui est présent pour l’apprécier tel qu’il est et donc en impossibilité de vraiment vivre et comprendre ce qui est.

    Le bébé ne s’approprie rien, il regarde son bras, son petit pied avec étonnement car il s’agit d’un pied, d’un bras, mais pas encore un bras ou un pied qu’il considère comme sien. S’il parlait, il dirait le bras et non mon bras. Il ne s’est pas encore identifié ou approprié les choses. Son EGO n’est pas encore formé.

    Il me semble qu’il serait bon de retrouver en conscience cette posture d’enfant non egocentrique pour une vie plus vivante et épanouie. Ce qui ne pas de soi.

  14. damien says:

    @Jean Phlippe : oups j’ai fait une petite erreur sur le lien, si tu veux corriger c’est :

    …posture d’enfant non egocentrique…

  15. EstherColmeZem says:

    C’est sûre que le mot “défaut” se définit par imperfection. mon lave-linge a un défaut. Nous les humains, ce sont des comportements inacceptables ou d’autres types de comportement : les comportements génants. mais il éxiste des petits défauts qui peuvent être utils, les employeurs emploient le mot “défauts” je me suis entendu dire : Quels sont vos défauts ?” Alors là ! je lui ai répondu : Si je vous les citais, vous ne m’embaucheriez pas ! je préfère dire : petits négatifs. C’est juste l’envers de nos comportements. Si nous laissons nos négatifs prendre le dessus…Les gens n’ont pas tous les mêmes négatifs. extraits des sciences kabbalistiques. Si tu voyais les miens ! Mais personne n’est parfait ici bas. mes négatifs, moi, je les aime ! Si je ne les laissais pas s’exprimer de temps à autre, je me ferai bouffer.

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