Insoumis et insoumises

Ça rouille !

On peut tous tomber.

On peut tous chuter.

On peut tous être considérés comme des moutons noirs ou des scanneurs.

Et alors ?

Est-ce que l’on va rester là, au sol, à nous lamenter, à rouiller ?

Et oublier nos rêves ?

Démotivé

Soyons clairs : notre société est basée plus sur la soumission qu’autre chose. Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec moi, mais à ce moment-là, il va falloir me donner des exemples. :)

Bref, le grand troupeau de l’humanité doit être guidé d’une main ferme. Comptabilisé. Numéroté.

On n’aime pas les têtes qui dépassent.

Donc restez soumis !

C’est vrai, tous et toutes nous avons régulièrement nos petites soumissions (les échecs, l’âge, le temps qui passe, etc), de prétendues défaites qui nous rouillent petit à petit le cerveau. Parfois on ne s’en rend même plus compte, elles font partie de notre mode de vie. C’est comme une seconde nature. On ne se croit pas, ou plus capable d’accomplir beaucoup. Le moteur est grippé et, c’est bien comme ça nous dit-on.

“C’est la vie” nous rappelle-t-on, ou alors, “c’est trop tard”, “c’est trop tôt”, ou encore, “c’est pas le bon moment”.

Et nous acceptons. Pourtant, j’insiste, ces petites soumissions, elles ne doivent pas être confondues avec nos rêves bien que, souvent, nous amalgamons les deux. Si notre réalité est molle, se dit-on, pourquoi nos rêves auraient-ils plus d’énergie, plus de pouvoir ?

Et bien justement.

Débrouillé

Ces rêves sont importants. Il sont un peu le bouillon de culture dans le lequel nous allons dessiner de nouvelles perspectives, créer de nouvelles directions, inventer des options courageuses. Et dégripper la machine. 😉

Toute action commence par un rêve.

Oui, bien sûr, on peut rêver de gagner au loto mais bon, dans ce cas, il n’y a qu’une seule action à imaginer, l’achat du ticket, ce qu’à peu près tout le monde peut faire. Et puis, il y a cette théorie – que je viens d’inventer – qui dit que moins un rêve nécessite d’actions, moins il a de possibilité de se réaliser.

Pourquoi ? Parce que plus on travaille sur ce rêve, moins on se base sur la chance, le hasard, la providence.

Essayez et vous verrez. Prenez “une” seule action vers un de vos rêves et attendez…

Longtemps.

Alors, ça marche ou ça rouille ?

Dévoilé

Tentez alors une autre technique : prenez plusieurs petites actions vers cet objectif qui est votre rêve. Que va-t-il se passer ? Vous allez commencer à avancer, à briser les chaines qui vous maintiennent en esclavage, qui vous bloquent dans une soumission à la société.

Est-ce que vous allez l’atteindre ce rêve ? Peut-être que oui. Peut-être que non car il y a bien trop d’imprévus dans la vie pour garantir un succès et il faut savoir accepter cela.

Mais, d’un autre coté, ces petits pas que vous allez effectuer, ils vont vous faire avancer. Vous allez bouger. Vous allez changer.

Parfois vous finirez même par vous dire que vous allez dans la mauvaise direction, que votre situation est moins bien qu’avant.

C’est normal.

Quand nous sortons d’une situation confortable, même si elle n’était pas la meilleure du monde, même s’il y avait de la soumission là-dedans, on était bien, car habitués. C’est sûr que quitter un nid douillet – même piquant – n’est pas facile, d’où la nécessité de ces petits pas, de ces petites actions.

Dérouillée

C’est un petit peu ce qui m’est arrivé pendant l’écriture de mon dernier livre, Reconquérir sa vie.

Je suis parti sur les chapeaux de roues, des idées plein la tête. Et puis, à peu près à mi-parcours, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Je ne comprenais pas ce que c’était et je me suis arrêté.

Les semaines ont passé et je n’ai plus écrit une seule ligne. Ma main était rouillée. Mais, dans un coin de ma tête il y avait cette culpabilité de m’être interrompu à mi-parcours. En plus, j’avais pris des engagements publics qui, comme vous les savez, sont très puissants.

Alors, après plusieurs semaines de tergiversations, de soumission à la défaite, j’ai finalement repris mon rêve initial en essayant de déterminer quelques actions pour avancer. “Finir le livre” paraissait trop gros et trop intimidant. Cela me bloquait.

“Imprimer tout ce que tu as écrit”, semblait faisable – il y avait juste le bouton de l’imprimante à pousser – , “lire les feuilles imprimées et les annoter” était une étape un peu plus difficile mais aussi réalisable.

Alors ? Comme vous vous en doutez, imprimer n’a pas posé de problème et lire fut en fait assez rapide. De plus, en découvrant le texte d’un œil neuf, j’ai pu facilement comprendre ce qui n’allait pas et implémenter d’autres étapes pour avancer.

En huilant la machine, j’avais ainsi pu briser ma soumission à une société qui dit, par exemple, que c’est difficile d’écrire un bouquin et que seules des âmes tourmentées avec un passé particulier peuvent le faire.

Déverrouillé

Tout le monde peut écrire un livre. (Il faut savoir appuyer sur le bouton “Imprimer”) 😀

Tout le monde peut rêver et concrétiser ses aspirations.

Il nous faut bien réaliser que nous ne sommes pas que des numéros dans un système anonyme malgré ce que l’on veut bien nous faire croire.

Ne soyons pas complètement soumis et soumises.

Osons quelques étapes vers un rêve bien précis. Semons quelques graines et voyons comment elles poussent.

En clair, sortons des sentiers battus et sclérosés que notre société nous offre.

Nous pouvons.

Tellement. :)

(Photo : tashland)

Commentaires

11 commentaires pour “Insoumis et insoumises”
  1. bgn9000 says:

    Salut Jean-Philippe, quelle douceur dans tes propos dans une actualité avide de nouvelles dramatiques. L’écriture est en effet quelque chose de difficile dans un contexte où l’on ne favorise pas les talents et les vocations. Autre aspect dans ce problème complexe est la surabondance que l’on nous sert, à quoi bon écrire ? à quoi bon en rajouter dans une société qui s’étouffe elle-même et avec sa mauvaise consommation ?
    Pour ma part, j’ai pris le parti de me contenter de mon blog, certes un parmi tant d’autres, mais au moins je ne gaspille pas de papier.
    Merci et bonne journée

  2. Jean-Philippe says:

    Merci pour ton commentaire bng9000 ! Mais ton blog est vraiment du haut vol, de la très bonne qualité comme on trouve de temps en temps sur la blogosphère. Parfois, j’y vole même une petite pépite. 😉

  3. bgn9000 says:

    N’hésites pas ! ces pépites sont pour tous. C’est ce qu’appelle Umberto Eco, l’intertextualité. Ainsi, il y aura un peu de moi, un peu de nous tous, dans tes livres.

  4. Jean-Philippe says:

    …et il a raison ! Un livre original cela n’existe pas. C’est comme en musique ou dans n’importe quel autre art. L’inspiration se nourrit des autres. 😉

  5. Magaly says:

    Bonjour Jean-Philippe,

    Merci, tout simplement !
    Je me suis moi aussi sentie “rouillée” ces derniers temps, pas dans l’écriture d’un livre, mais dans la progression dans la réalisation d’un de mes rêves : me m’être à mon compte en tant que déco d’intérieur et créatrice de meubles ! Je dessine des meubles et j’ai très envie de les faire fabriquer et de les vendre … J’avais arrêté de dessiner, ne trouvant plus d’inspiration, et surtout milles excuses pour ne pas le faire! Et un jour, j’ai repris mes crayons et hop 2 meubles sont sortis …
    Oui, nous nous nourrissons les uns des autres dans tous les domaines de l’art !

    Bonne journée !! :)

  6. Céline says:

    Merci Jean-Philippe pour cet article une fois de plus grandiose, j’aime et je partage !

  7. georges says:

    Tellement en accor avec ton article, merci.
    Et si chacun de nous commencait a ecrire le livre de sa vie…………
    Malgre tout ce que l on peut nous raconter, la vie est fantastique, et a nous de la rendre plus belle encore.

  8. Florence says:

    Chaque soir, je fais le point sur mes “petits pas” de la journée… et je m’endors sur cette vision positive :-)

    Mais ça ne m’empêche pas de connaître aussi des pannes d’écriture.

    Mon “truc” : j’ai toujours plusieurs projets en cours. Parfois, j’avance sur tous en même temps. Parfois, je bloque sur un… alors je me rattrape sur les autres 😉

  9. bgn9000 says:

    @florence : pas mal l’idée de plusieurs projets en cours.

    Souvent les pannes arrivent après une forte contribution.
    Stephen King a écrit qu’il se lance dans un petit projet qui n’avait rien à voir pour se laver la tête. Il faisait ça particulièrement entre le premier jet et la relecture / réécriture.

    Pour ma part, j’ai aussi plusieurs sujets en cours : la famille, le travail et l’écriture.

  10. Le gazier says:

    Merci pour cette nouvelle piqûre, Jean-Philippe. C’est exactement ça.

    Cela ne veut pas dire que tout est accessible : tout dépend de notre capacité à effectuer les actions nécessaires, et si l’une d’entre elle est inaccessible, c’est tout le projet qui l’est, ou bien qui l’est pour le moment.

    Mais le plus important n’est pas là. Le plus important c’est de réaliser que l’ensemble des possibles est bien plus large que l’ensemble de ce que l’on imagine et qui est réduit par l’usure. Or ta méthode, pour s’en rendre compte, me semble être la bonne. Basée sur le fameux “small steps”, elle permet de ne pas s’effrayer tout en avançant.

    Je suis presque d’accord, enfin, avec ta théorie décrivant le réalisme d’un rêve comme inversement proportionnel au nombre d’actions qu’il nécessite. Disons que plus il nécessite d’actions, plus il offre de points sur lesquels on est capable d’agir, mais il les nécessite tous. Un rêve à une action est soit réalisé, soit non réalisé – gagner au loto, avec pour seule action d’acheter un ticket, est un bon exemple. Un rêve à 1000 actions peut être réalisé à 10%, à 50%, à 99%… ce qui offre une possibilité de mouvement, une possibilité de voir “un mieux qu’avant”, mais sans offrir plus de garanties de réussite. Pour autant, ce n’est pas forcément cette “réussite” qui compte, c’est le fait d’avoir bougé dans la bonne direction, ce qui peut donner de nouveaux rêves et qui surtout donne un plus grand bien-être.

    A te lire.

  11. Jean-Philippe says:

    Merci beaucoup Le gazier d’enrichir mon article avec toutes ces précisions ! J’espère que ceux et celles qui tomberont, dans les années qui viennent, sur ton commentaire, seront revigorés dans leur décision d’avancer. :)

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