Les 9 étoiles du désert (14)

Par le 25 November 2010
dans Des histoires

La bonne direction est celle que vous savez...

Cet article est la suite d’une histoire qui a commencé ici.

Dès les premières lueurs, Madani se réveilla.

Le ciel, doucement, changea de teinte. Les premiers bleus profonds apparurent tout là-bas derrière la barrière de dunes. Les dernières étoiles s’éteignirent pour laisser place au seigneur du jour, à  celui qui ne tarderait pas à régner d’une main de fer sur les sables du désert.

Mais, le maitre des lieux prenait son temps. Il lançait d’abord ses éclaireurs, qui dans des traits lumineux orangés portaient leur message à la ronde, avertissant que le prince du jour allait faire son apparition.

Et puis, mis en valeur par un écrin bleu azuré, sa majesté apparaissait, tout en douceur, se faisant presque prier, alors que les dernières lueurs de la nuit s’évadaient sans demander leur reste, de l’autre côté du ciel.

Ce ballet silencieux, Madani le savoura jusqu’au bout. C’était presque aussi bon que de manger. Cela lui fit d’ailleurs penser qu’il avait déposé hier soir quelques pièges. Il se leva, contemplant le paysage entourant le puits, auprès duquel il avait dormi, enroulé dans son bernouz.

D’où il était venu, il voyait au loin des dunes. C’est dans cette direction que se trouvait son village. Regardant dans la direction opposée, il vit que les sables formaient une sorte de plaine. Il n’y avait pratiquement plus de dunes et tout au loin, il aperçut des collines ou des montagnes.

Les alentours du puits eux étaient plats.

Madani s’approcha de l’acacias qu’il avait confondu avec un guerrier et ne put s’empêcher, encore une fois, de sourire. L’arbre était petit et devait être incroyablement persévérant pour avoir pu pousser ici. Il était un peu abimé, l’écorce lui manquait et Le jeune garçon comprit pourquoi.

Son dromadaire était en train de se frotter dessus et le pauvre arbre résistait difficilement à la pression de sa monture. Ensuite, l’animal attrapa de ses longues lèvres les petits lambeaux d’écorce ou de pulpe qu’il avait arrachés pendant son grattage matinal.

Il fit ensuite le tour des lieux pour relever ses pièges, cela lui rappelant des souvenirs d’enfance.

C’était un jeu que tous les enfants de Tidène pratiquaient. Les garçons partaient en bande aux alentours du village et préparaient leurs pièges avec le plus grand sérieux, se félicitant lorsqu’ils attrapaient un petit animal. Ce dernier était immédiatement dépecé, cuit et avalé.

Dans le village on ne mangeait pratiquement jamais de viande sauf pour les grandes occasions, alors ces petites escapades culinaires étaient très appréciées par les garçons.

Madani vit que l’un de ses pièges avait attrapé une petite gerboise. L’animal était déjà froid et donc il s’occupa de le préparer. Ensuite, d’un des sacs que portait le dromadaire, il prit quelques crottes desséchées de son animal, qu’il avait soigneusement conservées. Elles allaient servir de combustible pour que la viande puisse être cuite.

Assis devant les cendres de son petit feu, Madani, suçant avec appétit chaque petit os, songea à la suite.

Maintenant qu’il avait trouvé ce puits, il pouvait rentrer dans son village, la tête haute, car il était maintenant devenu un véritable touareg. Il avait obtenu son baptême du sable. Pourtant, en regardant les lointaines collines dans la direction opposée, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une attraction presque viscérale, un de ces ressentis comme il en avait connus au sommet de cette dune.

L’objet glissé à l’intérieur du sac l’intriguait aussi. Pourquoi son père l’avait déposé là ?

Et puis il y avait ce cavalier inconnu qui lui était apparu par deux fois. Si à Tidène, il pouvait comprendre sa présence, il avait du mal à expliquer pourquoi l’homme était apparu, comme ça, hier soir.

Ce n’était pas un hasard.

Est-ce qu’il le surveillait, caché quelque part aux alentours ? Pourtant le sol était plat comme une tagella et il était impossible de s’y dissimuler.

Machinalement, Madani tourna sur lui-même. Mais non, rien. Et de toute façon, pourquoi le suivrait-il ?

Cela faisait beaucoup de questions auxquelles il ne pouvait répondre. Et puis, l’enfant qui était encore en lui, voulait juste rentrer chez ses parents, sous la tente maternelle.

Le soleil, presque blanc, commençait à monter dans le ciel et sous peu, la chaleur deviendrait insupportable. Donc, il fallait prendre une décision tout de suite, et partir.

Il remplit et ferma du mieux qu’il put le sac à vivres avec de l’eau du puits. Il l’accrocha à son dromadaire qui paraissait prêt à partir dans la direction opposée à son village.

Madani l’enfant, le fit tourner et commença à faire quelques pas vers Tidène. Immédiatement, il sentit que quelque chose n’allait pas. Son souffle devint plus rapide. Ses pas plus courts. Il avait presque l’impression d’avancer contre un vent qui n’existait pas. Pourtant, il sentait bien une force qui s’opposait à lui.

Un peu surpris, il s’arrêta.

Instinctivement, les yeux de Madani l’adulte se portèrent dans la direction opposée. Dès qu’il fit quelques pas, il comprit qu’il n’avait pas le choix. C’était bien dans cette direction qu’il se devait d’aller. Tout son être, son cœur, son âme l’y encourageaient.

Un peu déçu, il regarda encore une fois en direction de son village. Maintenant, il le savait, il n’était pas prêt de revoir Tidène et sa fontaine.

S’il rentrait un jour.

Il repensa à sa mère et toucha le talisman qu’elle lui avait donné avant son départ. Savait-elle ce qui l’attendait ? Avait-elle été complice ? Ses doigts heurtèrent la croix du sud remise par son père le jour de la fête, le jour où tout avait changé pour lui.

Enfin, tout contre elle, sa main sentit l’autre objet, celui qu’il avait trouvé dans le sac de sable. Il le sortit de sous ses vêtements.

Le temps avait poli le métal. Il devait être très ancien, pensa Madani, en tournant et retournant l’objet entre ses doigts.

La chaleur se fit encore plus pesante.

Le jeune homme glissa l’objet sous ses vêtements, ajusta son tagelmoust bleu et, montant sur son dromadaire, se laissa porter par ce vent invisible.

Chaque pas l’éloignait un peu plus de ses souvenirs d’enfance mais, chaque pas, il le comprenait aussi, le rapprochait de ce qu’il devait accomplir.

Chaque pas, l’amenait vers sa destinée.

(A suivre)

(Photo : Al lanni)

Commentaires

6 commentaires pour “Les 9 étoiles du désert (14)”
  1. Nathalie says:

    encore un épisode captivant et qui donne envie de continuer bien plus loin 😉
    ancora grazie :)

  2. Jean-Philippe says:

    Merci Nathalie ! Peut-être que Madani devrait se mettre à l’italien ? 😀

  3. cedric says:

    Merci nathalie pour cet épisode a lire du début à la fin !

  4. Jean-Philippe says:

    C’est Nathalie qui va être contente. 😉

Commentez ce billet