Là-bas, c’est mieux

Partir...

Là-bas c’est mieux ?…

C’est certain !

On vous l’a dit, répété, c’est là-bas, au loin que ça se passe, qu’il y a du mouvement, du changement, de la vie. Vous l’avez vu à la télé, ce lieu étranger est magique, il va vous faire renaître, revivre, il vous donnera toutes les réponses à vos questions.

Mais c’est où, ça ?

Départ

Qui n’a pas eu ce rêve du départ, d’aller voir ailleurs, de se refaire une vie toute neuve. Je l’ai écrit, j’en parle souvent, je l’ai fait plusieurs fois et vous aussi peut-être.

Il faut préciser qu’il y a quand même une différence entre le touriste et celui qui s’installe dans un nouveau lieu de vie. Le voyageur de passage, pressé par le temps, ne voit que les belles choses, sont œil n’accroche que les couleurs vives et nouvelles qui n’existent pas chez lui.

Celui qui s’installe, crée une routine, une façon de vivre et avec le temps passant, il voit maintenant de l’œil de l’habitué, que la mariée n’est pas peut-être pas la plus belle. (C’est français cette expression ?)

J’en ai fait personnellement l’expérience aux États-Unis et au Japon. En ce moment, ma compagne – qui est Japonaise – , vit cette même expérience. Et pourtant, elle en a rêvé de la France ! Comme tous ses compatriotes nippons, elle n’avait que les belles images de l’Hexagone.

Et c’est vrai qu’elle est belle. Je m’en suis rendu compte à chacun de mes retours en vacances. Mais maintenant, elle découvre tous les travers des Français (vous avez dit râleurs ?), comme moi j’avais découvert les travers des Américains ou des Japonais.

Heureusement, il y a une troisième phase. :)

Celle où l’on comprend vraiment la culture adoptée et où l’on commence à l’intégrer. Là oui, on commence vraiment à apprendre, à grandir, à s’enrichir.

Séjour

Mais partir… ce n’est pas toujours facile.

Il faut un certain courage, de la volonté car on laisse derrière soi ce qui est connu, ceux qu’on aime, pour vraiment aller vers l’inconnu. On quitte physiquement cette zone de confort pour tenter de l’élargir.

Et même si on part pour tout oublier, Il y a toujours un moment de peur, un moment où l’on se sent seul(e) au monde, dans une chambre d’hôtel, une auberge de jeunesse ou une famille d’accueil.

Ce moment-là, est intime. Vous l’avez peut-être connu, c’est cette peur primaire de la grande solitude, de n’appartenir à rien, d’être en deux mondes, entre deux vies, comme en suspension.

Cela me fait penser à la naissance d’un enfant. Entre le moment où il quitte la chaleur maternelle et celui où il rejoint le monde des hommes, il y a ce passage – difficile j’imagine – où il est entre deux mondes, entre poussées et compressions.

Cette angoisse qu’il doit ressentir, je crois qu’elle est la même que celle du voyageur qui pense à ceux qu’il a laissés derrière et qui appréhende l’inconnu.

Comme l’enfant s’ouvre à la vie, celui qui voyage s’ouvre l’esprit et donc, encore une fois, enrichit son existence.

Pourtant, il y a plein de gens – la majorité d’ailleurs – qui ne partent nulle part et qui pourtant ont une vie bien remplie et satisfaisante. Pour eux là-bas, ce n’est pas mieux.

A la maison oui, c’est mieux.

Retour

Finalement pourquoi on part ? Pourquoi dit-on que là-bas c’est mieux ?

Car maintenant, je peux vous le confirmer (mais vous le saviez sans doute), tout là-bas, au loin, ce n’est pas mieux. Il y a des points positifs et des points négatifs et on ne trouvera jamais le lieu parfait.

Alors je crois qu’on part d’abord pour fuir.

On fuit un mal être, un conflit, on ne veut pas faire face à une situation. Le voyage donne l’illusion de l’oubli mais, comme le dit le voyageur de La vie commence à 51 ans, on a beau faire un voyage ultra rapide en avion, histoire de “semer” nos soucis, lentement, à leur rythme, ils finissent toujours par nous rattraper.

On peut aussi se dire qu’on va là-bas pour apprendre, qu’on deviendra plus sage, qu’on saura mieux après, gérer ces choses qui nous font partir en premier lieu. C’est juste et ces outils sont bien utiles pour progresser.

Mais il n’empêche que, quelle que soit notre destination, qu’on aille au pôle nord ou au fin fond du sahara, on ne pourra jamais oublier ce qui nous a fait partir en premier lieu.

Car tout se passe dans notre tête.

Et jusqu’à maintenant, on n’a pas encore trouvé le moyen de voyager sans elle (ça viendra peut-être !). On ne laisse pas son expérience, son vécu, ses souvenirs en consigne pendant que l’on voyage.

Ils sont toujours avec nous et, bons ou pas bons, ils finissent par se rappeler à nous.

J’adore voyager. J’adore vivre à l’étranger. Mais, il ne faut pas croire que la-bas c’est bien mieux. Il ne faut donc pas partir pour les mauvaises raisons. Il faut y penser avant de se lancer.

Ainsi, que nous partions ou pas, cela ne change rien.

On est toujours face à soi dans cette chambre anonyme d’un hôtel lointain.

Ou dans ce village qui nous a vu naître et que l’on connaît par cœur.

Là-bas, c’est différent, c’est tout. Et c’est déjà pas mal. :)

(Photo : ananyah.COM)

Commentaires

14 commentaires pour “Là-bas, c’est mieux”
  1. Orphéa says:

    Non là-bas ce n’est pas mieux tu as bien raison.
    J’ai pas mal fréquenté les forums d’expats lors de mes 2 pvt et ceux qui retiraient le plus de leurs séjours m’ont paru être ceux qui partaient pour découvrir de nouvelles choses (nouvelles cultures, nouveaux défis, nouvelles rencontres).
    Alors que ceux qui partaient pour fuir la France (que l’on retrouve en assez grand nombre parmi ceux qui s’expatrient au Québec) se retrouvent en général aigris après quelques temps passés sur place.

    Donc non je ne pense pas que l’on parte tous d’abord pour fuir.
    (par contre concernant le grand moment de solitude je suis complètement d’accord avec toi, et c’est assez angoissant comme moment… du genre “mais qu’est-ce que fais là ??”)

  2. Alexandre says:

    Très belle description J-P.

    Dans cet article tu vise toute la planète car c’est venu dans l’esprit de tout le monde de se dire c’est mieux la ba.

    J’ai souvent eus et j’ai toujours l’idée d’aller vivre dans mon pays d’origine.
    La réflexion est toujours la même : c’est mieux la bà. Puis je m’interroge sur moi, sur ici, sur la bà.
    Finalement j’écoute mon coeur et je n’y vais pas, peut être pas le bon timing ou pas le bon choix pour moi, le temps me le dira…

    Al

  3. Salut JP,

    J’ai eu la chance de pas mal voyager et je suis d’accord avec ton avis. Quitter son pays pour fuir ses problèmes est loin d’être une solution.

    Au contraire ils ne s’effacent pas, mais ils gangrènent dans notre petite tête et nous font encore plus souffrir avec un sentiment profond de frustration pour ne pas les avoir résolus.

    D’après moi il est préférable « d’être en paix » avec soi-même avant de s’expatrier sans quoi on ressent toujours le besoin de revenir sur ses pas.

    Salutations

  4. Sidonie says:

    Je confirme. Que de fois suis-je partie là-bas, et loin…. Mais “là-bas” devient bientôt “ici”. Sauf que là-bas j’ai beaucoup appris et, comme tu dis, c’est déjà pas mal. Cependant, je n’ai fait que me transporter avec mon tempérament, mes tares, mes atouts, mes problèmes intimes. A moi, de me débrouiller avec moi-même et de me réjouir tout de même de ce que j’ai appris.
    Mais tu parles d’espace. Qu’en est-il du temps? C’est un autre voyage et sans retour… Certes, on apprend, on mûrit, mais j’ai cette dérangeante sensation parfois que c’est comme quand j’avais vingt ans et que pourtant, ça ne marche plus parce que, justement, je n’ai plus vingt ans….
    Voyage dans l’espace ou dans le temps, il n’y a pas de solution miracle. Il faut faire avec ce que l’on est. La seule échappatoire est de ne pas se lasser d’apprendre ni de vouloir comprendre.

  5. Jean-Yves says:

    L’herbe n’est pas plus verte ailleurs.
    La magie de la découverte d’un nouveau lieu s’évapore plus ou moins vite selon ce qu’on fuit.
    Quand ce moment arrive, on dit que l’on a “le mal du pays” !

    L’enfant entre deux mondes est une belle image pour le départ.

  6. AMie says:

    Désolée, je ne suis pas d’accord.
    Pour moi, voyager, partir ailleurs, c’est s’enrichir de ce qu’on pourrait être et qu’on n’ose pas être en restant ici.
    “Là-bas” ou “ailleurs”, c’est “ici” avec d’autres paysages, au sens le plus large. 😉

  7. NAd says:

    Ça m’évoque une chanson de Sardou “S’enfuir et après” :

    “Aussi loin qu’on va
    On part avec soi
    On ne s’oublie jamais”

    Ce n’est pas forcément mieux ailleurs mais c’est toujours différent. Je pense qu’il faut juste être conscient des raisons pour lesquelles on part sinon on risque fort la désillusion.

  8. ChrisToonet says:

    Plutôt d’accord ! Parce que nous confondons “ailleurs” et “autre” ! J’explique : nous voudrions en chemin laisser tout ce qui nous encombre, de ce qui nous entoure, mais surtout de ce qui est en nous, et c’est là que les choses ne fonctionnent pas ! Ce n’est pas parce que nous irons vivre plus loin que nous changerons ! Le seul espoir est sans doute que ce chemin nous fasse rencontrer d’autres gens qui nous apporteront d’autres points de vue, d’autres espoirs… un peu comme lorsque l’on parcourt ce blog.

  9. Emilie says:

    Hhhmm, partons-nous vraiment pour fuir ? Etant partie relativement jeune (19 ans, pour un an en Afrique du Sud), je dois dire que je ne fuyais rien, mais que j’avais cette envie furieuse de découvrir le monde, découvrir l’Afrique, avec cette belle insouciance de la fin de l’adolescence !

    Et j’ai continué, puisque les “hasards” de la vie (que l’on se crée, je crois) m’ont menée à Maurice. Où je vis désormais, mariée à un “local”. Et c’est vrai que l’herbe n’est pas plus verte ici qu’ailleurs ; mais je suis intimement persuadée que vivre ici m’ouvre des portes que je n’aurais pas franchies autrement. Et puis je suis servie en termes de découvertes culturelles : au bout de 4 ans, il y en a encore au quotidien, avec une population très hétérogène, des coutumes présentes et respectées…

    Donc oui, ma vie est ici, et forcément, mes problèmes sont ici. Certains de mes amis et une partie de ma famille ont toujours cette drôle d’idée que je passe mes journées sur la plage et qu’on en fait pas lourd sous les tropiques. Beaucoup ne comprennent pas ce choix de vie, comme si c’était irréversible. Mais ça ne l’est pas : quand on ne voudra plus vivre ici, on pourra bouger.

    Vivre ailleurs m’a aidée à me définir, et à mieux me connaitre. A savoir ce qui était acceptable pour moi et ce qui ne l’était pas. A être bien consciente que pour moi m’intégrer, oui, perdre ce qui fait mon essence, non. Et à créer un couple bien mélangé, avec des pratiques un peu d’ici et un peu de France, et un peu d’ailleurs encore !

  10. Virginie says:

    J’ai aussi vécu à Tokyo et à New York.

    La vie y était belle, étrange. En fait chaque journée se réinvente parce qu’on ne connait rien du quotidien sur place… Et ça fait une sacré différence avec un voyage touristique!

    Je pense que jour où l’on a établi son rythme de vie et construit son quotidien là-bas alors on devient un expatrié.
    Ni meilleur, ni moins bon le pays étranger est différent et c’est cela même qui nous rend plus riche.

    C’est en quittant Tokyo pour NY que j’ai compris à quel point je m’étais acclimatée au Japon… et dieu! que j’ai eu du mal à NY après! Et puis un jour j’ai aimé mes habitudes là-bas, mes balades dans la ville, les points de repère que j’y avait semé.

    Rentrer à Paris fut un bonheur et j’ai découvert que j’avais du me passer de multiples choses du quotidien (une terrasse de café, des volets aux fenêtre, boire l’eau du robinet…): je les ai retrouvées avec gourmandise.

    Depuis je ne râle plus après tout et rien, j’aide les touristes paumés… je suis une français qui a vécu à l’étranger!

  11. Philippe says:

    Voyager permet de s’enrichir (humainement). C’est vrai d’une manière générale au contact des autres, et plus encore quand ils sont différents.
    Et pourtant…

    Je regardais hier un reportage sur un entraineur de football parti au Qatar pour (bien) gagner sa vie. Après une année, il va en vacance chez lui. Au retour, son patron a changé et le nouveau ne veut plus de lui. Mais au Qatar le droit est différent et notre entraineur se retrouve sans salaire et coincé car son patron lui refuse son visa de sortie.

    Alors à l’étranger, c’est bien ou pas bien?
    Disons que c’est seulement différent et qu’il faut y trouver som compte. Mais il y a tellement à en apprendre…

  12. Aude says:

    Ton article me parle bien, savoir pourquoi on part, toujours une part de fuite… Je ne regrette pas d’être partie même si je ne m’attendais pas à ce que j’ai trouvé : plonger profondément en moi. Quoique j’avais déjà entamé le chemin, la Guyane l’a accéléré !
    Il est parfois nécessaire de partir pour mieux revenir (ou revenir mieux !), c’est à dire transformé (ou en cours de transformation) ?
    Suivre son coup de tête parce qu’on n’arrive plus à écouter son coeur, rentrer dans le mur et s’ouvrir enfin à la vie !

  13. Albin says:

    Il m’est arrivé de changer de pays lorsque j’étais plus jeune et j’ai beaucoup aimé quelques unes de ses expériences.

    Il est vrai que l’on apprend beaucoup des autres personnes.
    Bien sûr notre expérience dépendra de ce que nous allons faire
    une fois sur place.

    A mes 21 ans je suis parti en Finlande pour rejoindre un ami.
    J’ai eu dans ce pays des expériences très fortes, grâce au sport
    notamment.

    Toutefois, je suis d’accord que si l’on décide de partir en
    espérant oublier ces tracas ou ses problèmes, c’est peine perdue.
    Autant s’en affranchir avant!

    Albin

  14. Philippe says:

    Très bon article Jean-Philippe :)
    Et tellement vrai.
    Et beaucoup de réactions derrière. C’est super.

    J’ai moi aussi eu la chance de partir habiter et voyager à l’étranger (13 ans hors de notre cher pays des fromages, du vin et des parfums entre le Moyen Orient et l’Asie et l’Europe, mais jamais en expat: soit comme bénévole au sein de la population locale, soit en contrat local en cherchant du boulot sur place) 😉

    Là où je te rejoints complètement, c’est que quoi qu’on fasse on part avec soi-même et le package complet (version agréable ou pas).

    D’un autre côté, pour s’en rendre compte, parfois ça peut aider de partir, et ça peut nous permettre de faire un pas de plus dans la connaissance et l’acceptation de soi.
    Tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne le sait pas que tous nos problèmes vont rester avec nous, et on peut vivre dans l’illusion que ça va disparaitre avec le voyage.
    Et on va peut-être continuer à fermer les yeux dessus en se disant qu’un jour ça ira mieux. :(

    Maintenant c’est vrai qu’on peut aussi voyager pour découvrir d’autres choses, pour s’ouvrir au monde et s’en enrichir. On peut aussi partir pour se tester, pour volontairement sortir de sa zone de confort et ne plus avoir d’autres choix.

    Tant qu’on reste dans le même environnement, c’est peut-être plus difficile de sortir de ses habitudes et de sa zone de confort.
    D’un autre côté j’ai vu tellement de personnes qui partaient justement pour sortir de cette zone, mais qui à peine arrivés sur place faisaient tout pour se la reconstituer au plus vite, et reprendre les mêmes habitudes qu’avant mais juste ailleurs.

    Je pense qu’ailleurs n’est différent qu’à l’extérieur. A l’intérieur c’est toujours soit. En final si on bien avec ce qu’on est ailleurs c’est pas forcément mieux qu’ici. :)

Commentez ce billet