Changer une émotion

Par le 27 November 2009
dans Solutions simples

Une belle nébuleuse qui symbolise bien ce qui se passe dans notre tête lorsque les émotions explosent. Pour les amateurs cette nébuleuse se nomme NGC 6302. Rien de bien poétique...

Nous rêvons tous et toutes d’avoir l’abilité de contrôler nos émotions. La vie serait bien meilleure si nous pouvions choisir la bonne, au bon moment. Surtout lorsque l’on a des réactions négatives provoquées par de fortes émotions qu’apparemment, on ne peut pas stopper. Même si elles nous sont très utiles, sommes-nous réellement sans pouvoir sur elles ? Ne pouvons-nous pas mieux les filtrer ?

Analyser ses émotions

Lorsque l’on parle d’émotions, de vouloir en changer, on en vient souvent à penser au divan. La psychanalyse, pendant des décennies nous a apporté ses conseils et traitements sur nos émotions refoulées dans notre inconscient. Efficace selon certains, inutile pour d’autres, il est clair que, s’embarquer dans une psychanalyse va vous coûter beaucoup d’argent et de temps. Est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle ? Est-il aussi vraiment important de comprendre le passé pour avancer ? Ce qui est fait est fait et revisiter des souvenirs d’enfance peut aider mais, c’est sans garantie. Un psychanalyste ne peut vous promettre de vous guérir… même après 5 ans de visites régulières. :)

Peut-être qu’avec tout cet argent, vous pourriez faire des choses plus intéressantes, qui vous passionnent, comme par exemple voyager, rencontrer d’autres cultures, booster votre confiance et aboutir à peu près au même résultat. Qu’est-ce qui est le mieux, le divan ou le hamac? A vous de choisir.

De toute façon, la psychanalyse se contente d’arriver après les faits, un peu comme les pompiers qui essayent d’éteindre un incendie après qu’il se soit déclaré. Il serait bien meilleur de pouvoir agir à la source, avant que le feu ne prenne.

Ne pas sous-estimer son pouvoir

Après tout, nos émotions, ne sont peut-être pas si incontrôlables que ça. C’est parce que nous en sommes convaincus qu’elles le deviennent. Si vous ne voulez pas vous mettre en colère, c’est possible. Ce n’est pas la faute de l’autre. C’est bien dans votre tête que cela se passe. En fait, souvent, c’est nous qui voulons nous mettre en colère. Notre besoin de nous affirmer, de nous prouver que nous existons, que nous avons du pouvoir, fait que nous nous laissons guider par ces émotions.

La preuve? Faisons un pari. Si vous ne vous mettez pas en colère pendant les 30 prochains jours, je vous offrirai 100.000 euro. Alors? Qu’est-ce qui va se passer? Croyez-vous que vous allez pouvoir tenir un mois? Même si je vous insulte dès le réveil, chaque matin ? Bien sûr ! Je vous garantis que vous allez faire travailler vos méninges, lire des livres pour vous aider, maîtriser vos pensées, faire appel à toutes les méthodes nécessaires pour ne pas vous mettre en colère. Et vous gagneriez aisément cette somme.

Pourtant, pendant ce test, vous seriez resté la même personne, celle qui lit maintenant ces lignes. Aucun psychanalyste ou psychologue ne serait intervenu entre temps. C’est votre façon de penser qui aurait changé. De vous-même, sans professionnel, vous auriez pu modifier votre réponse.

Je ne dis pas que tout ceux dont le métier commence par les 3 lettres “psy” sont inutiles. Au contraire, il est des cas graves qui requièrent un suivi professionnel. Mais de nous-mêmes, nous pouvons changer certains comportements de notre vie quotidienne. Si on veut bien faire l’effort.

Un espace inconnu

Victor Frankl fut un grand neurologue et psychiatre autrichien qui demeure peu connu en France. Pourtant, il est à l’origine d’une idée que je trouve très intéressante lorsque l’on parle d’émotions. Dans un de ses livres, “Découvrir un sens à sa vie“, il explique que lors de sa longue détention en camp de concentration, pendant la deuxième guerre mondiale, il découvrit qu’il existait un espace entre deux de nos pensées. Entre action et réaction.

Par exemple: quelqu’un vous dit quelque chose qui ne vous plaît pas. Notez bien qu’avant de réagir émotionnellement, il y a un petit espace dans le temps. La réaction n’est pas automatiquement attachée à l’événement. Je trouve cette idée de Frankl vraiment très utile ! Cela signifie que nous ne sommes pas esclaves de nos émotions. Nous pouvons à tout moment nous placer dans ce petit temps et modifier nos pensées. Nous pouvons alors changer notre façon de réagir.

Essayez et vous verrez. La prochaine fois que vous sentez que quelqu’un pourrait vous blesser, provoquant en vous une réaction indignée ou peinée, placez vous dans cet endroit avant de réagir. Choisissez une autre émotion que la colère. Choisissez par exemple, le sourire. C’est très efficace.

Pratiquer ses réactions

Bien sûr, cela demande de l’entraînement. On ne change pas des mécanismes qui existent en nous depuis notre enfance en une semaine. Si, à chaque fois que vous sentez en vous une émotion que vous ne désirez pas, vous en choisissez une différente, après un certain moment, vous commencerez à en sentir les effets.

Je vous recommande aussi de ne vous consacrer qu’à un seul type d’émotion à la fois. Peut-être pendant un mois, c’est plus facile à gérer. Pour reprendre l’exemple de la colère, ne vous concentrez que sur ça, avant qu’elle ne survienne, en tentant de la changer pendant ce petit temps qui existe avant que votre réaction ne se produise.

Ce petit exercice vous prouvera que vous pouvez décider quelles émotions vous contrôlent. Ne soyez pas déçu, si vous n’obtenez pas de résultats tout de suite. Encore une fois, persévérez et vous noterez de petits changements progressifs. La révolution personnelle ne se fait pas en une semaine. Votre vie avance et vos émotions en sont un élément important, d’une richesse incroyable. Alors autant bien les connaître pour qu’elles nous servent, et pas le contraire.

(Photo: Goddard Photo)

Commentaires

16 commentaires pour “Changer une émotion”
  1. Yann says:

    En fait cet entrainement dont tu parles c’est la méditation. L’objet de la méditation c’est de permettre à cet espace entre deux pensées successives de s’agrandir. Ce que dit Victor Franki a été démontré par les enseignements bouddhistes depuis bien longtemps. Une autre technique consiste à nommer ou étiqueter cette émotion qui surgit.

  2. Jean-Philippe says:

    Merci Yann pour tes lumières! Je dois t’avouer mon ignorance dans le domaine de la méditation.

    L’autre technique dont tu parles, elle a un nom?

  3. Yann says:

    L’autre technique n’a pas de nom particulier. Ce type de méditation qui consiste à apaiser l’esprit s’appelle Samatha ou Shinay, en tibétain. Une variante utilise la respiration comme support.

  4. Jean-Philippe says:

    Merci Yann, je vais creuser la technique “sans nom”, car ça m’a l’air très intéressant… :)

  5. Nathalie says:

    Pas évident à faire, sourire alors que la personne d’en face de fait “monter le sang au cerveau!” Je pense que je vais quand même essayer. Je te raconterais Jean-Philippe 😉

  6. Jean-Philippe says:

    Alors Nathalie, j’attends avec impatience les résultats! :)

  7. Pierre-Yves says:

    ça tient toujours pour les 100 000€… ;o)
    Moi pour éviter de monter dans les tours (toujours sur les objets) je change d’activité avant que cela parte en live. Mais malheureusement en comportement cognitif, c’est une technique d’évitement et non de contrôle. J’utilise aussi cette technique pour mon fils de 2ans quand il s’obstine à vouloir faire une bêtise, je lui demande de changer d’idée (parfois je l’aide à s’intéresser à autre chose) et il part faire autre chose.
    Merci Jean-Philippe pour cette technique, que je vais appliquer et transmettre à mon petit bonhomme.

    PS : vos choix de photos sont toujours superbes…

  8. Jean-Philippe says:

    Pierre-Yves, tu n’en as pas besoin ! Ta richesse intérieure et tes talents sont suffisants pour acquérir cette somme. :)

    C’est un beau cadeau que tu fais à ton petit garçon. On devrait apprendre ce genre de choses à l’école. J’en parle d’ailleurs un peu dans mon ebook sur la “RévoPerso” mais ce sujet mériterais un livre à lui tout seul. Néanmoins, à ton niveau, tu donnes là à ton fils des outils qui lui seront très utiles toute sa vie. Et il s’en souviendra… 😉

  9. docG says:

    je ne peux que souscrire au commentaire de Yann : “L’objet de la méditation c’est de permettre à cet espace entre deux pensées successives de s’agrandir.”
    En effet, en s’asseyant simplement, puis en tentant de faire le calme dans ton esprit, tu découvres peu à peu cet espace de liberté entre tes pensées.
    La découverte est impressionnante.
    Il s’agit juste d’apprécier la différence entre la réponse et la réaction.
    Tu trouveras de plus amples renseignements sur ce type de méditation totalement laïque qu’on appelle la mindfulness et qui a démontré son efficacité, études scientifiques à l’appui, sur la réduction du stress et des rechutes dépressives notamment.
    tu trouveras quelques éléments sur mon blog : http://pleineconscience.wordpress.com/
    tu peux taper également Jon Kabat-Zinn dans ton moteur de recherche préféré

  10. Jean-Philippe says:

    Merci docG pour toutes ces précisions! :)

  11. Jean Luc says:

    En effet nous pouvons ne pas être esclave de nos émotions et les émotions qui nous gênent peuvent être changées. Aucune émotion n’est mauvaise en soi, le problème vient du fait que la réponse émotionnelle n’est pas adaptée à une situation donnée ou hors de proportions. Et plus ces émotions sont intenses, plus elles touchent des niveaux profonds et inconscients de notre fonctionnement. L’inconfort émotionnel n’est pas le même si je ne sais pas ou aller, si je ne sais pas quoi faire ou comment faire, ou enfin si je ne sais pas qui je suis. Et pour chacune de ces situations, il y pour moi une approche différente. Les émotions inconfortables ne se combattent car elles ont une fonction importante, celle de nous signaler l’existence d’un déséquilibre sur lequel intervenir. Il convient donc d’accueillir les émotions dans cet “espace” cité plus haut à propos de la méditation. D’autres techniques comme l’ancrage de ressource en PNL, l’EMDR ou l’EFT sont souvent rapidement efficaces.

  12. Jean-Philippe says:

    @Jean Luc Vous nous apportez d’autres techniques qui partent du même point et agissent de manière différente sur nos émotions. C’est très bien, car chacun et chacune peut ainsi faire son choix et changer cette émotion qui le ou la gêne. :)

    J’ai vu sur votre site web que vous êtes spécialisé en PNL. On dit souvent qu’elle est très efficace mais que ses effets sont courts dans le temps. Quel est votre point de vue, à ce sujet ? Merci !

  13. Albert says:

    Ah oui… jouer avec ses émotions, j’adore ça 😉
    Si tu ne connais pas, je t’invite à lire Krishnamurti : “Cette lumière en nous”

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