La frustration en action

Par le 27 February 2012
dans Changer les règles

Je sais ce que je veux !

Un commentaire tout récent m’a fait réfléchir. (Le monde va sûrement encore trembler.)

Il est signé Patrick du blog Mémoire facile à la suite de mon article Tango de la vida que vous avez peut-être déjà lu. (Comment ça, non ?)

Et voici l’extrait qui m’a interpellé : “La frustration est à la fois un frein mais peut devenir
un excellent catalyseur pour la motivation et l’action.”

Finalement, c’est vrai, la frustration, c’est l’un des grands maux de notre siècle. Vous connaissez ça vous aussi ? Pourtant, je peux vous prédire que, plus on avancera dans le temps, et plus elle augmentera. (Appelez-moi madame Soleil.)

Alors que faire ? Comment combattre, ou plutôt, “transmuter” cette frustration qui ronge de plus en plus le monde ?

(Coup de tonnerre. Rideau et applaudissements du public, galvanisé par cette introduction hors pair.)

Acte I – Les frustrés

Dans notre société hyper-connectée et rapide, nous voulons tout, et tout de suite. Que ce soit au travail, à la maison, au volant, dans le train, au guichet, sur l’ordinateur, en amour, c’est toujours un peu la même rengaine.

Le fait de devoir patienter, de devoir attendre, de laisser mûrir les choses, crée chez nous une nervosité palpable qui se termine soit par l’obtention de la chose désirée, soit par la frustration et son remplacement par autre chose.

N’importe quoi. (Voix caverneuse)

Où est passée la sagesse légendaire de nos aïeux, méditant tranquillement sous des chênes millénaires ? De nos jours, une demie seconde de retard sur une requête Google et déjà on fulmine. Une page web qui met quelques instants de trop à apparaître et la fenêtre est déjà fermée.

La frustration a un dieu et il s’appelle twitter. On ne parle plus qu’en 140 caractères et, dans la majorité des cas, c’est pour dire des trucs intéressants. (Auquel on m’a tout de suite répondu. Et encore. Et même re-twitté.)

Évidemment, face à tout cela, notre capacité d’attention s’effrite et la frustration s’installe.

Mais ce n’est pas cela qui est le plus étonnant. Non, là où l’on devrait porter le plus d’attention c’est sur les jeunes générations, la génération Y, la génération qui n’a connu que l’internet et autre gadgets.

Acte 2 – Les nouveaux frustrés

Nous au moins (je parle pour les plus de 30-35 ans), nous avons connu la vie avant. Nous avons connu les moments où pour passer un coup de fil, il fallait se déplacer dans une pièce spéciale où trônait un gros appareil avec de gros boutons numérotés et qui ne faisait, que téléphone.

Nous avons connu l’époque où pour avoir des nouvelles de quelqu’un, il fallait écrire avec ses mains, par l’intermédiaire d’un outil appelé “stylo” sur une feuille en papier, utiliser sa salive (ah les barbares !) pour fermer l’enveloppe et y mettre un timbre avant de se déplacer (je précise : physiquement) jusqu’à la poste pour mettre le tout dans une boite à lettres.

Ensuite ? On rentrait chez nous et on calculait mentalement combien de temps il nous faudrait – si le destinataire était sympa – pour recevoir sa réponse (avec timbre et salive).

Petit rappel : ce dernier calcul utilisait comme unité de mesure le “jour”, pas la “milliseconde”.

Par contre, pour les plus jeunes qui n’ont pas eu droit à cet entrainement très spartiate, la frustration est à fleur de peau. Je l’ai beaucoup vu au Japon avec les lycéens qui pianotaient comme des forcenés sur leur mini-clavier… tout en continuant la conversation avec leur voisin.

J’exagère à peine mais ce que je veux dire c’est que les nouvelles générations ne sont pas habituées à attendre et ceci aura, sans aucun doute, de grandes conséquences sur l’évolution de la société et de la planète.

Un jour ce sont eux qui dirigeront le monde et se cotiseront pour payer les retraites des autres. Il est évident que rien ne viendra interrompre le mouvement “frustratif” (mot difficile à prononcer).

Un jour, c’est certain, on twittera son vote pour élire le nouveau président.

Ça vous fait sourire ?

Alors vous êtes déjà en maison de retraite. ;)

Acte 3 – Les fruités

Cette frustration, qui est une force destructrice lorsqu’on lui cède, peut-elle devenir une force créatrice et poussant à l’action, selon ce que disait Patrick dans son commentaire ?

Un vote peut être twitté mais mûrement réfléchi.

La rapidité d’action ne signifie pas “impréparation”. (J’aime faire des néologismes douteux.)

Mais c’est vrai que ce serait le rêve que de pouvoir utiliser ses propres frustrations pour donner de l’élan à ses actions.

Comment peut-on transformer tout ça ? Comment peut-on créer notre propre centrale énergétique à transformer les frustrations en électricité énergie ?

Moi, je vois une solution : la passion.

Si on est passionné parce que l’on fait, on verse automatiquement tous ses excédents énergétiques vers son but. Une vraie direction existe. Les petites frustrations sont plus acceptables. On apprend à gérer son quota d’humeur pour atteindre son objectif.

On réapprend à se projeter dans le futur. On devient moins animal.

Si on tourne en rond, ça finit toujours par exploser d’une manière ou d’une autre. Si on suit un plan parce que l’on est motivé, il n’y a plus de gaspillages mais une gestion plus ou moins saine de sa propre énergie. C’est certain que tout ne sera pas parfait mais au moins, on sera plus efficace et plus heureux, donc encore moins frustré par les obstacles inattendus.

Et puis, cette frustration disparaitra aussi parce que, lorsque l’on est sur “sa” voie, les autres le sentent et les contacts directs sont plus faciles. Ça c’est une chose qui se produit de moins en moins dans notre siècle et dont pourtant, nous avons fondamentalement besoin : la rencontre réelle avec de vrais humains, et pas seulement caché derrière un pseudo Skype.

En fait, j’en reviens toujours à l’un de mes chevaux de bataille : il faut chercher et poursuivre sa passion, c’est le meilleur moyen de se sentir bien. (Tiens, j’aurais pu écrire cet article en une phrase.)

Tout ceci est très théorique mais, basé sur mon expérience, c’est peut-être une des façons de gérer la frustration croissante, en donnant du goût (beaucoup) à ce que l’on fait. :)

Comment gérez-vous vos propres frustrations ? Et surtout comment l’apprendre aux plus jeunes ?

(Photo : MahPadilha)

Commentaires

17 commentaires pour “La frustration en action”
  1. Jean-Yves says:

    Comment l’apprendre aux plus jeunes ? Ca c’est une bonne question…

    Je fais partie de la génération + de 30 ans et effectivement, j’ai connu “la vie avant”.

    Pour canaliser sa frustration et la transmuter, il faut savoir prendre du recul, relativiser.
    C’est éminemment difficile dans ce monde qui va très vite !

    Mais ce n’est pas impossible non plus.

    Concentrer ses efforts sur le plaisir à long terme plutôt que la récompense immédiate est un bon début…

  2. Jean-Philippe says:

    Merci Jean-Yves pour ton commentaire et tes réponses ! Je crois que résoudre la frustration c’est une des clefs du futur de l’humanité. Je crois même que ce que tu proposes, devrait être enseigné à l’école. ;)

  3. Yann says:

    “Un vote peut être twitté mais mûrement réfléchi” bien vu !

    J’aime aussi le 3ème paragraphe en partant de la fin ;)

    Bravo Jean-Philippe.

  4. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Yann et excellente journée, tout là-bas ! En gros, tu es d’accord avec ma phrase entre parenthèses, c’est ça ? ;)

  5. Yann says:

    Oui, tout à fait d’accord. Utiliser les nouvelles technologies ne veut pas dire s’abstenir de réflexion.

  6. Jean-Philippe says:

    Merci Yann ! On en devient même encore plus efficace avec les deux. ;)

  7. Michael says:

    Si l’on arrive à aprecier l’instant présent, à se rendre compte de tout ce que l’on a et à arreter de se lamenter, je pense que l’on serait moins frustré! :)

    merci pour ton article Jean-Philippe

  8. Amibe_R Nard says:

    Comment éliminer la frustration ?

    Il suffit de ne pas en avoir, ni de la laisser s’installer. :-)

    Si elle s’incruste malgré tout ?

    Alors la transformer en désir, et chaque désir en action.

    La frustration demeure parce qu’on voudrait tout tout de suite, mais sans rien faire.
    Quand on est dans l’action, intensément dans l’action, la frustration n’est pas là. On ne la voit pas, le temps n’a plus la même valeur.

    Je ne crois pas qu’un passionné puisse être frustré. Un passionné est toujours en quête, et chaque pierre retournée dans sa passion en soulève deux plus petites… Elles semblent petites, mais à chaque fois, ce n’est que la pointe d’un nouvel iceberg ! ;-)

    C’est vrai, parfois les choses n’avancent pas assez vite, ou pas comme on le voudrait.
    Voilà le bon moment pour repenser sa stratégie, pour vérifier si ce que l’on fait convient toujours à notre démarche. Ou s’il n’est pas plus opportun de demander un peu d’aide, voire même de faire faire par quelqu’un d’autre qui connaît, qui est passé par là et/ou qui peut nous conseiller sur la manière d’y arriver.

    Ces petites pauses de frustration sont là pour nous rappeler que prendre le temps, ça aide.
    Ça aide à réfléchir, à repenser, à prendre le pouls de son action, à mesurer, peut-être, le chemin parcouru et qu’il reste encore jusqu’à la victoire.

    Et plus on touche au but, plus c’est dur, plus la frustration flambe à fleur de peau, et plus on doit… penser à ce que l’on fera après cette victoire.

    Non, pas de frustration pour moi, juste le temps de soulever le nez hors de l’eau pour prendre une nouvelle respiration, avant de replonger. ;-)

    Plouf !

    Bien amicalement
    L’Amibe_R Nard

  9. Jean-Pierre says:

    il faut avoir un but pour progresser car sinon, commen effectivement aller vers son objectif (on n’en pas, en tout cas pas de conscient) et comment s’en rendre compte (sans le repère plus ou moins lointain que constitue son but clairement identifié) ?

    Avoir un but nécessite de se connaître un minimum. Tant qu’on n’a pas suffisamment de cette connaissance, il faut se fixer des buts modestes :
    -
    1) let atteindre étant plus facile, c’est bon pour le moral ;
    2) on a de bonnes chances de tomber à côté alors il vaut mieux ne pas perdre trop de temps avec en cas d’erreur ;
    3) cela nous aidera à se fixer de nouveaux buts plus ambitieux (et plus proches de notre vérité intrinsèque).

    Pour l’aspect pédagogique, la difficulté est de convaincre la jeune personne qu’il fait du surplace en ne donnant pas de temps au temps. Je suis preneur de toutes les bonnes idées pour m’aider à remplir mon rôle de père !

  10. Jean-Philippe says:

    @Michael Merci pour cette astuce !

    @L’Amive_R Nard Quel beau petit voyage dans un monde où je me reconnais bien aussi ! Ah, soulever des pierres, voir ce qu’il y a dessous… quel plaisir ! Ces petites pierres pour moi, ce sont souvent les articles de wikipedia. C’est infini. :D

    @Jean-Pierre Merci pour ton système ! Et tu as raison, pour l’instant personne n’a apporté de trucs ou d’astuces pour les plus jeunes…

  11. Aude says:

    Et si nous prenions notre mal en patience et attendions tranquillement que notre jeunesse fasse son chemin, grandisse, et comprenne que l’immédiateté n’a pas lieu d’être en tout ? Et si nous les laissions devenir sages ?
    Pourquoi douter de leur capacité à gérer la frustration ? Je pense que ça viendra, automatiquement.
    Je suis peut être trop optimiste ?
    Alors ce que nous pouvons faire avec nos enfants, c’est les laisser mariner dans leur jus et arrêter de répondre immédiatement à leurs demandes ;-) ! ça va nous demander bcp d’entraînement aussi (et de frustrations que leurs cris ne cessent pas de suite, ou leur bouderie !).

  12. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Aude pour la suggestion ! Apres tout, pourquoi pas ? En même temps de les laisser mariner, on pourrait aussi leur montrer des façons de gérer cette attente (ou non-attente). ;)

  13. voyage says:

    Comme on dit “une frustration encourue au cours de longues années engendre la révolte, la soif de liberté” …

  14. Jean-Philippe says:

    Merci pour le commentaire “voyage” ! C’est en effet une belle citation qui mériterait d’être développée. ;)

  15. Florence says:

    Je suis tout à fait d’accord avec Aude : le meilleur moyen (peut-être l’unique) d’apprendre à nos enfants à faire face à la frustration, c’est de ne pas accéder tout de suite à toutes leurs demandes. Pour pouvoir y faire face, il faut d’abord qu’ils sachent ce que c’est :-)

    Et puis maintenant, tout le monde sait que l’enfant-roi devient souvent un adulte-catastrophe ;-)

    Quand ils sont petits, cela commence par leur apprendre à attendre l’heure du repas pour manger (plutôt que de grignoter n’importe quoi dès qu’ils en ont envie). Après, attendre le jour de Noël ou l’anniversaire pour ouvrir les cadeaux… Prendre le temps d’économiser (plutôt que de se faire prêter de l’argent) avant de faire un achat important. Etc.

    Moyennant quoi, ma fille de 14 ans 1/2 (à cet âge-là, le 1/2 compte beaucoup !) survit très bien sans téléphone portable… même si elle attend avec impatience ses 15 ans pour en avoir un pour son anniversaire. Et à table, au lieu d’envoyer frénétiquement des SMS à ses copines, elle discute politique avec ses vieux parents. Une future citoyenne engagée :-)

  16. Alexis says:

    Hey Jean-Philippe, je suis de retour.

    Je vois que j’ai bien choisis mon article. Je me trouve assez incroyable – non pas d’un point de vue d’émerveillement narcissique – mais plutôt du fait que je pense la même chose que toi des jeunes actuels… alors que j’en fais partie.

    J’ai abandonné les jeux vidéos pour l’écriture et je n’ai toujours pas adopté le portable, pour un gars dans sa 17è année, en 2012 je suis une sacrée exception.

    En fait, ma plus grande frustration dans la vie s’est présentée face à moi il y a un peu plus d’un an ; c’est quand j’ai appris à regarder ailleurs que devant moi.

    J’ai découvert le développement personnel, j’ai appris à analyser les situations, le monde, la société, le mensonge qu’est le monde… et j’ai découvert que pendant 16 ans j’avais été un sacré abruti, parce que j’ai remarqué que j’étais comme les autres de mon âge.

    Encore aujourd’hui, l’éprouve une désolation totale face à nos conditions non pas de vie mais de réflexion, tout simplement parce qu’il n’y en a plus. Ils ont remplacé la pensée par la science, les maths, la dictature des goûts.

    Pour l’instant nous sommes condamnés à cela, ma génération et les futures. On dit que nous vivons avec des choses qui nous ressemblent, les autres jeunes vivent tous avec des jeux vidéos, des portables et un ordi. J’ai gardé l’ordi et supprimé les deux plus inutiles car ils des robots qui annihilent la réflexion, c’est ce que les autres vont devenir.

    Je me rend compte que j’écris un peu n’importe comment ce soir, ta question et ton article m’inspirent beaucoup, comme à leur habitude ! Je pourrais écrire des livres entiers là-dessus, en tant que “taupe” puisque j’ai votre point de vue alors que je suis proprement concerné par le sujet.

    Je vais me contenter de répondre à ta question : je gère mes frustrations – elles sont essentiellement liées à la politique et à la sociologie – en les décrivant, en les expliquant et en les publiant sur mon nouveau blog.

    Excuse-moi de t’avoir lâchement abandonné, en même temps je fais partie de ces jeunes déséquilibrés, frustrés et idiots de ma génération :-p

    À bientôt
    Amicalement
    Alexis

  17. Jean-Philippe says:

    Merci Alexis pour ton long commentaire !

    Quelle analyse (Comme d’habitude) ! Merci pour les éléments de réponses que tu apportes et je te souhaite bonne chance pour ton nouveau blog. Je sens que tu as du y passer des heures et des heures, non ?

    PS : Et puis non, les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas déséquilibrés, juste différents car numériques. ;)

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