Les 9 étoiles du désert (21)

Par le 13 January 2011
dans Des histoires

Où sont cachés vos trésors personnels ?

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Tin approcha lentement sa main et prit la boucle d’oreille qu’Hatita tenait entre ses doigts.

Oui ce symbole, quatre petits points disposés en carré, ne pouvaient être que de sa famille. En plus, c’était une boucle d’oreille dont elle reconnaissait le style unique de Tafilalet.

Ces quatre points représentait le mot lait. Akh. Que l’on prononçait plutôt “yakh” dans son oasis natale.

Une boucle d’oreille.

Seule sa mère pouvait en porter. Elle était la seule autre femme de la famille.

Tremblante en pensant à toutes les conséquences que cette découverte impliquait, Tin respira un grand coup et se redressa brusquement, manquant de se heurter la tête au plafond la cave.

“Conduis-moi à ta grand-mère, j’ai besoin de lui parler, tout de suite.”

Elle fit demi-tour et arrivée à l’ouverture par laquelle elles avaient pénétré dans la cave, elle s’arrêta, remarquant que la petite fille n’avait pas bougé.

“Hatita, viens vite. C’est très important, tu sais. Cette boucle a sans doute appartenu à ma mère et ta grand-mère a dû  lui parler. En tout cas, je veux savoir comment elle l’a obtenue.” dit-elle en montrant la boucle qu’elle tenait toujours entre ses doigts.

La petite fille baissa la tête.

“Ma grand-mère est morte.”

La nouvelle figea les traits de la princesse. Elle hésita un instant puis revint lentement auprès d’Hatita et se laissa tomber sur un gros rocher. L’espoir d’en savoir plus sur sa mère, de parler à quelqu’un qui l’avait peut-être rencontrée, s’évanouissait à nouveau comme le sable file entre les doigts, insaisissable.

Sa mère dont elle n’avait aucun souvenir, cette reine à la fois admirée pour son courage et détestée pour l’avoir abandonnée alors qu’elle n’était qu’un bébé, cette femme inaccessible, allait encore demeurer une inconnue pour Tin.

Elle contempla la boucle d’oreille et la rendit à Hatita.

La petite fille la remit dans le tissu qu’elle replia et qu’elle replaça avec soin sous la pierre aux couleurs de feu.

“C’est un beau secret que tu as là,” dit Tin d’une voix lointaine.

Hatita hocha le tête, doucement.

Ensemble, elles quittèrent la cave et retournèrent au village. Tout en marchant, La petite fille mit sa main, fine, dans celle de la princesse.

“Ne t’inquiètes pas. Ta maman tu vas la retrouver. Cette boucle est un signe. Si tu veux je te la donnerai.”

Tin secoua la tête. Elle eut un petit sourire triste.

“Tu es gentille Hatita mais tu peux la garder. Je sais que tu en prendras bien soin.”

Elle continuèrent à marcher.

“Ma grand-mère m’avait bien dit de ne la montrer à personne.”
“Alors, pourquoi tu m’as révélé ton secret à moi ?”
“Parce qu’elle m’avait dit qu’un jour une personne viendrait, différente et qu’avec elle, je pourrais le partager.”

Tin s’arrêta d’un coup.

“Tu veux dire que ta grand-mère avait prédit que j’allais venir ?”

Hatita haussa les épaules, continuant son chemin.

“Je ne sais pas. Mais tout le village avait compris que vous étiez spéciale. Quand je vous ai vue, j’ai su tout de suite que vous seriez la première avec qui je partagerais mon secret.”

La princesse rattrapa la petite fille. Cette fois-ci, c’est elle qui prit la main d’Hatita. Quelque chose était en train de monter en elle. Elle le sentait. Bien sûr, elle n’était certaine de rien mais elle était prête à parier que c’était bien sa mère qui avait laissé ce signe sur son chemin. Cela voulait dire qu’elle avait, elle aussi, réussi à franchir ces épouvantables dunes dans lesquelles, elle-même et Takamat, avaient failli se perdre.

Takamat !

Tin se mit à courir, entrainant Hatita qui avait du mal à la suivre. Finalement elle lâcha la main de la petite fille pour se précipiter jusqu’à la demeure de pierres où  elle se doutait bien que sa servante s’était réfugiée après leur dispute.

Takamat sursauta lorsque sa maitresse entra brusquement, le souffle coupé, dans l’unique pièce qui leur servait d’abri.

La jeune servante se raidit, pas du tout prête à pardonner à sa maitresse qu’elle considérait maintenant presque comme une traitresse.

“Ma mère !” dit Tin essoufflée par sa course, “ ma mère…”

Takamat fronça les sourcils.

“…vivante…” souffla Tin avant de se laisser tomber sur sa couche.

Les yeux de la jeune servante s’arrondirent.

“Vivante ?… Votre mère ?”

Toujours hors d’haleine, la princesse hocha très fort la tête.

Takamat se leva d’un bond pour s’asseoir sur le lit, aux cotés de sa maitresse.

“Vous en êtes certaine ?”
“Oui,” parvint à souffler Tin.
“Mais, comment vous le savez ?”
“Une boucle d’oreille… avec le symbole du lait, akh…”

Takamat se laissa lentement aller en arrière pour appuyer son dos au mur.

Ayant retrouvé son souffle, Tin lui expliqua le secret d’Hatita et de sa grand-mère.

Un long silence suivit.

Takamat n’avait pas non plus connu la reine, mais elle avait un respect presque religieux pour cette femme qui, pour une raison inconnue, avait décidé de se lancer à l’assaut du désert à la poursuite d’une étoile. Son prestige s’était étendu bien au-delà de l’oasis de Tafilalet et la jeune servante en avait fait un de ses modèles. Comme elle avait fait de sa maitresse un autre de ses modèles.

Jusqu’à aujourd’hui.

Elle se tourna vers Tin qui l’observait, les yeux brillants.

“Takamat, je me suis trompée sur toi. Je t’ai grandement sous-estimée et pour cette raison je voudrais m’excuser.”

Takamat secoua la tête.

“Non, vous êtes ma maitresse. C’est moi qui devrais m’excuser pour mon arrogance. Je vous ai manqué de respect à vous, une princesse. Je mérite une punition.”

Tin se leva et fit face à Takamat.

“C’est vrai,” dit-elle soudain d’une voix neutre, “lève-toi.”

Takamat se redressa et fit face à sa maitresse, un peu surprise. Cette dernière durcit son regard. Sa voix devint sèche.

“Takamat, tu es ma servante et tu as été insolente !” dit-elle. “Tu m’as insultée, tu as bafoué mon autorité. J’ai eu la faiblesse de courir après toi pour te donner une chance de te racheter mais tu m’as, à nouveau, humiliée et méprisée.”

Elle fit une pause. Elle se rapprocha, ses yeux plantés dans ceux de Takamat.

“Si nous étions à l’oasis, tu aurais déjà été punie, ta famille portant la souillure de ton geste envers celle qui t’a accueillie et nourrie comme une sœur.”

Takamat, ne reconnaissant plus “sa” princesse, faillit lui répondre. Elle se mordit la lèvre et en soupirant, baissa la tête.

“Ton audace est toujours là. Tu as besoin d’une leçon et je vais te la donner.”

Cachée derrière la porte, retenant son souffle, Hatita écoutait. La princesse était d’une dureté qu’elle n’aurait jamais pu imaginer. Dans sa petite tête, elle se demanda soudain si elle avait bien fait de lui montrer son secret. Elle se sentait proche de Takamat qui, comme elle, venait du peuple.

“Je me sens tachée par ton insulte. Comme tu l’as dit, ma noble famille, issue d’une lignée prestigieuse, ne peut accepter ton attitude. Alors…”

Elle fit une pause. Hatita cacha ses yeux. Takamat garda les yeux baissés mais les poings serrés.

“…je te condamne à ne jamais, je dis bien jamais, t’arrêter et à poursuivre ce voyage, jusqu’à ce que tu rejoignes la reine où qu’elle soit, avec ou sans moi. Même si je t’ordonne, dans le futur, d’abandonner, tu devras outrepasser mes ordres et continuer. Le jour ou tu seras aux cotés de ma mère, tu pourras te considérer comme libérée de cet ordre et enfin contempler une vie plus paisible.”

Takamat leva les yeux, stupéfaite.

Tin lui souriait.

Hatita, la bouche grande ouverte, se demandait si elle avait bien entendu.

“Toi, la fidèle des fidèles, tu pensais vraiment que j’allais te punir ?”

Elle ouvrit ses bras et les deux femmes eurent une accolade rapide.

“Tu m’as ouvert les yeux sur mon propre destin, et pour cela, je dois te remercier.”

Takamat recula.

“Vous êtes de la plus noble lignée que ce désert ait jamais connu et c’est un honneur de vous servir.”

Tin acquiesça.

“Buvons un thé, celui de l’espoir retrouvé. De telles nouvelles, nous devons les célébrer.”

Takamat approuva de la tête.

La princesse promena son regard sur les murs aux pierres mal ajustées et dit d’une voix un peu plus forte :

“Et toi Hatita, tu peux sortir de ta cachette. Viens donc nous rejoindre pour partager ce thé !”

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(A suivre)

(Photo : 10b travelling)

Commentaires

7 commentaires pour “Les 9 étoiles du désert (21)”
  1. Nathalie says:

    Que le voyage continue … Madani ou Julien pour le 22 ?

  2. Jean-Philippe says:

    Ah merci Nathalie ! Madani ? Mais lequel ? 😉

  3. Nathalie says:

    Un des deux! peu importe :) et je chercher la suite aujourd’hui… il y a ?

  4. Jean-Philippe says:

    Oui merci beaucoup ! La suite est ici. 😉

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